Invention de rêve pour les étudiants japonais : la machine à produire des mémoires « écrits à la main »

Technologie Éducation

Cela peut paraître incroyable de nos jours, mais au Japon, certains professeurs d’université acceptent uniquement les exposés manuscrits. Un étudiant a donc mis au point une machine de rêve : la machine à produire des mémoires écrits « comme à la main » !

La « machine à écrire des mémoires manuscrits »

Sortir diplômé de l’université sans redoubler une année est le pari de nombreux étudiants. En plus d’obtenir des bons résultats aux examens, il est indispensable de réussir ses mémoires (au cours de l’année, les étudiants japonais rendent plusieurs petits mémoires d’une dizaine de pages environ chacun). Et ces derniers ne sont pas une mince affaire.

En effet, au Japon, certains professeurs n’acceptent que les mémoires... manuscrits ! Pourquoi, alors qu’aujourd’hui, tout le monde utilise un ordinateur ? Justement pour cette raison : cela permet de limiter la copie intempestive de textes trouvés sur Internet.

Mais pour la nouvelle génération, peu habituée à écrire à la main, c’est un réel problème. Devoir rendre plusieurs exposés en même temps ou en réécrire un est un lourd travail, que certains aimeraient sans doute déléguer à quelqu’un d’autre. C’est ainsi qu’un étudiant a eu l’idée de confier ce travail non pas à un camarade, mais à une machine...

Mais pourquoi me faut-il écrire cette dissertation à la main…
« Mais pourquoi me faut-il écrire cette dissertation à la main… »

On doit cette « machine de rêve » à un étudiant surnommé Tamu. La « machine à écrire des mémoires manuscrits », comme il l’a baptisée, recopie sur du papier le texte tapé à l’ordinateur. Et il ne s’agit pas d’une impression, mais bien d’un texte écrit au stylo, grâce à un « stylo traceur ».

Pour résumer, le stylo se déplace en fonction des données graphiques qui lui sont envoyées, et c’est ainsi qu’il imite l’écriture manuscrite.

Tamu a publié sur Twitter et des sites de vidéos le processus de fabrication de sa machine, sans oublier de préciser que pour lui, « en 2019, exiger des mémoires manuscrits est une erreur… ».

Examinons le mécanisme, à partir des vidéos fournies par Tamu.

Tout d’abord, notre étudiant a commencé par fabriquer le bloc du stylo traceur. Il a produit avec une imprimante 3D les pièces dessinées avec un logiciel de conception assistée par ordinateur en trois dimensions, avant de les assembler.

Ensuite, il a monté un support permettant de déplacer le stylo suivant deux axes, horizontal et vertical. Les courroies et engrenages fixés sur ces axes sont mus grâce à un microcontrôleur Arduino. Enfin, il a fixé le stylo à son support. Et voilà, la « machine à écrire mémoires manuscrits » est prête !

La machine est un peu plus grande qu’une feuille A4.
La machine est un peu plus grande qu’une feuille A4.

Le stylo traceur écrit – ou dessine – d’après les données qui lui sont transmises : si les données envoyées par le programme sont celles d’une illustration, il peut tout aussi bien la reproduire, comme ci-dessous.

La machine peut aussi dessiner.
La machine peut aussi dessiner.

Le résultat est parfaitement identique à l’original, mais sur une feuille de papier. La vitesse d’exécution dépend du contenu ; plus elle est lente, plus le résultat est précis.

Des polices maison pour un rendu manuscrit

Mais Tamu s’est alors heurté à un autre problème : celui des polices de caractères. Son invention requiert l’usage de polices vectorielles, formées de lignes et non de points ; or, les polices de ce type disponibles gratuitement ne donnent pas une réelle impression d’écriture manuscrite.

Le rendu des polices vectorielles, trop éloigné de l’écriture manuscrite
Le rendu des polices vectorielles, trop éloigné de l’écriture manuscrite

Tamu s’est donc attelé à la confection d’une police de 2 406 caractères (hiragana, katakana, kanji et alphabet) écrite par lui-même, directement sur un écran tactile ou avec une souris. Et pour obtenir de beaux caractères, il les a chacun tracés plusieurs fois afin d’établir une moyenne entre les différentes versions. Chaque caractère ayant fait l’objet de trois versions, il lui a fallu calligraphier quelque 7 000 caractères en tout.

7 000 caractères manuscrits ont été nécessaires pour composer la police
7 000 caractères manuscrits ont été nécessaires pour composer la police.

Grâce à cette police de caractères unique, la « machine à écrire des mémoires manuscrits » peut désormais recopier un exposé sur la base des données fournies. Le stylo qui trace les caractères est certes mû par une machine, mais le résultat est bel et bien un texte manuscrit.

Le rendu « manuscrit » est réussi, même de près !
Le rendu « manuscrit » est réussi, même de près !

Rencontre avec l’inventeur

Pourquoi avoir mis au point une telle machine ? Tamu nous explique ses motivations.

— Pourquoi avez-vous fabriqué la « machine à écrire des mémoires manuscrits » ?

« La faculté d’ingénierie de mon université dispense des cours pratiques et, dans certaines matières, il faut rendre un rapport d’expérimentation écrit à la main. J’ai eu envie de protester contre cette pratique en mettant en œuvre mes connaissances technologiques. J’ai commencé la fabrication à la mi-août et ma machine était prête à la mi-septembre. »

Comparaison entre un texte écrit par la machine (à gauche) et à la main (à droite) ; les caractères sont très similaires
Comparaison entre un texte écrit par la machine (à gauche) et à la main (à droite) ; les caractères sont très similaires !

— À quoi teniez-vous le plus ? Qu’est-ce qui vous a donné du mal ?

« La machine, en soi, a été relativement facile à réaliser car il suffisait d’assembler les pièces que j’avais conçues, après les avoir imprimés en 3D. Le système du stylo traceur existe déjà depuis longtemps. Le plus difficile a été d’obtenir une police de caractères qui ressemble vraiment à l’écriture manuscrite. Les polices vectorielles gratuites étant trop éloignées de l’écriture manuscrite, les professeurs auraient tout de suite détecté la supercherie. Alors j’ai écrit moi-même un programme pour créer une police de caractères. C’est cela qui m’a demandé le plus de travail. »

— Quelles réactions votre machine a-t-elle suscitées ?

« Quand je l’ai testée avec un dessin, le résultat était meilleur que je ne l’imaginais, cela m’a donné de l’assurance. Ensuite, j’ai produit une dissertation manuscrite et le stylo traceur a bien fonctionné, sans trembler ni déraper, c’était fantastique ! Je pense que je n’ai plus à m’inquiéter pour les mémoires manuscrits qu’on me demandera de rendre à l’avenir !

Le système du stylo traceur existe depuis plusieurs dizaines d’années, mais il a plus ou moins disparu dans le sillage de l’imprimante. De nombreuses personnes ont trouvé intéressant et amusant de voir le stylo tracer un à un chaque trait de chaque caractère. Sur internet, j’ai reçu de nombreux conseils pour rendre ma police de caractères vraiment "manuscrite", c’était très stimulant. Certaines personnes m’ont même demandé de fabriquer une version pour les CV manuscrits ! Je vais m’y atteler. »

— Avez-vous rendu un exposé écrit avec votre machine ?

« Pas encore. Dans ma faculté, on exige peu de mémoires manuscrits, alors je n’aurai peut-être pas beaucoup d’occasions d’utiliser mon invention... Mais c’est différent dans d’autres facultés : j’espère que les étudiants concernés se serviront de ma machine. »

— Avez-vous d’autres inventions à présenter ? Quels sont vos projets et rêves d’avenir ?

« En général, je conçois des jeux et des applications, mais cette fois-ci, j’en ai profité pour mettre au point une "machine semi-automatique à plier le linge".

Je ne sais pas encore exactement ce que je veux faire à l’avenir, mais j’aimerais travailler dans les technologies de l’information, devenir un ingénieur qui conçoit des services utiles aux gens, cela me plairait. »

— Quelles réflexions vous inspire votre notoriété soudaine ?

« Je ne m’y attendais pas, c’est la première fois que cela m’arrive ; au début, j’étais un peu surpris, mais je suis content que beaucoup de gens aient vu ma machine. J’ai envie de continuer à partager mes inventions et à en poster des vidéos. Les amis de mon club, à la fac, m’ont félicité pour ma célébrité. »

La « machine semi-automatique à plier le linge » est en cours de conception...
La « machine semi-automatique à plier le linge » est en cours de conception...

La « machine à écrire des mémoires manuscrits », outre son aspect pratique, est un concentré du savoir-faire technique et de la détermination de son auteur, Tamu. Son succès attirera peut-être l’attention des professeurs sur son invention. Espérons qu’ils récompenseront sa ténacité en fermant les yeux sur d’éventuels exposés manuscrits avec un petit quelque chose d’automatique…

(D’après la diffusion sur Prime Online du 4 octobre 2019. Reportage et texte de Fuji TV News)

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