Quand les défunts se déplacent : les autels bouddhiques « butsudan » s’adaptent aux changements

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Dans les maisons japonaises, les butsudan, de petits autels bouddhiques servant à honorer la mémoire des ancêtres, s’éloignent de leur allure traditionnelle et se personnalisent pour répondre à la demande. Cette tendance est notamment due aux changements des aménagements des lieux de vie et au retrait des tombes. Certaines familles placent même leur butsudan dans la salle de séjour, afin de sentir au quotidien la présence de leurs proches décédés.

Des autels bouddhiques atypiques pour les foyers modernes

En mai 2019 dans la ville de Nagoya s’est ouvert « Gallery Memoria », un magasin spécialisé dans les butsudan, les autels bouddhiques. Affichant un panel attractif pour le foyer, cet endroit joliment décoré évoque davantage une boutique de design d’intérieur qu’un fournisseur d’accessoires religieux.

Le butsudan « Brillio » est vendu au prix de 918 000 yens.
Le butsudan « Brillio » est vendu au prix de 918 000 yens (7 100 euros).

Le modèle « Brillio » a l’allure d’un placard élégant avec un revêtement en verre. Ce dernier s’ouvre pour dévoiler le sanctuaire miniature, tandis que des LEDs illuminent la photo du défunt.

D’autres modèles ressemblent à des antiquités européennes, et la salle d’exposition compte près de 80 butsudan.

Le modèle « Maria » a un prix de vente de 810 000 yens.
Le modèle « Maria » a un prix de vente de 810 000 yens (6 300 euros).

Certains modèles utilisent également des fixations murales ou des portes coulissantes vers le haut afin de prendre moins de place au sein du foyer.

Le « Passat », un butsudan à fixation murale, se vend à 745 200 yens.
Le « Passat », un butsudan à fixation murale, s’achète pour 745 200 yens (5 800 euros).

Traditionnellement, les butsudan sont de couleur noire et or, et sont placés dans une salle dédiée appelée butsuma. Cependant, le propriétaire de « Gallery Memoria », Aratani Shinjirô, déclare que de nos jours, avec de plus en plus de personnes vivant dans des appartements, la demande pour les butsudan atypiques et plus petits s’accroît.

« Comme les sols en tatami sont moins courants, peu de foyers disposent d’une salle butsuma dédiée au butsudan. On cherche donc souvent des autels assez petits, qui peuvent être placés dans une salle de séjour. »

Avant que les butsudan modernes occupent le devant de la scène, les modèles traditionnels tels que celui-ci étaient la norme.
Avant que les autels modernes occupent le devant de la scène, les modèles traditionnels tels que celui-ci étaient la norme.

La part de marché de ces modèles non traditionnels est passée de seulement 30 % il y a tout juste quatre ans, à 70 % aujourd’hui : ce style est devenu la nouvelle norme.

« Je placerai l’autel dans la salle de séjour », nous dit une cliente d’environ soixante-dix ans. La fille de cette dame déclare par aillers que son père avait toujours souhaité être commémoré avec un butsudan qui exprimerait sa personnalité.

Une autre cliente, âgée d’une soixantaine d’année, souhaite également privilégier l’achat d’un butsudan moderne, qu’elle pourra plus facilement transmettre à son fils au moment venu.

Pourquoi un autel avec urne à la maison plutôt qu’une tombe classique ?

Il y a une autre raison à la popularité des autels bouddhiques modernes.

Les terrains du temple Myôraku-ji (ville de Toyota, préfecture d’Aichi) comprennent près de 20 000 tombes, qui contiennent toutes des cendres transférées depuis d’autres cimetières. Le prêtre en chef explique que le temple a créé un monticule spécial pour héberger les tombes dont plus personne ne venait s’occuper. Tous les ans, les cendres de plus de 200 personnes sont exhumées puis transportées en ce lieu. Avec des familles élargies dont les membres vivent de plus en plus éloignés les uns des autres, l’entretien des tombes peut devenir un véritable fardeau, entraînant donc une hausse des retraits de tombes et des déplacements des cendres.

Durant les dix dernières années, on a compté une augmentation de 40 % des déménagements des tombes et des cendres.

Un autre style de butsudan a ainsi été créé pour le nombre croissant de clients qui ne souhaitent pas placer leurs cendres au sein d’une tombe classique. En réponse à la demande, la boutique propose donc des autels modernes dans lesquels placer les urnes.

Aratani déclare que la société a complètement changé de point de vue sur la façon dont les morts doivent être commémorés. Il pense qu’une des raisons de la popularité croissante des butsudan non traditionnels est le désir de l’industrie de respecter les vœux de ces nouveaux clients.

Les urnes ne font pas tâche au sein d’une salle de séjour.
Ce type d’urnes au design élégant peuvent facilement s’harmoniser avec une salle de séjour.

La famille Ômura, résidant à Nagoya, est l’une de celles à avoir décidé de s’offrir un butsudan moderne. Leur achat, effectué pour honorer la mémoire de leur père décédé, est placé au sein de la salle de séjour, en face de leur table à manger.

« Sa présence dans le salon nous permet de le voir tous les jours, déclare madame Ômura. Je souhaitais le placer à un endroit où toute la famille passe du temps. »

Ce modèle possède des portes en glace interchangeables. La famille Ômura change les vitraux faits à la main en fonction des saisons.
Le modèle choisi par la famille Ômura possède des portes en verre interchangeables. Les propriétaires changent les vitraux faits à la main en fonction des saisons.

Madame Ômura répond avec satisfaction que les personnes lui rendant visite chez elle sont impressionnés par l’autel. « Je pense que ça s’intègre bien avec notre décoration, puisqu’il ne ressemble pas du tout à un sanctuaire miniature classique. »

Les autels s’adaptent aux changements des modes de vie, ainsi qu’à la transformation de la façon dont les gens aiment se rappeler de leurs défunts. Avec de plus en plus de temples acceptant les choix de leurs fidèles d’avoir chez eux un butsudan non traditionnel, cette nouvelle tendance semble être vouée à se développer très largement.

(D’après la diffusion sur Prime Online du 1er septembre 2019)

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