La gastronomie en papier d’un « vieux monsieur à lunettes » : un succès sur Twitter

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Des photos d’imitations de nourriture rencontrent un vif succès sur Twitter. Ces créations sont l’œuvre d’un artiste âgé de 74 ans. Il a façonné près de 200 types d’aliments différents, comme des plats de fête et des gâteaux, presque entièrement en papier. Le fils de l’artiste, qui gère le compte Twitter, répond aux questions de Fuji News Network.

Des photos culinaires qui font le buzz

Récemment, ces alléchantes photos culinaires rencontrent le succès sur Twitter...

Ne vous laissez pas méprendre par ces photos appétissantes.
On croirait que ces plats sont rééls, mais ne vous laissez pas méprendre...

Une marmite nabe au crabe, omelette tamagoyaki ou tempura de crevette : on trouve des myriades de telles photos culinaires sur les réseaux sociaux. Mais dans ce cas-là, pourquoi ces images en particulier ont-elles reçues plus de 22 000 likes (à la date du 12 février) sur Twitter ?

« Au début, c'était juste un passe-temps. »

Ce qui est surprenant, c'est qu'aucun de ces aliments n'est réel. Tout est fait en papier, ou presque.

Nombreux sont les utilisateurs qui font l'éloge de ses créations, commentant sur le réalisme des œuvres, la dextérité remarquable dont faire preuve l’artiste (qui a plus de 70 ans !) et le fait qu’au début, son activité artistique était juste un passe-temps. « Quelle qualité incroyable ! », s’étonne un utilisateur, tandis qu’un autre n’en croit pas ses yeux : « Je n'aurais pas pu dire si c'était de la vraie nourriture avant d'avoir cliqué sur la photo. »

Sans lire les commentaires, peu de personnes auraient remarqué que la poêle contenant le tamagoyaki était aussi faite en papier. Où peut-on trouver des informations sur ces œuvres d'art ? En se rendant sur la page de profil de Megane no Ojîchan (en français : « Le vieux monsieur à lunettes »), qui publie ses photos, on peut lire : « œuvres réalisées par mon père », ce qui suggère que c'est le fils de l'artiste qui s'occupe du compte Twitter. Nous nous sommes donc rapprochés du propriétaire du compte pour en savoir plus sur ces activités créatives plutôt insolites.

Tout d'abord la question que tout le monde se pose : pourquoi des imitations de nourriture à partir de papier ? Le fils nous a répondu que son père, qui est né en 1945, a commencé cette activité il y a environ quatre ans, quand il avait 70 ans.

Il explique que son père a choisi comme thème la nourriture car c'est un thème familier pour tous.

Osechi, les plats traditionnels du Nouvel An japonais, sont l'un des sujets les plus récurrents de l'artiste. Tout est fait en papier à l'exception des boîtes.
La cuisine Osechi, les plats traditionnels du Nouvel An japonais, sont l'un des sujets les plus récurrents de l'artiste. Tout est fait en papier à l'exception des boîtes.

L'artiste compte 200 œuvres à son actif à la date de février 2020.

Les publications sur Tweeter reçoivent de nombreux retours positifs sur le savoir-faire et la dextérité de l'artiste. Le fils nous a précisé que son père n'en était pas à sa première activité artistique : son passe-temps autrefois était le dessin au pastel. Il avait appris à créer des imitations de nourriture en autodidacte complet, car il n'existait aucune œuvre d'art similaire sur laquelle il pouvait se baser.

Un dessin au pastel de l'artiste.
Un dessin au pastel de l'artiste

Le propriétaire du compte Megane no Ojîchan est lui-même un artiste accompli qui a exposé des œuvres à l'exposition japonaise des beaux-arts, Nitten, la plus grande exposition d'art du Japon. Il a sans doute hérité en partie du sens esthétique de son père.

Réaliste, mais pas trop

Le fils a bien voulu nous en a dire plus sur le processus créatif de son père et le matériel qu'il utilise. Au début, son père collait du papier japonais washi sur des bases faites en carton, mais il avait trouvé que le résultat final était trop fragile. Il utilise désormais du papier mâché au lieu du carton, incorporant parfois aussi du papier de mouchoir et d'origami. Certaines créations sont uniquement faite en washi.

Le procédé et les matériaux dépendent du sujet. Une fois que l'artiste a choisi un sujet, il se procure une version réelle qu'il observe attentivement afin de choisir le type de papier japonais qu'il utilisera. Il n'a jamais recours à de la peinture ou des colorants : toutes les couleurs sont celles du papier. Par conséquent, il a besoin de maintenir un stock important de papier aux textures et couleurs variées.

L'artiste a toujours sous la main un assortiment varié de papier de toutes les couleurs.
L'artiste a toujours sous la main un assortiment varié de papier de toutes les couleurs.

En ce qui concerne le temps requis pour créer une œuvre, il peut prendre d'une heure à trois jours en fonction du sujet. Son objectif est de créer des œuvres qui semblent réelles à première vue, mais qui révèlent leur vraie nature quand on les regarde de plus près. Il estime que la poursuite du réalisme parfait est futile, car il ne pourra jamais égaler le niveau des imitations que l’on trouve à l'entrée des restaurants au Japon. C'est pourquoi il essaie de conserver en partie l'aspect « fait en papier » tout en cherchant à reproduire fidèlement la texture de la nourriture.

Lorsqu'il est en quête d'inspiration, il observe des morceaux de washi et s'imagine en quel genre de plat ils pourraient être transformés, ou à l'inverse il regarde de la nourriture réelle pour se faire une idée du type de papier qui pourrait être utilisé.

« Simple mais impressionnant. Comment est-ce possible ? » dit ce tweet de Megane no Ojîchan. Et voici une vidéo postée plus tard qui montre sous différents angles cette soupe, appelée sumashi-jiru, avec son tofu et sa feuille mitsuba qui semble flotter.

Quelle est la création préférée de son père ? Selon le fils, ce serait en particulier le sumashi-jiru du lien ci-dessus. Un autre de ses favoris est le mochi : la chaleur des gâteaux de riz gluant qui viennent juste d'être grillés est admirablement exprimée grâce à du papier translucide pour représenter la surface gonflée, ainsi que des fines feuilles pour imiter la croûte dorée.

Pour le sumashi-jiru, l'artiste a tenté de recréer l'apparence liquide du plat, ce qui n'est pas un exercice facile. Il a pu donner l'impression qu'il y a de la soupe dans le bol en plaçant une épingle dans le tofu, à laquelle est attachée la feuille mitsuba pour donner l'impression qu'elle flotte, et en collant de fines bandes de papier à l'intérieur du bol à la même hauteur que la feuille. L'artiste a fait preuve d'une créativité impressionnante pour ces deux œuvres.

Le mochi, l'une des créations préférées de l'artiste
Le mochi, l'une des créations préférées de l'artiste

Faire ce que l'on aime

Qu'est-ce qui a incité Megane no Ojîchan à publier des photos des œuvres de son père sur Twitter ? Son père conserve aujourd'hui toutes ses œuvres, mais autrefois il lui arrivait souvent de décoller le papier pour le réutiliser, ou de simplement jeter ses créations une fois terminées. Son fils s'est dit que c'était dommage que ces œuvres disparaissent ainsi et c'est pourquoi il a commencé à poster des photos sur Twitter.

La première création de l'artiste, un crabe
La première création de l'artiste, un crabe

« Créer des œuvres en papier a changé mon père, poursuit son fils. Il a récemment commencé à utiliser une tablette tactile et a aussi ouvert un compte Instagram. Il utilise maintenant les réseaux sociaux pour voir comment les gens réagissent à ses créations. Je l'aide même à poster des photos sur Instagram. »

« Je suis très content de la popularité que rencontrent les œuvres de mon père, nous confie-t-il pour terminer. Je voulais à l'origine partager son travail avec autant de personnes que possible, et les réseaux sociaux m’ont permis de réaliser cet objectif. J'espère qu'il continuera de faire ce qu'il aime. »

Des gâteaux de Noël. Tous faits en papier, bien sûr.
Des gâteaux de Noël. Tous faits en papier, bien sûr.

Au début simple passe-temps, ces imitations de plats sont devenues un véritable succès sur les réseaux sociaux. Cet artiste nous montre qu'il n'est jamais trop tard pour commencer de nouvelles choses.

Le compte Twitter de Megane no Ojîchan

(D’après la diffusion sur Prime Online du 12 février 2020. Reportage et texte de Fuji TV News)

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