JO-2020/Athlétisme: Teddy Tamgho, chef de bande atypique

Sport Tokyo 2020

Teddy Tamgho à Baie Mahault, en Guadeloupe, le 12 mai 2018. AFP
Teddy Tamgho à Baie Mahault, en Guadeloupe, le 12 mai 2018. AFP

Tokyo, Japon | AFP

par Keyvan NARAGHI / Robin GREMMEL

Forte tête impulsive durant sa brillante carrière de triple sauteur, Teddy Tamgho s’est mué une fois les pointes raccrochées en chef de bande d’une structure d’entraînement au fonctionnement atypique.

L’homme est resté aussi agité qu’avant mais durant les compétitions, son rayon d’action se limite désormais aux gradins. Mardi au stade olympique de Tokyo, l’ancien champion du monde (2013) était venu superviser les débuts de son poulain burkinabé Hugues-Fabrice Zango en qualifications du triple saut tout en ayant un oeil sur un autre de ses protégés, le jeune Français Melvin Raffin (22 ans).

A Tokyo, Tamgho, membre de la délégation du Burkina Faso, se démultiplie et joue l’encadrant, un rôle dans lequel il s’est fondu bien avant le terme d’un parcours sportif gâché par les blessures et finalement interrompu la mort dans l’âme à seulement 30 ans en 2019.

Dès 2012, Tamgho a commencé à fournir des conseils au hurdleur Garfield Darien avant d’élargir son cercle et de créer sa propre organisation, d’abord basée du côté de Boulouris avant de migrer à Reims, tout en gardant un pied à l’Insep, à Paris.

“Travail d’équipe”

Tamgho est la cheville ouvrière et le leader de la “Team T”, comme “transmission”, mais l’ex-champion préfère le terme de “pilote”.

“C’est un travail d’équipe, explique-t-il à l’AFP. Il y a beaucoup de monde avec moi. J’ai un adjoint, puis pour les haies il y a la famille Darien (Garfield et son père Daniel, NDLR), il y a un médecin, une psy, deux kinés, un ostéopathe. Ce n’est pas Teddy tout seul. Ils sont responsables autant que moi des résultats.”

Qui d’ailleurs sont loin d’être négligeables: Zango a subtilisé à Tamgho cet hiver le record du monde en salle du triple saut (18,07 m) et Melvin Raffin, troisième des Championnats du monde juniors en 2016, s’est qualifié pour la finale aux JO tout comme Rouguy Diallo (9e au final).

“Mon objectif c’est de faire en sorte que l’athlète réussisse le mieux possible sa carrière. Je n’ai pas de diplôme en psychologie, en médecine, en kiné, ostéo ou autre, ce ne sont pas mes domaines. J’ai des notions par rapport à ma soif de connaissance et mon expérience de sportif de haut niveau, mais je ne suis pas spécialiste. A moi de trouver les personnes qui peuvent aider les athlètes dans leur projet”, détaille l’ancien triple sauteur, qui assure en revanche les séances au quotidien avec son adjoint.

“Je suis un manager sportif, ajoute-t-il. C’est moi qui fais en sorte de trouver tous les éléments pour amener l’athlète à la performance. Je n’ai pas de problème d’ego, s’il faut parler à d’autres entraîneurs pour faire réussir mon athlète, je le fais.”

Teddy Tamgho lors des Championnats de France 2018, à Albi, le 7 juillet. AFP
Teddy Tamgho lors des Championnats de France 2018, à Albi, le 7 juillet. AFP

“Tu dois suivre le plan”

Tamgho, qui a pour modèle le charismatique coach américain Rana Reider, réfute pourtant le terme de “structure d’entraînement”, d’usage en athlétisme, préférant parler de “groupe”. Il reste également très évasif concernant ses liens contractuels avec ses poulains.

“L’athlète se rapproche des référents qui sont là et il voit directement avec eux pour la rémunération. Moi, je les mets en relation. C’est trop délicat que je mette mon nez dedans. Avec Hugues-Fabrice Zango, il y a un deal entre lui et moi”, indique-t-il sans plus de précisions.

“Teddy me dit: +tu me donneras ce que tu veux en fin d’année+, précise le Burkinabé. On verra comment partager le gâteau. Il n’y a pas de règles.” 

Malgré ce flou, ce qui fait la différence aux yeux des athlètes de la “Team T”, c’est l’aura et l’expérience incomparables de leur mentor.

“Tamgho, il a un plan et tu dois suivre ce plan, il est directif, selon Raffin. On peut parfois déconner mais c’est souvent très sérieux. On bosse beaucoup. Un coach qui n’a pas connu le très haut niveau ne pourrait pas dire certaines choses, lui peut nous faire éviter des erreurs qu’il a commises. Quand j’ai battu le record du monde juniors en salle (en 2017, NDLR), j’ai vu que le travail fonctionnait. Lui n’était même pas content. Il voulait viser encore autre chose.”

Jamais médaillé aux JO, Tamgho pourrait obtenir ce bonheur par procuration à Tokyo.

Teddy Tamgho lors des Championnats de France 2018, à Albi, le 7 juillet. AFP
Teddy Tamgho lors des Championnats de France 2018, à Albi, le 7 juillet. AFP

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© Agence France-Presse

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