JO-2020: une athlète bélarusse se dit “en sécurité” après avoir évité un départ forcé de Tokyo

Sport Tokyo 2020

La Bélarusse Krystsina Tsimanouskaya (couloir N.9) avec ses concurrentes lors d'une série du 100 m haie des Jeux de Tokyo, le 30 juillet 2021. AFP
La Bélarusse Krystsina Tsimanouskaya (couloir N.9) avec ses concurrentes lors d’une série du 100 m haie des Jeux de Tokyo, le 30 juillet 2021. AFP

Moscou, Russie | AFP

par Maria PANINA

L’athlète bélarusse, Krystsina Tsimanouskaya, s’est dite “en sécurité” dimanche soir, après avoir affirmé être contrainte à se retirer des Jeux olympiques de Tokyo et menacée d’un départ forcé du Japon pour avoir critiqué sa fédération sur les réseaux sociaux.

Cet incident intervient alors que le régime du président bélarusse Alexandre Loukachenko poursuit sans relâche une répression visant opposants, journalistes et militants, avec l’espoir de mater définitivement le mouvement de contestation historique de 2020 contre sa réélection à un cinquième mandat.

“Je suis en sécurité et on est en train de décider où je vais passer cette nuit”, a déclaré l’athlète dans un communiqué publié sur Telegram peu après 17h00 par la Fondation bélarusse de solidarité sportive.

“Le CIO (comité international olympique) et Tokyo-2020 ont parlé directement à Krystsina Tsymanouskaya ce soir. Elle est avec les autorités à l’aéroport d’Haneda et accompagnée par un membre de l’équipe de Tokyo-2020. Elle nous a dit qu’elle se sentait en sécurité”, a confirmé sur Twitter le CIO, que l’athlète avait exhortée à intervenir dans une vidéo sur Instagram.

Un peu plus tôt un porte-parole du CIO avait déclaré à l’AFP que l’instance avait “demandé des explications au CNO (comité national olympique)” bélarusse.

Possible demande d’asile

Krystsina Tsimanouskaya, 24 ans, avait affirmé dans la journée avoir été forcée à suspendre sa participation aux Jeux olympiques de Tokyo par le sélectionneur de l’équipe bélarusse Iouri Moïseïevitch, avant d’être accompagnée à l’aéroport par des responsables du comité olympique national bélarusse pour revenir dans son pays.

“On m’a dit qu’il fallait que je parte pour que tout le monde soit tranquille et poursuive la compétition” pour le Bélarus, a-t-elle déclaré dimanche au média en ligne by.tribuna.com.

La Fondation bélarusse de solidarité sportive, qui a révélé cette affaire dimanche, avait indiqué de son côté avoir sollicité la police japonaise pour empêcher ce départ. 

Elle avait ajouté que Krystsina Tsimanouskaya envisageait de demander l’asile politique auprès de l’ambassade d’Autriche à Tokyo.

Pour sa part, un porte-parole du ministère autrichien des Affaires étrangères a indiqué à l’AFP que “jusqu’à présent aucun contact n’a été établi entre l’athlète mentionnée et l’ambassade d’Autriche à Tokyo”. 

Selon le comité olympique bélarusse dirigé par Viktor Loukachenko, fils du président Alexandre Loukachenko, la sportive a dû suspendre sa participation aux JO sur “décision des médecins, en raison de son état émotionnel et psychologique”.

Une déclaration qualifiée aussitôt de “mensonge” par l’athlète devant la presse à l’aéroport.

Me Tomoko Uraki, membre du réseau des avocats des réfugiés au Japon, s'exprime devant les médias au sujet de Krystsina Tsimanouskaya, le 1er août 2021 à Tokyo. AFP
Me Tomoko Uraki, membre du réseau des avocats des réfugiés au Japon, s’exprime devant les médias au sujet de Krystsina Tsimanouskaya, le 1er août 2021 à Tokyo. AFP

Peur de la prison

Krystsina Tsimanouskaya a violemment critiqué cette semaine la Fédération bélarusse d’athlétisme, en affirmant avoir été forcée à participer au relais 4x400 mètres, alors qu’elle était censée initialement courir le 100 mètres et le 200 mètres, car deux autres athlètes n’avaient pas réalisé un nombre suffisant de contrôles antidopage, selon elle.

“Pourquoi nous devons payer pour vos erreurs? (...) C’est de l’arbitraire”, s’est-elle insurgée dans un post sur Instagram.

“Je n’aurais jamais réagi de manière si sévère, si on m’avait dit à l’avance, expliqué toute la situation et demandé si j’étais capable de courir un 400 mètres. Mais on a décidé de tout faire dans mon dos”, a-t-elle écrit dans un post séparé.

“J’ai peur qu’on puisse me mettre en prison” au Bélarus, a-t-elle déclaré au média en ligne by.tribuna.com. 

Le mouvement de contestation de 2020 au Bélarus, qui a rassemblé pendant des mois des dizaines de milliers de manifestants, parmi lesquels des sportifs connus, avait été maté à coup d’arrestations massives, parfois de torture, et d’exil forcé pour ses meneurs.

En mai, les autorités bélarusses avaient arrêté un journaliste d’opposition en exil, Roman Protassevitch, en détournant l’avion de ligne à bord duquel il se trouvait, suscitant un tollé international.

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La Bélarusse Krystsina Tsimanouskaya, engagée sur le 60 m des Championnats d'Europe d'athlétisme en salle à Belgrade, le 4 mars 2017. AFP
La Bélarusse Krystsina Tsimanouskaya, engagée sur le 60 m des Championnats d’Europe d’athlétisme en salle à Belgrade, le 4 mars 2017. AFP

© Agence France-Presse

Tokyo 2020 AFP