À la rencontre de l’art bouddhique

Les douze généraux célestes du temple Shin Yakushi-ji de Nara

Art

Les douze généraux célestes du temple Shin Yakushi-ji sont des chefs-d’œuvre datant du début du VIIIe siècle. Ces puissantes statues font une forte impression aux visiteurs qui viennent se recueillir devant celle qui patronne leur signe du zodiaque.

Nous voici dans le pavillon central du Shin Yakushi-ji, un temple très paisible de Nara. Les douze généraux célestes accueillent le visiteur dès l’entrée, dans leur armure l’air irascible. Ils trônent debout, entourant, servant et veillant sur le Bouddha Yakushi-nyorai (statue classée trésor national) assis au centre. Leur rôle est de protéger ceux qui s’en remettent au « Sutra de Yakushi » (Yakushi-kyô).

Seules douze statues entourent le Bouddha principal, mais on dit que chaque général est à la tête d’une troupe de 7 000 soldats formant une armée invisible de 84 000 hommes. De quoi impressionner quiconque déambulerait autour de Yakushi-nyorai...

Ces statues ont été modelées dans un mélange de terre et d’argile suivant la technique dite de « sozô », un processus importé de la Chine des Tang pendant l’époque Tenpyô (729-49). Les sculpteurs enroulaient une corde autour d’un bloc de bois, puis ils appliquaient sur cette ossature trois couches d’argile qu’ils façonnaient. Contrairement aux statues sculptées dans un seul bloc de bois ou aux très hiératiques statues en bronze coulé de la période Asuka (538-710), cette technique permettait de modeler l’argile pour un rendu plus dynamique et des physionomies plus réalistes. Il est très intéressant de contempler chaque statue et de voir combien elle diffère des autres par ses traits et sa posture.

Ces douze statues des généraux célestes du Shin Yakushi-ji sont les plus anciennes et les plus grandes du Japon. Les « Annales du Shin Yakushi-ji Engi » (Shin-Yakushi-ji Engi) écrites à l’époque d’Edo, indiquent que les statues viendraient du Iwabuchi-dera, un temple aujourd’hui disparu mais qui aurait été très important à l’époque de Nara. Un certain mystère plane encore sur l’origine de ces œuvres.

Voici les douze généraux célestes du pavillon central. Découvrons-les un par un en commençant par Bazara puis en tournant dans le sens inverse des aiguilles d’une montre (alors qu’il n’est pas coutume dans les temples de se déplacer dans ce sens-là).

Chacune de ces statues est classée trésor national à l’exception de celle de Haira, qui a été restaurée en 1931.

Bazara (trésor national)
Bazara (trésor national)

Anira (trésor national)
Anira (trésor national)

Haira (restaurée en 1931)
Haira (restaurée en 1931)

Bigyara (trésor national)
Bigyara (trésor national)

Makora (trésor national)
Makora (trésor national)

Kubira (trésor national)
Kubira (trésor national)

Shôtora (trésor national)
Shôtora (trésor national)

Shindara (trésor national)
Shindara (trésor national)

Santera (trésor national)
Santera (trésor national)

Meikira (trésor national)
Meikira (trésor national)

Antera (trésor national)
Antera (trésor national)

Indara (trésor national)
Indara (trésor national)

Muda Tomohiro est photographe. « Quand j’ai photographié une par une les douze statues de ces généraux qui veillent si farouchement autour du Yakushi-nyorai, j’ai eu l’impression que chacun d’entre eux incarnait une forme d’aura du Bouddha qui du centre de l’univers, diffuse sa lumière en toutes directions. » Les visiteurs ressentent certainement la même chose et ils auront surement envie de rester dans le temple pour baigner indéfiniment dans cet espace puissant.

Le zodiaque chinois détermine un calendrier basé sur douze signes représentés par les douze animaux des douze palais incarnant chacun une heure et une direction. Avec l’introduction du bouddhisme en Chine, les douze généraux célestes d’origine indienne ont été associés aux douze animaux du zodiaque chinois. Puis à l’époque Kamakura (1185-1333), les Japonais ont commencé à représenter les animaux du zodiaque sur la tête des statues des douze généraux protecteurs. Mais comme ces scultptures du Shin Yakushi-ji datent de l’époque Tenpyô, elles ne sont pas estampillées des animaux du zodiaque. Il faudra attendre quelques siècles pour qu’elles soient associées chacune à un signe. Attribuons-leur leur zodiaque respectif et présentons-les dans l’ordre des heures.

Rat (ne, nezumi) : Bigyara
Rat (ne, nezumi) : Bigyara

Bœuf (ushi) : Shôtora
Bœuf (ushi) : Shôtora

Tigre (tora) : Shindara
Tigre (tora) : Shindara

Lapin (u, usagi) : Makora
Lapin (u, usagi) : Makora

Dragon (tatsu) : Haira
Dragon (tatsu) : Haira

Serpent (mi) : Indara
Serpent (mi) : Indara

Cheval (uma) : Santera
Cheval (uma) : Santera

Mouton (hitsuji) : Anira
Mouton (hitsuji) : Anira

Singe (saru) : Antera
Singe (saru) : Antera

Coq (tori) : Meikira
Coq (tori) : Meikira

Chien (inu) : Bazara
Chien (inu) : Bazara

Sanglier (i, inoshishi) : Kubira
Sanglier (i, inoshishi) : Kubira

2026 est placée sous le signe du cheval, sous la protection du général Santera qui ici tient une lance dans sa main droite, et porte sa main gauche à sa hanche.

Santera, le protecteur de l’année 2026 placée sous le signe du cheval.

Santera, le protecteur de l’année 2026 placée sous le signe du cheval.

Statues des douze généraux célestes (Jûni shinshô ryûzô)

  • Hauteur : entre 1,52 et 1,66 mètre
  • Époque : 729-49 (période Tenpyô, époque de Nara)
  • Emplacement : temple Shin Yakushi-ji
  • Classement : trésor national (nom officiel : statues des douze généraux célestes, en pied, technique sozô). Seule la statue de Haira, restaurée en 1931, ne fait pas partie de ce classement.

(Photo de titre : statues des douze généraux célestes représentés en pied et de Yakushi-nyorai assis. Toutes les photos : © Muda Tomohiro)

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