Une pause-café dans une maison traditionnelle japonaise

« Nonbiriya » : un menu innovant et le charme rétro d’une maison centenaire de Yanaka

Tourisme Architecture

Un café rétro évoquant une maison du XXe siècle propose une carte pleine de surprises dans le quartier pittoresque de Yanaka, à Tokyo.

Souvenirs d’autrefois

En me promenant dans le quartier de Yanaka, connu pour ses temples historiques et ses charmantes ruelles, très prisées des visiteurs étrangers, une structure singulière a attiré mon attention. Sur le côté se dressait un panneau rappelant un arrêt de bus, tandis que des bouteilles d’alcool étaient alignées derrière une caisse de livraison. En ouvrant la porte coulissante du café, une vague de nostalgie du siècle dernier me submergea.

Des tables sont installées dans le doma, l’entrée au sol en terre battue, baignée de lumière naturelle. Une petite pièce surélevée abrite une table basse traditionnelle chabudai entourée de coussins zabuton. Un vieux téléviseur cathodique et une chaîne stéréo évoquent l’image d’un intérieur chaleureux où les membres d’une famille se détendaient ensemble.

Les meubles d’origine de la maison font désormais partie intégrante du décor.
Les meubles d’origine de la maison font désormais partie intégrante du décor.

L’ambiance rétro du café est si prononcée qu’on pourrait se croire dans un musée. Tous les objets présents, laissés par les anciens occupants de la maison, sont authentiques. Tandis que j’attendais mon café et ma crème brûlée avec impatience, j’ai discuté avec la propriétaire des lieux, qui se fait appeler Mosha.

De papeterie à café

Café durant la journée et bar le soir, le Nonbiriya nous transporte dans le quotidien des quartiers populaires shitamachi de Tokyo il y a un siècle. Construite en 1919, la bâtisse de bois abrita ensuite une papeterie tenue par ses propiétaires. Située juste à proximité d’une école primaire, elle a longtemps été un lieu emblématique du quartier, avant que ses occupants ne déménagent et que la maison ne reste inoccupée pendant une longue période. Après avoir accueilli des boutiques éphémères, elle est finalement devenue un café, ouvert en 2016 par Mosha et son mari.

Les étagères encastrées datent de l'époque où le lieu était utilisé comme papeterie.
Les étagères encastrées datent de l’époque où le lieu était utilisé comme papeterie.

Mosha est née et a grandi dans le quartier. Après avoir effectué les réparations nécessaires sur le bâtiment, elle a souhaité mettre à l’honneur la vie de ses anciens habitants et transmettre le charme de la vie dans le quartier traditionnel de Yanaka. Elle a limité les rénovations au strict minimum afin de ne pas altérer l’atmosphère du bâtiment, en remplaçant uniquement les anciennes canalisations d’eau et en améliorant la ventilation afin de préserver la bâtisse de l’humidité.

Un espace sous le bâtiment aurait apparemment servi d’abri antiaérien pendant la Seconde Guerre mondiale. Cependant lorsque Mosha a acquis la maison, le sol avait déjà été recouvert de béton. Elle a appliqué une nouvelle couche, afin d’égaliser la surface et d’éviter tout risque de trébuchement.

L’horloge murale fonctionnait jusqu’à récemment, veillant sur ses occupants pendant des années.
L’horloge murale fonctionnait jusqu’à récemment, veillant sur ses occupants pendant des années.

Autrefois le commerce vendait également des cigarettes. Aujourd’hui, son entrée est ornée d’un rideau noren portant le nom du café.
Autrefois le commerce vendait également des cigarettes. Aujourd’hui, son entrée est ornée d’un rideau noren portant le nom du café.

Les pages de l’album du café sont marquées d’annotations qui font correspondre les photos aux lieux actuels. Il est touchant de voir combien Mosha se soucie de personnes qu’elle n’a jamais rencontrées et des paysages urbains d’antan.

Un menu séduisant

L’atmosphère rétro du café n’est pas son seul atout. Sa crème brûlée figure au menu depuis l’ouverture de l’établissement, inspirée par l’engouement de jeunesse de Mosha pour le film Le fabuleux destin d’Amélie Poulain. Elle s’était fait la promesse que si elle ouvrait un jour son propre café, ce dessert, favori de l’héroïne éponyme, y occuperait une place de choix. Lorsque, du dos de la cuillère, je brise la fine couche caramélisée, une crème douce et onctueuse s’en échappe, tandis que le caramel fond en bouche.

Les incontournables de la carte : crème brûlée et café
Les incontournables de la carte : crème brûlée et café

Mosha se procure principalement ses grains de café auprès de Hakutô Coffee, un torréfacteur-café situé dans l’arrondissement de Toshima, à Tokyo, où elle était employée auparavant. Le chai qu’elle sert, idéal pour se réchauffer par temps froid, est une création originale qui mêle piment rouge, anis étoilé et clous de girofle entre autres, subtilement relevés de yuzu et généreusement parfumés et de gingembre.

Chai parfumé au gingembre, boulette de sésame maison et raisins en provenance directe des producteurs.
Chai parfumé au gingembre, boulette de sésame maison et raisins en provenance directe des producteurs.

Le menu est plein de surprises. Le « omuraisu noir » se révèle être un riz frit aux fruits de mer, noirci à l’encre de seiche et surmonté d’une omelette aérienne et fondante.

L’omelette spéciale du café, servie sur du riz à l’encre de seiche, accompagnée de frite en forme de champignons de Super Mario.
L’omelette spéciale du café, servie sur du riz à l’encre de seiche, accompagnée de frite en forme de champignons de Super Mario.

Au crépuscule, le café se métamorphose en bar. Les clients y savourent les frites façon Super Mario : de gigantesques champignons frits, malicieusement inscrits au menu sous le nom de « champignons power-up », en hommage au héros du jeu vidéo. Garnis d’une sauce tartare maison, ils accompagnent à merveille un verre de vin ou une bière.

Ajouter de nouvelles pages à l’album

Échanger des salutations amicales avec des connaissances du quartier, passer de bar en café à la découverte de nouvelles ruelles ou de petites échoppes : telle est la culture immatérielle du shitamachi que le café Nonbiriya transmet avec subtilité. L’établissement se voit comme le concierge de Yanaka : un lieu de rencontre où l’on peut prendre ses habitudes et bavarder avec les autres clients, faire connaissance avec ses voisins et savourer une cuisine délicieuse.

Le nom complet du café est « Sun Potter Nonbiriya », un mot-valise qui associe le san (de sanpo, « se promener », devenu sun) à pottering, adaptation japonaise du mot anglais, qui a pris le sens nouveau de flâner à vélo dans le quartier. « Nonbiriya » signifie littéralement « une pièce où l’on se prélasse ».
Le nom complet du café est « Sun Potter Nonbiriya », un mot-valise qui associe le san (de sanpo, « se promener », devenu sun) à pottering, adaptation japonaise du mot anglais, qui a pris le sens nouveau de flâner à vélo dans le quartier. « Nonbiriya » signifie littéralement « une pièce où l’on se prélasse ».

Les pages de l’album photo de Nonbiriya s’étoffent jour après jour, chaque client qui fait coulisser la porte du café y laissant son empreinte. Une histoire commencée il y a cent ans et qui continue de s’écrire.

Sun Potter Café Nonbiriya

  • Adresse : 5-2-29 Yanaka, Taitô-ku, Tokyo
  • Horaires : 11 h 30 – 15 h 00 et 18 h 00 – 23 h 00 (de 11 h 00 à 23 h 00 les samedis, dimanches et jours fériés)
  • Fermeture : mercredi et jeudi
  • Accès : à 8 minutes à pied de la gare JR Nippori
  • Site web : https://nonbiriya.jp/ (en japonais)
  • À noter : paiement en espèces uniquement

(Toutes les photos : © Kawaguchi Yôko)

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