JO-2020: soirée noire pour les Bleus en athlétisme

Sport Tokyo 2020

Renaud Lavillenie, poche de glace sur sa cheville droite, avant la finale du concours de saut à la perche aux Jeux de Tokyo, le 3 août 2021. AFP
Renaud Lavillenie, poche de glace sur sa cheville droite, avant la finale du concours de saut à la perche aux Jeux de Tokyo, le 3 août 2021. AFP

Tokyo, Japon | AFP

par Keyvan NARAGHI

Renaud Lavillenie blessé, Alexandra Tavernier au pied du podium et Wilhem Belocian éliminé: l’équipe de France d’athlétisme a vécu une soirée cauchemardesque mardi en voyant s’évanouir trois de ses plus sérieuses chances de médailles aux Jeux olympiques de Tokyo.

À l’issue d’une journée marquée par le sensationnel record du monde du Norvégien Karsten Warholm sur 400 m haies (45 sec 94) et le doublé de la Jamaïcaine Elaine Thompson, reine du 200 m après son sacre sur 100 m, les Bleus, qui n’avaient déjà pas beaucoup de certitudes en arrivant au Japon, ont sombré et sont désormais tout proches de connaître un véritable fiasco, cinq ans après les six podiums ramenés de Rio.

Les ultimes espoirs tricolores sur la piste reposent maintenant sur les larges épaules du recordman du monde du décathlon Kevin Mayer, en lice à partir de mercredi et érigé en sauveur de la patrie en danger, sans oublier Quentin Bigot en finale du marteau, lui aussi mercredi. Sur la route, Yohann Diniz tentera lui de finir sa carrière en beauté vendredi sur l’imprévisible 50 km marche.

Il faudra un sans-faute de leur part pour sauver les meubles mais, quoi qu’il arrive, l’athlétisme français quittera Tokyo sur un bilan très inquiétant, à trois ans des JO de Paris.   

Avant les grands débuts de Mayer, le clan tricolore attendait énormément de Renaud Lavillenie. Le champion olympique 2012 de la perche, victime d’une entorse de la cheville gauche il y a trois semaines et toujours handicapé, avait arraché sa qualification samedi dans la douleur mais il comptait sur son expérience et les trois jours de repos avant la finale pour s’inviter une troisième fois sur le podium aux JO. Or c’est un nouveau scénario noir qu’a connu l’ex-recordman du monde. 

Décidément maudit, Lavillenie s’est blessé à l’échauffement, cette fois à la cheville droite, anéantissant d’entrée toute perspective de médaille. Il est certes parvenu, en serrant les dents, à franchir une barre à 5,70 m à son premier essai mais c’est les larmes aux yeux qu’il a quitté le sautoir.

Renaud Lavillenie félicite son ami Armand Duplantis sacré chapion olympique à la perche à Tokyo, le 3 août 2021. AFP
Renaud Lavillenie félicite son ami Armand Duplantis sacré chapion olympique à la perche à Tokyo, le 3 août 2021. AFP

Issue cruelle

Le Français âgé de 34 ans s’est tout de même accroché, en étant notamment réconforté par son jeune complice Armand Duplantis, vainqueur pour la première fois aux Jeux Olympiques (6,02 m). Après avoir fait l’impasse à 5,80 m, il a tenté le tout pour le tout à 5,87 m sans même parvenir à prendre son envol, avant de passer directement à la barre suivante (5,92 m). Mais il n’y a pas eu de miracle pour le Clermontois. 

“Sans cette blessure ce soir, je suis sûr que j’aurais gagné mon pari. Tout a été anéanti en un laps de temps”, a-t-il lâché 

L’issue de ces JO est très cruelle pour le Français, revenu en début d’année à son meilleur niveau après plusieurs saisons perturbées par des pépins physiques. Il avait ainsi retrouvé cet hiver en salle des hauteurs plus dignes de son standing, dépassant les 6 m pour la première fois depuis mars 2016 (6,06 m, le 27 février) avant d’être stoppé dans son élan par une blessure au mollet et de déclarer forfait pour les Championnats d’Europe indoor à Torun. 

Après six semaines de pause, il avait plutôt bien entamé la préparation pour les JO et avait débarqué à Tokyo avec la 2e meilleure performance mondiale de 2021 (5,92 m). Mais son corps l’a de nouveau trahi au plus mauvais moment.

Pas question pour autant de parler de retraite à trois ans de Paris-2024.

“C’est inconcevable de finir comme ça, je serai là encore pendant des années”, a-t-il déclaré. 

“Je n’enterre jamais Renaud. Il n’était juste pas à son top aujourd’hui, c’est une situation malheureuse, il a fait tout ce qu’il a pu”, a de son côté réagi “Mondo” Duplantis.

Lavillenie au tapis, les Français auraient pu miser sur Alexandra Tavernier pour signer un premier podium. Mais la vice-championne d’Europe du marteau a pris la pire place, la 4e (74,41 m), d’un concours remporté par la Polonaise Anita Wlodarczyk, qui a décroché un 3e titre olympique (78,48 m). 

Pour ne rien arranger, Wilhem Belocian a mordu la poussière dès les séries du 110 m haies. Cinq ans après son faux-départ au même stade aux Jeux de Rio, le Français est encore sorti par la petite porte, ne terminant pas la course après avoir tapé une haie et quittant le stade en larmes.

Une énorme désillusion pour le hurdleur, dominateur chez les jeunes (champion du monde et recordman du monde junior en 2014) et qui avait enfin pris ses aises chez les grands cette année en améliorant son chrono personnel (13 sec 15) après avoir gagné son premier grand titre international à l’Euro en salle.

Alexandra Tavernier lors du concours de lancer du marteau à Tokyo, le 3 août 2021. AFP
Alexandra Tavernier lors du concours de lancer du marteau à Tokyo, le 3 août 2021. AFP

Wilhem Belocian dépité après avoir heurté une haie lors des séries du 110 m des Jeux de Tokyo, le 3 août 2021. AFP
Wilhem Belocian dépité après avoir heurté une haie lors des séries du 110 m des Jeux de Tokyo, le 3 août 2021. AFP

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