JO-2020/Basket: Rudy Gobert, “Gobzilla” au pays de “Godzilla”

Sport Tokyo 2020

Tokyo, Japon | AFP

par Nicolas PRATVIEL

Eliminé plus tôt qu’il l’escomptait en play-offs NBA, après le gain d’un troisième trophée de meilleur défenseur de l’année, Rudy Gobert devra se remettre en mode “Gobzilla” pour être l’arme de dissuasion massive des Bleus aux Jeux de Tokyo, dès dimanche (14h00 françaises) contre les Etats-Unis.

Ces dernières années, les grandes victoires et le palmarès de l’équipe de France, gonflé de deux médailles de bronze aux Mondiaux 2014 et 2019 et d’une autre à l’Euro-2015, se sont toujours construits sur la défense et le génome incontournable de cet ADN est Rudy Gobert. 

Il y a deux ans, à Dongguan en Chine, il avait écoeuré la “Team USA”, totalement dépassée dans la raquette. Tour de contrôle imprenable en défense, efficace en attaque (21 pts, 16 rbds dont 7 offensifs, 3 contres), le pivot de 2,16 m avait fait payer cher le manque d’adversité proposé à l’intérieur.

Cette démonstration de force, Gobert n’avait pu la répéter ensuite en demi-finale contre l’Argentine et son roc qui ne s’érode pas Luis Scola, mais qu’importe: deux ans ont passé et l’entraîneur américain Gregg Popovich ne l’a pas oubliée au moment de composer son groupe pour Tokyo, en sachant que son équipe entrerait dans le tournoi olympique face à la France.

Quasi-unanimité

C’est pourquoi, il faut le concéder, assez dépourvu de joueurs de grande taille comme Anthony Davis, il a dans un premier temps appelé Kevin Love, estimant qu’il “est le joueur parfait pour jouer contre des gars comme Rudy Gobert”.

Finalement, le pivot de Cleveland a dû renoncer aux Jeux, insuffisamment remis d’une blessure au mollet droit, et a été remplacé par JaVale McGee (Denver), certes culminant à 2,13 m, mais pas de la même stature.

Le secteur intérieur des USA comptera néanmoins sur Bam Adebayo (2,06 m) un des meilleurs pivots de la ligue nord-américaine, dont l’abnégation de tous les instants n’est plus à démontrer sous le maillot du Miami Heat. Et si la lutte promet d’être féroce dans la raquette, elle ne fera que ramener le Français à son quotidien avec le Utah Jazz.

Lors de la saison qui vient de s’écouler, Gobert a fait la quasi-unanimité auprès des joueurs et des médias, en étant choisi en première position par 84 des 100 votants qui devaient désigner les cinq meilleurs défenseurs de leur choix, parmi une liste établie. 

Devançant largement le meneur australien de Philadelphie Ben Simmons et l’ailier fort de Golden State Draymond Green, dont il croisera la route dimanche, il a ainsi récupéré son dû, dont l’avait privé l’an passé Giannis Antetokounmpo, après son doublé en 2018 et 2019.

Rédemption

Dans les faits, en 71 matches de saison régulière, il a compilé 13,5 rebonds et 2,7 contres de moyenne et a surtout été le 4e joueur le plus dissuasif de la ligue, seulement devancé par trois autres ayant joué beaucoup moins de matches que lui.

Pour Gobert, cette nouvelle preuve de reconnaissance, doublée d’une deuxième sélection consécutive pour le All-Star Game en février, a eu un goût de rédemption au sortir d’une année précédente bien compliquée. 

Premier joueur NBA à être testé positif au Covid-19 en mars 2020, ce qui avait précipité la suspension de la saison, il s’était vu reprocher sa légèreté, après avoir touché de ses mains blagueuses micros et enregistreurs lors d’une conférence de presse quelques jours plus tôt. Et ses relations avec l’autre star du Jazz Donovan Mitchell, rapidement contaminé, sont devenues glaciales.

L’élimination au premier tour des play-offs dans la bulle d’Orlando ne l’a toutefois pas empêché de signer en décembre une prolongation de contrat record pour un Français (205 millions de dollars sur cinq ans). Préambule à une saison probante, même s’il n’a pu empêcher Utah de tomber en demi-finales de conférence Ouest mi-juin, battu (4-2) par les Los Angeles Clippers de Nicolas Batum. 

La déception passée, il s’est aussitôt tourné vers l’objectif olympique et n’a pas fait mystère de son ambition en prévenant la semaine passée: “on vise clairement l’or”.

Battre à nouveau “Team” USA donnerait sans nul doute du poids à cette affirmation.

nip/jr/dep

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