Le baseball, religion nationale au Japon

Tokyo 2020 Sport Culture

Tokyo, Japon | AFP 

par Ayaka MCGILL

Au printemps et à l’été, le Japon entier se passionne pour une compétition de baseball qui n’est ni professionnel, ni même universitaire. Il s’agit de baseball lycéen, dans un pays où ce sport importé des Etats-Unis au XIXe siècle est quasiment une religion.

Il n’est pas étonnant que le baseball, absent des JO depuis 2008, fasse son retour, comme sport additionnel, à partir de mercredi au programme olympique pour les Jeux de Tokyo : il est de loin le plus populaire dans l’Archipel nippon où les enfants de chaque ville et village s’y adonnent tous les week-ends sous l'œil attentif des parents comme des passants.

Un joueur de l’équipe de baseball de l’école secondaire Michiduka se bat contre les Ota Dreams (sur le terrain) sur le terrain de baseball de Tamagawa à Tokyo, le 30 mai 2021 (AFP).
Un joueur de l’équipe de baseball de l’école secondaire Michiduka se bat contre les Ota Dreams (sur le terrain) sur le terrain de baseball de Tamagawa à Tokyo, le 30 mai 2021 (AFP).

Plus d’un siècle après l’introduction du sport par un professeur d’anglais venu des Etats-Unis, le Japon s’est approprié le baseball.

Au Japon, « tous les enfants jouent au baseball » , explique à l’AFP Kobayashi Itaru, ancien joueur des Lotte Marines de Chiba (banlieue de Tokyo) devenu enseignant à l’université Oberlin, dans la capitale nippone.

Le sport « a été inventé aux Etats-Unis, mais nous en sommes tombés amoureux » , ajoute-t-il.

Le baseball a d’abord été introduit en tant que sport scolaire en 1872 par Horace Wilson, enseignant à Tokyo, mais il est devenu populaire grâce à un match où une équipe lycéenne de la capitale a battu un groupe de résidents étrangers en 1896.

« Battre les Américains »

Cette victoire a fait la une des journaux du Japon, déclenchant une vague de passion pour le sport et d’autres rencontres contre des équipes américaines.

« Ces matches avaient une importance symbolique, car les Japonais étaient derrière (les Américains, NDLR) dans bien des aspects, comme le commerce et l’industrie », explique Robert Whiting, un expert du baseball qui a vécu au Japon pendant plusieurs décennies.
« Le message était : “si on peut battre les Américains à leur propre jeu, on peut sûrement les dépasser dans d’autres domaines“ », résume-t-il.

Une ligue professionnelle se développe dans les années 1930, mais c’est après la Seconde Guerre mondiale (où le Japon a été défait par les Etats-Unis) que le baseball devient le passe-temps national, le baseball amateur en particulier étant adulé pour sa « pureté » car n’étant pas mu par l’argent.

Cette flamme est toujours ardente, comme l’a prouvé récemment la foule de fans et de pom-pom girls rassemblée pour un match du « Tokyo 6 », ligue regroupant six des principales universités de la capitale.

Kaneko Fumihiko, 31 ans, était arrivé quatre heures avant, bien qu’en possession d’un billet. « Je suis fan depuis mon enfance. »  

Un joueur de l’équipe de baseball de l’école secondaire Michiduka lors d'un match contre les Ota Dreams sur le terrain de baseball de Tamagawa à Tokyo, le 30 mai 2021 (AFP).
Un joueur de l’équipe de baseball de l’école secondaire Michiduka lors d’un match contre les Ota Dreams sur le terrain de baseball de Tamagawa à Tokyo, le 30 mai 2021 (AFP).

« Uniformité et obéissance aux ordres »

Mais le plus important événement de baseball est de loin la finale du tournoi biannuel de baseball lycéen, surnommé le Koshien, du nom du stade de l’ouest du Japon où se déroule l’affrontement final.

Le Koshien a par le passé rassemblé jusqu’à 50 % des téléspectateurs de l’Archipel et le son de sa retransmission à la radio est aussi typique de l’été japonais que le chant des cigales.

Cette ferveur engendre aussi un aspect moins festif, avec des inquiétudes persistantes sur l’intensité de l’entraînement et la pression sur les jeunes joueurs.

« Je n’ai pas que de bons souvenirs de baseball », confie Honda Takuya, qui l’a pratiqué pendant douze ans à l’école, mais n’a jamais pu participer au Koshien.
Itaru Kobayashi pense que ce sport convient particulièrement au Japon, car il est « comme un rituel » et qu’il est caractérisé par « l’uniformité et l’obéissance aux ordres » : « Travaillez en équipe, soyez soudés par l’équipe. On adore ça ».

L’arbitre (d) est derrière un receveur alors que les joueurs des écoles Ota Dreams et Michiduka jouent sur le terrain de baseball de Tamagawa à Tokyo, le 30 mai 2021 (AFP).
L’arbitre (d) est derrière un receveur alors que les joueurs des écoles Ota Dreams et Michiduka jouent sur le terrain de baseball de Tamagawa à Tokyo, le 30 mai 2021 (AFP).

La création de la première ligue professionnelle de football dans les années 1990 a un temps fait craindre pour la popularité du baseball.

Mais après avoir brièvement baissé, celle-ci est repartie de plus belle, grâce notamment à l’aura de stars comme Shohei Ohtani, jouant pour les Los Angeles Angels dans la prestigieuse Ligue majeure de baseball (MLB).

Le tournoi olympique a lieu à Fukushima (nord-est du Japon) pour attirer l’attention sur la reconstruction de la région après la catastrophe de mars 2011.

Mais d’un point de vue plus patriotique, un match en particulier passionnerait le pays selon M. Kobayashi : Japon - Etats-Unis. Pour le baseball nippon, estime-t-il, battre les Etats-Unis, « rival du Japon depuis cent ans », sera « le but ultime ».

© Agence France-Presse

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