À la rencontre de l’art bouddhique

La statue de Kannon du temple Tôshôdai-ji, trois yeux et d’innombrables mains

Art

Avec ses 1 000 bras et ses 5 mètres de haut, cette statue de Kannon dégage une immense puissance. Depuis l’époque de Nara (710-794), on dit que ce bodhisattva aux mains innombrables a un grand pouvoir de salvation.

L’expression sereine, coiffée de dix visages, cette statue en pied de Kannon qui tend ses mille mains dans toutes les directions a une prestance imposante. Classée trésor national, ce bodhisattva est conservée dans le pavillon Kondô du Tôshôdai-ji.

On peut voir que la statue porte un troisième œil, appelé « œil de compassion » ou « œil céleste » marqué verticalement sur son front. Ce symbole de sagesse (chie) et permet au bodhisattva de percevoir l’essence de toute chose. À l’origine, elle devait sans doute en avoir 1 000 bras, mais de nos jours seules 953 mains, de toutes tailles, sont visibles sur la statue.

Sculpter un Kannon à « mille bras » représentait sans doute un travail colossal, ainsi dès l’époque Heian (794-1185) les artistes n’en ont plus figuré que 42 : aux deux mains principales jointes en prière étaient ajoutées 40 « mains latérales » (waki-te) car comme le disait la vulgate , que chaque main pouvait sauver 25 mondes, 40 × 25 = 1 000 mondes pouvaient donc ainsi être pris en charge. Les statues de Kannon ayant réellement mille mains sont extrêmement rares, le Japon n’en compte que trois ; une première au Tôshôdai-ji, une autre au Katsurai-ji (un temple à Fujiidera, dans la préfecture d’Osaka) et une dernière au Juhô-ji (à Kyôtanabe, dans la préfecture de Kyoto).

Tous les êtres humains, sans exception, pourront être sauvés grâce aux 1 000 petits bras tendus, nous indique la foule de petites mains intercalées entre 42 plus grandes.
Tous les êtres humains, sans exception, pourront être sauvés grâce aux 1 000 petits bras tendus, nous indique la foule de petites mains intercalées entre 42 plus grandes.

Cette statue a été sculptée suivant la technique dite moku-shin kanshitsu car de la laque sèche (kanshitsu) a été appliquée sur une base en bois (mokushin). Ici, le cyprès a été recouvert de laque mélangée à de la sciure de bois (kokusô-urushi). Vue de profil, la figure dégage une impression de solidité et de prestance, sans doute parce que le bas du corps, assez massif, vient contrebalancer le poids des mains élancées.

Le Tôshôdai-ji est un temple ancien, lié à Ganjin (688-763). Cet illustre moine chinois, répondant à l’appel de l’empereur Shômu, est arrivé au Japon après de nombreuses épreuves, il lui aura fallu pas moins de cinq tentatives avant de pouvoir gagner l’archipel par voie de mer. Il passe près de cinq ans au Tôdai-ji, puis s’installe en 759 dans l’ancienne demeure d’un aristocrate de la Cour avant de fonder le Tôshôdai-ji et lancer une école formant au bouddhisme. Grâce notamment à des dons provenant de la cour impériale, il aménagera ensuite progressivement un complexe monastique et fera ériger le pavillon du Kondô qui ne sera achevé qu’après sa mort.

Le pavillon Kondô au Tôshôdai-ji (classé trésor national)

Le pavillon Kondô au Tôshôdai-ji (classé trésor national)

Le Bouddha Ruṣhana est la figure principale du Kondô. Représenté assis, il fait plus de 3 mètres de haut et 5,15 mètres si l’on inclut la mandorle. Notre Kannon aux mille bras représenté en pied (5,36 mètres de haut) est l’un de ses deux parèdres, il se tient à gauche de Rushana, quand à sa droite se trouve la statue de Yakushi figuré debout (la statue fait 3,36 mètres). Cette triade, déjà impressionnante, est complétée par des représentations de Taishakuten, de Bonten et des quatre rois célestes qui gardent les quatre directions. Ces statues sont toutes classées trésors nationaux, dans le pavillon la scène est d’une rare intensité.

Tous les ans, pour la pleine lune de la mi-automne, on donne dans le pavillon Kondô la cérémonie d’adoration de la lune et du Bouddha appelée Kangetsu-sanbutsu-e. Dans la pénombre, les trois statues baignées de la douce clarté qui tombe du ciel nocturne, se détachent dans l’encadrement de chaque porte. Les fidèles peuvent admirer, de gauche à droite, Kannon aux mille bras, le Bouddha Rushana et Yakushi.

Tous les ans, pour la pleine lune de la mi-automne, on donne dans le pavillon Kondô la cérémonie d’adoration de la lune et du Bouddha appelée Kangetsu-sanbutsu-e. Dans la pénombre, les trois statues baignées de la douce clarté qui tombe du ciel nocturne, se détachent dans l’encadrement de chaque porte. Les fidèles peuvent admirer, de gauche à droite, Kannon aux mille bras, le Bouddha Rushana et Yakushi.

Muda Tomohiro est photographe. La statue de Kannon aux mille bras l’impressionne par sa présence. « Quand je vois cette figure dorée, auréolée d’innombrables mains tendues, j’ai l’impression d’être enveloppé par la chaude lumière du soleil et cela m’apporte toujours un infini sentiment de sécurité. »

Statue en pied de Kannon aux mille bras (Senju Kannon Bosatsu Ryûzô)

  • Taille : 5,36 mètres
  • Époque : 710-794 (époque de Nara)
  • Emplacement : temple Tôshôdai-ji
  • Classé : Trésor national (classé sous le nom de « Statue en pied de Kannon aux mille bras, statue en bois recouverte de laque sèche, conservée dans le pavillon du Kondô »)

(Toutes les photos : © Muda Tomohiro)

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