À la rencontre de l’art bouddhique

La statue du bodhisattva Miroku debout, au temple Murô-ji

Art

Cette statue est la plus ancienne du temple Murô-ji. Jusqu’aux mains, aux augustes habits et ornements, elle a été sculptée dans un seul bloc de bois. Son vénérable visage aux traits presque enfantins contemple l’avenir et donne envie de se recueillir.

Avec son expression innocente et la proportion de la tête presque trop grande, on dirait un enfant innocent. Miroku, aussi appelé le « bodhisattva du futur », est la statue principale de la salle du Miroku-dô (classée bien culturel important) du Murô-ji, un temple situé sur la rive nord de la Murô qui coule au nord-est de Nara.

On dit de Miroku, autrement appelé Tosotsu-ten (ou Maitreya en sanskrit), que ce bodhisattva sera au monde 5,67 milliards d’années après la mort de Shakyamuni (le Bouddha historique) et qu’il apparaîtra pour sauver les êtres humains à la fin d’une période sombre signant la déperdition des enseignements du Bouddha. Le culte amidiste de Miroku a été introduit au Japon à l’époque Asuka (592-710), il s’est développé à l’époque Heian avant d’être intégré à l’ascétisme des montagnes, appelé shugendô.

À l’origine on le représentait souvent dans la posture dite « hanka shii », assis en en demi-lotus (hanka), la main sur la joue pour indiquer qu’il pense (shii) à la manière de sauver les êtres vivants. Mais après la période Heian et sous l’influence du bouddhisme ésotérique, les statues soit assises soit debout se sont généralisées, et il est devenu difficile de les distinguer les unes des autres. Ici le bodhisattva est représenté debout, mais comme la statue est de longue date placée dans la châsse de la salle Miroku, on considère qu’elle représente Miroku.

Depuis l’Antiquité, le santal (byakudan), au grain si fin et au parfum si suave, était un bois sacré, indispensable à la fabrication des statues et des objets du culte bouddhiques. Afin de mettre en valeur la finesse du grain et son essence aromatique, les statues de bouddhas appelées « danzô » (ou dan signifie bois de santal et statue) n’étaient pas peintes, on les laissait exprès à l’état brut. Ce type d’œuvre a été importé en grand nombre sur l’Archipel. Or au Japon on ne trouve pas de santal, c’est un bois qui ne pousse que dans les régions tropicales à partir de l’époque Nara (VIIIe siècle), de nombreuses statues de style « danzô » ont été sculptées dans du cyprès japonais (hinoki) ou chinois (kaya), dont le grain ressemble au santal.

Cette statue du Murô-ji est un exemple typique du genre danzô, mis à part les cheveux bleu outremer, les sourcils et les pupilles peints en noir et les lèvres rouges, le bois de kaya a été laissé à l’état brut.

Les bras, les ornements (yôraku) et l’habit céleste (ten’i) ont été sculptés dans le même bloc de bois que le buste. Ce Miroku qui a dû être sculpté entre la fin du VIIIe et le début du IXe siècle est la plus ancienne statue bouddhique du Murô-ji.

Muda Tomohiro est photographe, il s’émerveille de « la finesse du drapé de l’habit au niveau de la taille. Difficile de croire que cette statue si délicate est née des mains d’un artisan ayant vécu il y a plus de 1 200 ans. Pour l’auteur de ce Miroku, sculpter ce bodhisattva du futur était sans doute un acte de foi et une prière pour l’avenir. »

Ce Miroku de style danzô respire une certaine noblesse...

Statue du boddhisattava Miroku debout (Miroku bosatsu ryûzô)

  • Hauteur : 0,94 mètre
  • Époque : fin VIIIe début IXe (période Heian)
  • Emplacement : temple Murô-ji
  • Classé : bien culturel important (sous le nom de « Statue en bois du bodhisattva Miroku debout »)

(Toutes les photos : © Muda Tomohiro)

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