Kubo Takefusa : les prouesses du « Messi japonais » formé à Barcelone

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Kubo Takefusa vit en Espagne depuis l’âge de 9 ans. Il a fait toute sa formation au sein du prestigieux FC Barcelone. Devenu professionnel, après un passage par la J-League, il a choisi comme nouveau club d’affiliation la meilleure équipe du monde et rivale éternelle du Barça, le Real Madrid. Son talent est tel que le monde du ballon rond le considère comme le Messi japonais. Actuellement prêté au club RCD Majorque, il s’efforce de se faire remarquer pour obtenir une place de titulaire au sein de l’équipe principale du Real. Un journaliste analyse pour nous le potentiel d’avenir de ce jeune prodige.

« Tout le monde espérait que je marque un but...alors il fallait que je réussisse ! »

C’est la réponse que Kubo Takefusa a fait au journaliste espagnol qui l’interrogeait après son premier but en Liga, le championnat espagnol de première division.

Ce match opposait son équipe, le RCD Majorque, au club de Villareal. Le jeune japonais a été mémorable non seulement pour le but marqué, qui a participé indirectement à tous les 3 buts de son équipe, mais pour la totalité de son jeu. Toute l’attention de l’Espagne était tournée sur ce garçon de 18 ans.

Kubo continue, dans un espagnol très délié :

« Toutes les nuits, je m’imaginais en train de marquer ce but en Liga. C’est un rêve qui se réalise, mais ce rêve, il faut le poursuivre. »

Si le premier but de Kubo en Liga est un succès remarquable, ce n’est qu’un premier pas. Le Japonais de 18 ans voit plus loin. 

Les attentes des médias, le bruit autour de Kubo

Le nom de Kubo est sur toutes les lèvres cette saison à Majorque. Depuis qu’il a été prêté par son club à partir de l’été dernier, le cas Kubo fait beaucoup de bruit dans les médias. Tout le monde voit le joueur de 18 ans comme un sauveur venu à Majorque. Sans jeu de mots, son talent le fait même porter le surnom de « Messi japonais »...

Pourtant, le chemin n’a pas été facile. Mi-octobre, trois semaines avant son premier but, avait eu lieu un match particulier. Le meneur de jeu majorquin était encerclé par les joueurs de la meilleure équipe du monde, le Real Madrid.

Derrière lui, sur sa droite, Vinicius, l’international brésilien, qui cherche la moindre occasion de le dribbler. L’autre brésilien, Marcelo, dont les yeux brillent comme un rapace sur le point de fondre sur sa proie. Les joueurs les plus redoutables ont décidés de ne pas laisser passer Kubo. C’est bien simple, à peine possédait-il le ballon qu’il se faisait tacler quelques mètres plus loin...

Kubo s’imposera-t-il à Majorque, le club qu’il a choisi ? (Photo : Mutsu Kawamori)
Kubo s’imposera-t-il à Majorque, le club qu’il a choisi ? (Photo : Mutsu Kawamori)

Kubo avait rejoint le Real Madrid en juin, venant du Japon. Deux mois plus tard, pour obtenir une occasion de jouer, il est prêté au club de Majorque. Et c’est évidemment le jour du match contre son club d’origine que l’attention des supporters locaux est à son comble.

La veille, Marca, le premier quotidien sportif d’Espagne, a publié sur quatre pages une interview exclusive de Kubo. En première page, deux photos de Kubo tout sourire, arborant sur l’une le maillot du Real Madrid, et sur l’autre celui de Majorque.

Le jour du match, les caméras de télévision étaient braquées sur lui, alors même qu’il a passé la première mi-temps sur le banc. Et quand l’arbitre a sifflé la fin de la rencontre, surprise générale : le modeste club majorquin avait défait le Real Madrid.

Kubo a célébré la victoire de son équipe par des applaudissements retenus. Il était rentré sur le terrain en cours de partie. Il savait mieux que quiconque que sa titularisation était soumise à la condition qu’il effectue un jeu brillant dans le court temps qui lui était imparti.

Pourquoi avoir choisi Majorque au lieu de rester au Real ?

Majorque est un club modeste qui vient d’être promu en première division. Il était encore en troisième division il y a deux ans. Son budget est également modeste. Pour donner un ordre de grandeur, alors que le salaire des joueurs de Barcelone, au sommet de la Liga, est d’environ 80 milliards de yens par an, et celui des joueurs du Real Madrid d’environ 77 milliards de yens, les joueurs de Majorque, dernier du classement, ne touchent que 3,6 milliards de yens. D’un autre côté, certains des plus célèbres joueurs de la Liga sont issus du club majorquin. C’est le cas de Samuel Eto’o, ancien Barcelonais.

Dans son interview pour Marca, Kubo parle de sa vie sur l’île méditerranéenne :

« Je ne suis pas entièrement satisfait de mon jeu jusqu’à présent, je pense que je peux faire beaucoup mieux. Les choses ne font que commencer et l’important est de persévérer dans cette voie. Même si Majorque vient d’être promu en première division, le club a une longue histoire de présence dans la Liga. Ce n’est pas tant que j’apporterai quelque chose de nouveau à Majorque, je crois que c’est plutôt Majorque qui va me faire grandir. Et moi, j’ai envie de me donner à fond pour aider l’équipe. »

L’autre option qui lui avait été proposé était de rester au Real Madrid et de jouer dans l’équipe B. Il aurait eu l’occasion de s’entrainer avec les meilleurs joueurs de de l’équipe principale. De nombreux jeunes joueurs font leurs débuts professionnels dans les phases de groupes de la Ligue des Champions après la Coupe d’Espagne ou la phase finale du tournois. C’est précisément le cas de Vinicius, qui a été promu dans l’équipe première l’année dernière, au cours de sa deuxième année.

Kubo, en ce qui le concerne, a privilégié le choix de jouer en Liga. C’est un choix bien plus ambitieux. Car, bien que Kubo puisse compter sur son attaque puissante, le potentiel de Majorque est néanmoins limité et il n’est pas sûr que Kubo puisse faire une démonstration de ses talents à sa guise. C’est ainsi que, lors du match contre le Real Madrid, on l’a vu se replier dans sa surface de réparation pour renforcer la défense.

Mais sa technique supérieure est un acquis reconnu par tout le monde. Tout le monde en Espagne sait qu’il a passé la pré-saison au Real Madrid, et aujourd’hui, Kubo a choisi de peaufiner sa technique en défense, ses mouvements et ses qualités tactiques dans un environnement totalement différent, à Majorque.

Il suffit de suivre ses entrainements : il est totalement intégré à l’équipe. Sa spécificité est évidemment sa capacité de communiquer naturellement et de façon parfaite. Il sait aussi imposer son point de vue. Et même s’il vient d’intégrer l’équipe, il sait se faire respecter. À 18 ans, Kubo possède déjà de remarquables compétences linguistiques et de communication.

Dès le début de mon interview j’ai pu vérifier l’extraordinaire capacité en espagnol de Kubo. L’entraîneur du club de Majorque, Vicente Moreno, commente en souriant :

« La langue n’est absolument pas un problème pour lui. Il est arrivé en Espagne très jeune et il parle parfaitement espagnol. Peut-être mieux que moi ! »

C’est au Japon qu’il a pu s’améliorer

Kubo avait 9 ans en 2011, lorsqu’il est arrivé en Espagne. Avant de venir, il avait déjà étudié la langue avec les cours de la NHK sur CD et un livre de vocabulaire. Il a passé les tests de sélection à Barcelone. À l’époque, le Barça de Pep Guardiola révolutionnait le monde du football par un jeu innovant et attrayant. Après deux semaines d’entrainement, il a réussi les tests et a vécu trois ans et demi à Barcelone, au cours desquels non seulement son football, mais ses compétences linguistiques ont fait d’énormes progrès.

Kubo à la Cantera de Barcelone. (Photo : Aflo)
Kubo, au club de formation des jeunes footoballeurs de Barcelone (Photo : Aflo)

Les progrès de Kubo étaient réguliers au sein de la pépinière attachée du Barça (la Masia), mais il a fait l’objet d’une mesure de suspension de la FIFA en 2014 pour défaut formel de la procédure d’enregistrement des joueurs étrangers de moins de 18 ans. Il est donc retourné au Japon l’année suivante pour commencer une carrière au FC Tokyo.

Dans son interview pour Marca, Kubo se souvient de cette saison :

« Cela n’a pas été facile pour un garçon de 13 ans qui ne désirait qu’une chose, jouer au football, de devoir rentrer dans son pays sans vraiment comprendre pourquoi. Encore aujourd’hui, je ne sais pas très bien ce qui s’est passé. Je ne comprends pas pourquoi on refuse à un gosse qui a envie de jouer dans un bon club le droit de le faire. »

Néanmoins, Kubo ne s’est pas laissé abattre par la frustration. Il a fait ses débuts en première division de J-league à 16 ans, et il est sûr qu’à cet âge il n’aurait jamais eu l’opportunité de jouer au top niveau en Espagne. Le niveau du football est certainement différent entre les deux pays, mais ses trois années en ligue japonaise ont indubitablement été riches en apprentissages et expériences.

Il a été en particulier prêté aux Yokohama F. Marinos pour lesquels il a marqué son premier but. À son retour au FC Tokyo, lors de sa troisième et dernière année, il a montré des progrès impressionnants en expérimentant notamment la lutte pour la victoire en championnat. Il a également été sélectionné en équipe nationale A du Japon, peu avant son retour en Espagne. Les exploits de Kubo étaient également suivis en Espagne. Son premier but en J-League, bien sûr, mais aussi ses phases de jeu remarquables et ses buts étaient relevés et transmis par les media espagnols.

Une fois atteint l’âge de 18 ans, et pouvant cette fois être régulièrement affilié comme joueur professionnel en Europe, plusieurs clubs ont levé la main pour le faire venir chez eux, tels son ancien club de Barcelone, le Real Madrid et le Paris St-Germain. Kubo a finalement choisi d’aller avec le Real, le rival éternel du Barça. La raison, il l’a expliqué au Marca : « J’ai bien aimé le plan qu’a proposé le Real pour mon avenir ».

Une future superstar

Comment Kubo évoluera-t-il dans l’avenir ? Le directeur général adjoint du club de Majorque, Maheta Molango, souligne l’humanité et l’intelligence de son joueur :

« Kubo ne ressemble pas aux autres gamins de 18 ans. Je crois qu’il devrait devenir un modèle de ce qu’il faut pour réussir. Il est doté d’extraordinaires qualités humaines, tout en montrant un esprit combatif, même quand il est traité comme une star, il sait rester calme et serein. C’est une combinaison difficile à obtenir. Sa famille aussi, ce sont des gens très sérieux mais ambitieux. Sans doute son caractère lui vient-il de là. Je suis persuadé que nous tenons une future superstar. »

En mai 2019, Kubo a connu sa première sélection dans l’équipe nationale japonaise, lors d’un match amical contre le Paraguay. Match sans fausse note. (Photo : Jiji)
En mai 2019, Kubo a connu sa première sélection dans l’équipe nationale A japonaise, lors d’un match amical contre le Paraguay. Un match sans fausse note. (Photo : Jiji Press)

Son expertise technique et son sens de la passe dépassent ceux de ses coéquipiers de Majorque. En particulier sa façon d’aller au contact et où placer le ballon, qu’il a travaillés à fond au Barça depuis son enfance. Il enchaîne naturellement d’une phase de jeu à une autre, sans le moindre hiatus, une habilité qui découle de sa technique au pied et de son dribble. Bien que ces deux joueurs possèdent des personnalités bien différentes, il ressemble de ce point de vue aux tout meilleurs joueurs du monde, Messi ou Iniesta.

Majorque se bat pour rester en Liga. Et Kubo n’est pas encore titulaire. Mais s’il parvient à multiplier les buts ou les passes décisives, nul doute que plus de ballons lui parviendront. Sa technique et son sens de la passe sont déjà reconnus. Il ne lui manque plus qu’à sécuriser un poste de titulaire et à renforcer sa cohésion avec le reste de l’équipe pour dégager tout le potentiel du club de Majorque.

Le niveau d’attente des supporters se mesure au volume des encouragements adressés à Kubo dès qu’il entre sur le terrain. À Majorque, le jeune japonais peut jouer au foot dans un contexte plus serein que dans un grand club comme le Real de Madrid. Cette année, où il atteindra ses 19 ans, s’annonce cruciale pour son avenir.

(Photo de titre : Kubo Takefusa en pleine prouesse au Real Madrid lors de la pré-saison. Photo de Taguchi Yukihito)

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