Une pause-café dans une maison traditionnelle japonaise
Miyano-yu, à Nezu : un ancien bain public métamorphosé en café design
Tourisme Architecture- English
- 日本語
- 简体字
- 繁體字
- Français
- Español
- العربية
- Русский
Des bains publics (sentô) du début du XXe siècle, reconnaissables à leurs toitures majestueuses aux pignons courbés, aux établissements plus sobres et fonctionnels de l’après-guerre, tous étaient autrefois des lieux d’échanges essentiels pour les communautés locales. Aujourd’hui, les souvenirs de ces paysages d’antan se transmettent à la nouvelle génération, portés par l’arôme riche du café fraîchement préparé.
Situé à seulement deux minutes à pied de la station Nezu, sur la ligne de métro Chiyoda, Miyano-yu est un exemple particulièrement charmant.
Ouvert en 1951, ce bain public a réchauffé le quartier pendant plus d’un demi-siècle, jusqu’à sa fermeture en 2008. Dans une petite rue près du carrefour Nezu 1-chôme, sa haute cheminée grise témoigne encore aujourd’hui du paysage urbain et de la mémoire locale.

L’imposante cheminée attire immédiatement le regard.
C’est en 2021 que le café Miyano-yu voit le jour, réinvestissant un lieu chargé d’histoire et de souvenirs.
Un petit escalier mène à une porte coulissante, au-delà de laquelle se dévoile un intérieur hors du commun. Derrière le comptoir aménagé à partir de casiers à chaussures empreints de nostalgie, s’étend un vaste espace, bien plus spacieux que l’apparence extérieure ne le laisse présager.
Une fois la commande passée, le client reçoit une clef en bois numérotée, autrefois utilisée pour les casiers. Chaque détail, aussi discret soit-il, évoque l’histoire de ce lieu singulier.

La clé numérotée en main, le client s’installe, bientôt rejoint par les consommations commandées.
L’espace se divise en plusieurs zones aux atmosphères bien distinctes. Pour ceux souhaitant passer un moment au calme, un espace au plafond bas — situé au-dessus de l’ancienne chaufferie — offre un cadre intimiste où le temps semble s’écouler paresseusement.
Pour s’imprégner de l’ambiance du sentô, il suffit d’emprunter un passage étroit et faiblement éclairé menant au lieu qui servait autrefois d’espace de lavage (attention à la tête !). Là, un haut plafond en arc de cercle et d’immenses fenêtres s’ouvrent sur un espace aux volumes impressionnants, procurant un sentiment de liberté. Ici se trouvait autrefois le bain réservé aux hommes.
De l’autre côté, l’ancien bain des femmes accueille aujourd’hui un autre établissement.

En franchissant la porte du fond, un vert lumineux accueille le regard dans l’ancien espace de lavage.

Inondé de lumière, l’espace se dévoile à travers les fenêtres typiques des sentô.
« Préserver l’état originel du lieu était primordial pour nous. Malgré quelques fissures dans les carreaux, nous avons volontairement choisi de n’intervenir que dans les cas critiques », souligne la gérante, Osato Emi.
« Nous souhaitions que les visiteurs ressentent l’émerveillement que nous avons éprouvé lors de notre première visite, et qu’ils puissent percevoir l’histoire du lieu de la manière la plus authentique possible »

Des bassines et tabourets de bain au design nostalgique sont alignés.
Les nombreuses plantes d’intérieur insufflent une vitalité fraîche et apaisante. Face à ce sentô, Emi confie avoir eu l’impression d’entrer dans une serre.
Les carreaux aux lignes épurées répondent à la douceur d’un vert en pleine croissance, tandis que la lumière, filtrant à travers les fenêtres, enveloppe l’espace d’une douce chaleur.

Un coin tatami propice à la détente
Au-dessus de l’ancienne baignoire principale, des tatamis sont disposés pour créer un espace surélevé où l’on peut étirer ses jambes, comme si l’on se prélassait dans un bain chaud.
Le long des murets de l’ancien espace de lavage, une rangée de robinets subsiste, vestige de l’activité originelle du lieu. Quant à la fresque de carreaux ornant le mur, sa restauration s’avère difficile en raison de la raréfaction des artisans spécialisés.

La fresque aux couleurs vives, ornée de motifs d’oiseaux
Matcha et espresso, deux univers qui s’entrecroisent
Aujourd’hui, l’entrée du café se situe à côté de l’ancienne cheminée du sentô. À l’époque, cependant, l’accès principal se trouvait à l’opposé du bâtiment. Ainsi, dans la configuration actuelle, l’ancien vestiaire — autrefois surveillé depuis le poste du préposé (bandai) — se découvre au-delà de l’espace des bains.
Cet espace accueille désormais un torréfacteur ainsi qu’une table pouvant accueillir quatre personnes. Le processus de torréfaction, qui consiste à chauffer les grains de café pour en révéler les arômes, évoque une lente remontée des strates de mémoire imprégnées dans les lieux.

L’ancien vestiaire. Combien de personnes s’y sont reposés après le bain en savourant une bouteille de lait bien fraîche ?
À la carte, deux spécialités : le matcha et l’espresso. Côté café, on retrouve des préparations d’inspiration océanienne, comme le flat white, apprécié pour sa mousse de lait finement texturée, ou encore le long black, dont l’espresso est versé dans de l’eau chaude, révélant des arômes au caractère affirmé. Les assemblages varient au fil des saisons : plus légers en été, plus riches en hiver, afin d’offrir une expérience toujours en accord avec le moment.

Un matcha latte et un affogato sundae garni de cookies maison.
La chaleur d’une communauté héritée du sentô
C’est à la suite d’un séjour d’études à Brisbane, en Australie, qu’Emi découvre le monde du café.
« Au Japon, j’avais l’image d’un café comme d’un lieu où l’on se plonge dans son propre temps. Mais en Australie, où que j’aille, les échanges entre le personnel et les clients — ou entre clients eux-mêmes — étaient constants. J’ai été frappée par cette culture du café comme espace de communication. »
À l’image des cafés australiens, les bains publics ont longtemps été des lieux où les habitants se retrouvaient et échangeaient.
« Je souhaite prolonger cet héritage en lui donnant la forme d’un café contemporain, où des personnes d’horizons variés peuvent se rencontrer et discuter. »
Le matin, l’établissement accueille principalement des visiteurs venus de l’étranger ; l’après-midi, ce sont les habitants du quartier qui s’y retrouvent, échangeant quelques mots avec les employés au comptoir.
Certains viennent en famille, sur trois générations, partageant des souvenirs, tandis que d’autres s’accordent un moment de solitude, le regard tourné vers le haut plafond. Il arrive même que des histoires plus inattendues s’y écrivent : un couple, qui s’était rencontré en travaillant dans un autre sentô, y a célébré sa réception de mariage.

Ces robinets ont vu passer l’animation du quartier, du temps du sentô jusqu’à celui du café.
La transformation de l’ancien bain public en café Miyano-yu a été confiée à Suzuwa Construction Corporation, une entreprise basée dans la capitale, reconnue pour son expertise dans l’architecture de sentô.
Son dirigeant, Suzuki Kôzô, est apparenté au fondateur du Miyano-yu, faisant de ce lieu un espace chargé de souvenirs personnels.
Après la fermeture du bain public, de nombreux habitués ont exprimé le souhait de le voir rouvrir. Malgré ses efforts pour en assurer la continuité, le projet s’est heurté à des contraintes économiques trop importantes. « Si le bâtiment avait été démoli pour laisser place à un immeuble, c’est tout le paysage du quartier qui aurait changé », confie-t-il.
Animé par ce sentiment d’urgence, il choisit finalement de préserver la structure existante et de lui offrir une nouvelle vie sous la forme d’un espace polyvalent, le « Sento Building ».
Aujourd’hui, si la vapeur des bains a laissé place aux arômes du café et du matcha, la chaleur qui émane de ce lieu continue de faire vivre le quartier.
Matcha & Espresso Miyano-yu
- Adresse : 2-19-8 Nezu, Bunkyô-ku, Tokyo
- Horaires : de 9 h 30 à 18 h 30 (dernière commande à 18 h)
- Fermeture : jours de fermeture irréguliers
- Accès : à 2 minutes à pied de la station Nezu (ligne Chiyoda du métro de Tokyo)
- Site web : https://www.miyanoyu.tokyo/english
(Toutes les photos : © Kawaguchi Yôko)