[Galerie photos] Couleurs boréales : la flore saisonnière de Hokkaidô
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Une flore qui traverse les frontières
Le détroit de Tsugaru, qui sépare l’île principale de Honshû de l’île de Hokkaidô, forme un frontière zoogéographique appelée Ligne de Blakiston. Thomas Blakiston (1832-1891) était un naturaliste anglais qui a vécu à Hakodate, dans le Hokkaidô, du début des années 1860 jusqu’en 1884. Il a remarqué que les espèces trouvées au nord de cette ligne, tels l’ours brun et le hibou pêcheur de Blakiston, différaient de celles au sud. Cependant, cette particularité de la faune ne s’appliquait pas à la flore locale.

Le feuillage vert éclatant de printemps au mois de juin. (© Mizukoshi Takeshi)
Les hêtres japonais sont typiques des arbres à feuilles caduques qui constituent les forêts de la région de Tôhoku, au nord-est de Honshû, et on en trouve aussi dans le sud du Hokkaidô, de l’autre côté du détroit de Tsugaru. La forêt de hêtres d’Utasai à Kuromatsunai, une ville qui se trouve à mi-chemin entre Hakodate et Sapporo, a été classée Monument naturel par le gouvernement en 1928 en tant que localisation la plus septentrionale des hêtres. Ultérieurement, une autre forêt de hêtres a été découverte à 8 kilomètres plus au nord, en amont de la rivière Shirai.
On trouve aussi d’autres exemples de flore, comme la komakusa, plus connue sous le nom « Reine des plantes alpines », avec une petite ressemblance au Cœur de Marie, qui pousse des Alpes japonaises du nord jusqu’à Daisetsuzan et Shiretoko, dans le Hokkaidô. La distribution de la flore est influencée par de nombreux facteurs dont la température moyenne mensuelle, la composition du sol, et les précipitations. L’évolution géologique joue aussi un rôle important.
La diversité des forêts boréales
Les forêts du Hokkaidô se sont transformées au fil des siècles sous l’influence de l’histoire géologique et de nombreuses vagues de changement climatique. Dans un très lointain passé, le territoire a même été recouvert de forêts subtropicales, comme en témoignent les recherches autour de fossiles et de pollen découverts dans la région. Plusieurs âges de glace consécutifs se sont terminées il y a 20 000 ans, et les forêts mixtes de conifères et de feuillus que l’on connaît aujourd’hui sont apparues il y a environ 6 000 ans.
Ce que l’on appelle des forêts mixtes de conifères et de feuillus consiste de zones alternées de taïga sibérienne et d’arbres à feuillage caduc. Ce sont les forêts qu’on trouve dans le Honshû et plus au sud. On y constate un mélange de chênes de Mongolie, de katsura, de tilleuls japonais, d’ormes du Japon et de frênes de Mandchourie, ainsi que de conifères japonais tels le todomatsu, ezomatu et akaezomatsu. Ce sont également les variétés que l’on trouve dans les forêts partout dans le Hokkaidô.

Une forêt mixte de conifères et feuillus à Higashi Daisetsu. (© Mizukoshi Takeshi)
Les forêts du Hokkaidô se distinguent aussi par leurs couvertures denses de bambous nains des îles Kouriles qui prolifèrent au sol de forêts denses rarement percées par le soleil. Lorsque le cycle de vie des conifères arrive à sa fin, ce sont les souches des arbres tombés qui assurent la pousse de nouveaux arbres en leur fournissant l’alimentation nécessaire. Ce sont tous ces facteurs qui contribuent à la grande variété d’essences dans les forêts du Hokkaidô.

Avec la fonte des neiges d’hiver, les arums bananiers blancs commencent à fleurir. (© Mizukoshi Takeshi)

Des hémérocalles fauves en fleur au parc de fleurs sauvages de Koshimizu, dans le Parc quasi-national d’Abashiri. C’est à partir du mois de juin que les fleurs sauvages éclosent dans le Hokkaidô. (© Mizukoshi Takeshi)

Des trilliums et des anémones flasques recouvrent le sol de cette forêt d’arbres à feuilles caduques. (© Mizukoshi Takeshi)
Des zones humides à proximité de rivières et de marécages hébergent des bouquets d’aulnes et de saules. Plus en hauteur, on trouve le long des ruisseaux de montagne des forêts de katsura, de frênes de Mandchourie et d’ormes du Japon. Les chênes dentés qui prospèrent dans les sols volcaniques, nombreux dans le Hokkaidô, gardent souvent leur grand feuillage doré en hiver. On en trouve surtout le long des côtes dans les régions de Tokachi et Tomakomai où ces arbres servent de barrières pour amortir le bruit des vagues qui s’écrasent sur les plages. Les bouleaux blancs japonais sont les premiers arbres à pousser sur les sols dénudés après des feux de forêt ou des éboulements rocheux. Très apprécié pour son écorce blanche, le bouleau blanc reste l’un des arbres les plus populaires des hauts plateaux et régions septentrionales.

Une benoîte (chinguruma) à cinq pétales (© Mizukoshi Takeshi)

Des aigrettes de benoîtes à cinq pétales (© Mizukoshi Takeshi)

Les benoîtes à cinq pétales deviennent rouges en automne. (© Mizukoshi Takeshi)

Les champignons sont abondants à partir de septembre, comme ces pleurotes sur une grume. (© Mizukoshi Takeshi)

Une libellule victime d’un rossolis à longues feuilles, plante carnivore. (© Mizukoshi Takeshi)

À Daisetsuzan, les magnifiques feuillages d’automne, composés de sorbier commixta du Japon d’un rouge flamboyant, de bouleaux d’Erman et de saules dorés, et de pins nains de Sibérie au vert bleuté. (© Mizukoshi Takeshi)
Le paradis d’été devient une friche en hiver
Ce qui m’interpelle le plus dans la flore du Hokkaidô, c’est la végétation alpine. Plus on prend de l’altitude, plus on remarque les bouleaux d’Erman et les sorbiers commixta.

Des bouleaux d’Erman à la limite des arbres (© Mizukoshi Takeshi)
Les grands arbres ne poussent plus en altitude, au-delà de la limite des arbres. Des pins nains de moins d’un mètre rasent le sol. Les hivers sont très rudes dans ces régions mais durant l’été trop court, une végétation alpine apparaît, même avec de la neige sur les crêtes le long des ruisseaux de montagne, et on voit une éclosion de multiples fleurs multicolores. À Daisetsuzan, on peut admirer des dryades à huit pétales, des fleurs très répandues dans les régions nordiques et arctiques, la preuve que cette partie du Hokkaidô a été recouverte de glaciers dans le passé. Les mousses, lichens et arbustes de ces toundras de haute montagne se couvrent de couleurs flamboyantes en été et se transforment en grisaille sans vie en hiver.
Je continuerai à explorer ces forêts à la recherche de ces paysages magiques que le Hokkaidô nous offre pour notre plus grand plaisir.

Ces prêles d’hiver vertes apportent un peu de couleur au teintes monotones de ce paysage enneigé. (© Mizukoshi Takeshi)

À la mi-novembre, les montagnes de la partie est du Hokkaidô sont déjà recouvertes de neige. (© Mizukoshi Takeshi)
(Photo de titre : des arcs en givre au delà de la zone de pins qui va jusqu’à la limite des arbres. © Mizukoshi Takeshi)
Ainu Mosir : Ôkami ga mita Hokkaidô (Ainu Mosir : La nature vue par les loups)
De Mizukoshi Takeshi
Éditions Hokkaidô Shimbun Press, 2022
Il y a près d’un siècle, les loups Ezo erraient librement à Hokkaidô. C’était sans doute l’un des plus beaux endroits du monde, en témoignent les magnifiques photos de cet ouvrage, dont certaines figurent dans l’article ci-dessus. La moitié des 180 photos du livre ont été prises selon un concept développé par Ono Yûgo, expert en géographie physique et professeur émérite de l’université de Hokkaidô, qui a également écrit de nombreux commentaires scientifiques.
