JO-2020/Athlétisme: Hassan, le triplé, l’exploit, le doute

Sport Tokyo 2020

La Néerlandaise Sifan Hassan à l'issue de sa série du 5000 m des JO de Tokyo, le 30 juillet 2021. AFP
La Néerlandaise Sifan Hassan à l’issue de sa série du 5000 m des JO de Tokyo, le 30 juillet 2021. AFP

Tokyo, Japon | AFP

par Robin GREMMEL

Même si ce n’est pas officiellement confirmé, la Néerlandaise Sifan Hassan vise un inédit et déroutant triplé en fond et demi-fond aux Jeux olympiques de Tokyo, qui ajouterait à son palmarès déjà fourni mais aussi aux doutes qui l’accompagnent depuis la suspension de son ex-entraîneur Alberto Salazar.

Tripler 1.500 m, 5.000 m et 10.000 m, disputer six courses en neuf jours, 24.500 mètres à haute intensité au total pour y battre les meilleures coureuses du monde. Cela semble insensé. Mais pas pour Sifan Hassan.

La Néerlandaise âgée de 28 ans, qui dispute la finale du 5.000 m lundi, dégage une incroyable impression de facilité, possède un finish redoutable, est capable d’écoeurer ses concurrentes au train. Elle avait réussi avec brio le doublé 1.500 m et 10.000 m aux Mondiaux de Doha en 2019.

Elle semble tellement supérieure qu’elle porte aussi le doute sur ses fines épaules, surtout depuis que son ancien entraîneur américain Alberto Salazar, gourou de l’Oregon Project soutenu par la firme Nike, a été suspendu pour “incitation” au dopage en 2019.

Ses protégés avaient marché sur les Mondiaux de 2019. Le groupe a été dissous par Nike et Salazar est aujourd’hui suspendu à vie pour “abus émotionnels et sexuels”, une décision du “US Center for SafeSport” (Centre américain pour un sport sûr) dont il peut faire appel.

Aucun des athlètes de Salazar n’a jamais été contrôlé positif à une substance interdite.

“Tokyo sera facile”

La Néerlandaise Sifan Hassan franchit la ligne d'arrivée devant la Kenyane Agnes Jebet Tirop lors des séries du 5000 m des JO de Tokyo, le 30 juillet 2021. AFP
La Néerlandaise Sifan Hassan franchit la ligne d’arrivée devant la Kenyane Agnes Jebet Tirop lors des séries du 5000 m des JO de Tokyo, le 30 juillet 2021. AFP

“Je n’ai jamais dit que je ferai les trois”, a voulu tempérer Hassan vendredi à propos du triplé après une qualification facile pour la finale du 5.000 m, bien qu’elle soit inscrite sur les trois courses.

L’athlète semble hésiter pour le 1.500 m, course qui compte trois tours (série, demi-finale, finale).

“Si je cours la finale du 1.500 m, le 10.000 (samedi 7 août) sera difficile car j’aurai couru la veille, avec un contrôle antidopage, les réponses aux médias, je m’inquiète de tout ça”, disait-elle avant les Jeux.

“Si je me contente du 5.000 et du 10.000 m et que je perds, ça voudra juste dire que les autres seront meilleures que moi”.

Malgré les attentes qui pèsent sur elle et l’attention médiatique, Hassan essaie de relativiser.

“Le plus gros moment de pression de ma vie a été à Doha, et j’ai réussi à m’en sortir, donc Tokyo sera facile”, annonçait-elle en référence aux questions portant sur Salazar au Qatar.

“Le sport a changé beaucoup de choses dans ma vie, m’a fait découvrir le monde et m’a montré que l’endroit d’où tu viens ou qui tu es importe peu”, explique par ailleurs l’athlète née en Éthiopie.

C’est là qu’avait débuté son aventure sportive.

“Tous les jours à l’école en Éthiopie il y avait un créneau dédié au sport, je n’étais jamais fatiguée, je faisais du volley”.

“Au Pays-Bas ensuite un professeur m’a proposé de courir, je suis allée à son club, j’ai fait un 1.500 m en 4 min 20. Quelques jours plus tard, j’ai couru un semi-marathon en 1h17...”

Ces chronos de “débutante” à faire pâlir bon nombre de coureurs amateurs de bon niveau l’ont ensuite mené jusqu’au record du monde du 10.000 m le 6 juin à domicile (29:06.82), battu quelques jours plus tard par l’Éthiopienne Letesenbet Gidey, sa grande rivale sur la distance.

Elle doit la retrouver à Tokyo, au coeur de son défi insensé.

rg/kn/jr/fbx

© Agence France-Presse

Tokyo 2020 AFP