Mythologie japonaise : l’histoire de la déesse du soleil Amaterasu et de la caverne céleste
Culture- English
- 日本語
- 简体字
- 繁體字
- Français
- Español
- العربية
- Русский
La frénésie de Susanoo
Lorsque Izanagi ordonne à son fils Susanoo de s’exiler, ce dernier déclare qu’il souhaite dire au revoir à sa sœur Amaterasu avant de partir. Alors qu’il monte vers ciel, les montagnes et les rivières se mettent à rugir et le sol à trembler.
« Cela ne donnera rien de bon » dit Amaterasu. « Il vient peut-être pour s’emparer de mes terres. » Elle détache alors ses cheveux et les noue comme ceux d’un homme, en deux boucles de chaque côté du visage, avant d’enrouler de longues chaînes de perles magatama autour de ses cheveux et de ses bras. Deux grands carquois, un protège-poignet en bambou et un puissant arc complétaient sa posture guerrière. En frappant du pied, elle soulève la terre comme de la neige fine et demande à son frère : « Pourquoi es-tu venu ici ? »
« Je n’ai aucune intention malveillante, » répond Susanoo. « Je souhaite seulement te dire au revoir avant mon exil. »
« Comment puis-je être sûre que ton cœur est pur ? » demande Amaterasu.
« Scellons nos serments et engendrons ensemble des enfants. »
Tous deux se dirigent alors vers les rives de la Yasunokawa (la rivière tranquille) afin de jurer leurs serments. Amaterasu demande à Susanoo de lui remettre son long sabre, qu’elle rompt en trois morceaux, avant de le rincer dans le puits céleste, puis de mâcher et de recracher ces fragments, qui deviennent trois esprits féminins.
Susanoo prend ensuite les perles d’Amaterasu provenant de ses cheveux et de ses bras, qu’il rince, mâche et recrache afin de créer cinq esprits masculins.
Amaterasu dit ensuite : « Ces cinq esprits viennent de mes possessions, ce sont donc mes enfants. Les trois esprits féminins viennent de tes possessions, ce sont donc les tiens. »
« Cela prouve que mon cœur est pur », dit Susanoo. « Tous mes enfants sont des filles douces. Je suis vainqueur ! » Dans son triomphe, il se met à détruire les crêtes, à remplir les fossés dans les rizières, allant jusqu’à disperser ses excréments autour du sanctuaire où avait lieu le repas de la moisson. Malgré ses agissements, Amaterasu continue à lui trouver des excuses, affirmant qu’il a seulement vomi et que sa destruction des champs vient du fait qu’il pensait qu’ils étaient stériles.
Mais Susanoo devient encore plus outrancier. Alors qu’Amaterasu se trouve dans le pavillon sacré du tissage, il fait un trou dans le toit au travers duquel il lance un poulain écorché. L’une des tisseuses, sous le choc, se blesse mortellement au niveau des parties intimes avec sa navette.
La caverne céleste
Effrayée, Amaterasu se réfugie alors dans Ama-no-iwato (la caverne céleste), et s’y enferme. Le ciel est alors plongé dans l’obscurité, et les cris des divinités se font entendre comme le bourdonnement des mouches. Cet évènement entraîne un enchaînement de calamités.
Une multitude de divinités se rassemble sur les rives de la Yasunokawa afin de réfléchir à une solution. Le dieu de la sagesse est appelé afin de trouver un plan. Ils rassemblent des coqs qui chantaient dès l’aube pour les faire crier, et fabriquent un immense miroir et des chaînes de perles magatama. Les divinités Koyane et Futodama pratiquent la divination avec l’omoplate d’un cerf et du bois céleste, et arrachent ensuite un arbre sacré sakaki de ses racines, suspendent les perles à leurs branches supérieures, le miroir à ses branches intermédiaires, et des bandes de papier blanc et de chanvre bleu à ses branches inférieures.
Futodama offre ces objets tandis que Koyane récite les prières. Le puissant dieu Tajikarao attend caché près de l’entrée de la caverne. La déesse Uzume attache des vignes autour de ses manches et de sa tête, tenant une branche de bambou qui bruisse dans ses mains. Elle renverse un seau devant la caverne avant de le piétiner, entrant dans une frénésie au cours de laquelle elle dénude sa poitrine et ne cesse de tirer sa jupe. Tous les dieux présents éclatent de rire.
Pensant que quelque chose d’étrange est en train de se produire, Amaterasu entrouvre la porte de la caverne. « Puisque je me suis réfugiée ici, le ciel est dans l’obscurité. Alors pourquoi Uzume chante-t-elle et danse-t-elle, et pourquoi tous les dieux rient-ils ? » « Nous avons trouvé une divinité encore meilleure que toi, » dit Uzume, « et c’est pour cela que nous rions et dansons. »
Koyane et Futodama montrent alors le miroir à Amaterasu. Plus confuse que jamais par son reflet, Amaterasu s’avance un peu à l’extérieur de la caverne, et à ce moment précis, le puissant dieu Tajikarao sort de sa cachette et prend la main de la déesse.
Futodama étend alors une corde sacrée à l’entrée de la caverne juste derrière elle : « Tu ne pourras plus repasser par ici. »
Alors qu’Amaterasu émerge de la caverne, le ciel s’illumine à nouveau de sa sainte lumière.
(Voir aussi notre série : Qui sont les dieux du Japon ?)
(Texte de Richard Medhurst, à partir de l’histoire du Kojiki. Illustrations © Stuart Ayre)
