Les athlètes japonais en route vers la victoire olympique

Frère et sœur champions olympiques de judo le même jour, ou la force du soutien familial

Sport Tokyo 2020

[Article du Kobe Shimbun] Aux Jeux olympiques de Tokyo, le bond en avant du judo japonais a enthousiasmé le peuple japonais. L’un des moments forts de l’événement a été sans conteste la première médaille d’or jamais remportée le même jour par un frère et une sœur, Abe Hifumi et Abe Uta. Voici un petit aperçu de leur environnement familial et les impressions de leur père.

Le 25 juillet 2021 lors des JO de Tokyo, Abe Uta (21 ans) remportait la médaille d’or en judo catégorie -52 kg, suivie quelques minutes plus tard de son grand frère, Hifumi (23 ans), victorieux dans la catégorie des -66 kg.

La famille a bien entendu soutenu leurs chers compétiteurs. Le père s’était entraîné avec eux et leur avait parlé de son rêve de devenir le meilleur athlète du monde, tandis que leur mère les encourageait en leur faisant de bons petits plats. Le 25 juillet a donc été un grand jour pour la « Team Abe », unie par un lien fort.

« Nous avons enfin pu leur rendre une portion de ce que nous leur devons. Tout ce que je peux dire, c’est : merci », a déclaré Uta après son combat acharné.

Hifumi et Uta sont nés et ont grandi à Wadamisaki, un quartier populaire de la ville de Kobe. Leur père, un ancien nageur de niveau national, leur a très tôt recommandé le judo : « Quand vos deux parents sont des petits gabarits, autant choisir une discipline où vous vous mesurerez à des adversaires de même poids que vous », explique-t-il.

Dès l’âge de six ans, Hifumi a commencé à s’entraîner dans un établissement spécialisé de sa ville. « Il s’est fait battre encore et encore, mais il a continué à aller au club en pleurant », se souvient sa mère. Il pleurait tellement que son frère aîné, Yûichiro, 25 ans, a rejoint le club pour veiller sur lui.

À l’époque, Kôji, un pompier, s’entraînait avec Hifumi. Pour renforcer leur cœur et leurs poumons : course à pied. Pour renforcer leur musculature : échanges de ballons lourds.

Hifumi commençait enfin à montrer les dents et à concourir dans les rencontres internationales, puis sa sœur Uta, en troisième année de lycée, a remporté comme lui le championnat du monde. « Je veux devenir un monstre », déclara-t-elle avec audace. Cependant, quand elle a quitté ses parents pour étudier à l’Université Nippon Sport Science, elle a failli se laisser submerger par la déprime de la vie en solitaire.

« Elle n’était pas loin de la dépression nerveuse », raconte son père. La mère a alors déménagé pour habiter avec sa fille et lui permettre de se concentrer sur la compétition. Lui préparer des repas chauds, l’écouter bavarder de tout et de rien, c’est ainsi que l’on permet à la reine du monde de relâcher un peu la pression.

En 2020, quand la pandémie du coronavirus s’est déclenchée, la famille a décrété « la guerre totale ». Le père montait régulièrement à Tokyo, et puisqu’il n’était plus possible de s’entraîner sur les tatamis, il a organisé des entrainements de courses d’escaliers de 200 marches. De retour à Kobe, il continuait à courir 10 Km tous les jours, seul. « Pour souffrir et partager la pression avec eux », dit-il. « Il est immense. Le plus grand du monde, pour moi », dit Hifumi de son père, en qui il a une confiance absolue.

Devenus grands, Hifumi et Uta sont aujourd’hui les plus grands athlètes des JO de Tokyo : « Ils nous donnent du bonheur tous les jours. Nous n’avons que de la gratitude pour eux. » La famille n’a pas pu assister aux combats, pour respecter les consignes sanitaires. Alors, les parents et Yûichirô se sont contentés de regarder les Jeux olympiques à la télé. Le rêve de voir le frère et la sœur monter le même jour sur le podium datait de 2013, le jour où Tokyo a été choisie pour accueillir les JO. Aujourd’hui, c’est devenu la réalité.

(Article de Fujimura Yukiko. Photo de bannière : Abe Hifumi et sa sœur Uta, chacun avec sa médaille d’or, au Nippon Budôkan. Photo : Horiuchi Shô)

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