JO-2020: le CIO enquête après les accusations d’une sprinteuse bélarusse contre son pays

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La sprinteuse bélarusse Krystsina Tsimanouskaya, à son arrivée dans les locaux de l'ambassade de Pologne à Tokyo, le 2 août 2021. AFP
La sprinteuse bélarusse Krystsina Tsimanouskaya, à son arrivée dans les locaux de l’ambassade de Pologne à Tokyo, le 2 août 2021. AFP

Tokyo, Japon | AFP

Le Comité international olympique (CIO) a annoncé mardi diligenter une enquête après qu’une sprinteuse du Bélarus engagée aux JO a accusé son équipe d’avoir voulu la rapatrier de force, l’amenant à se réfugier à l’ambassade de Pologne à Tokyo.

Le CIO a précisé attendre un rapport du Comité olympique bélarusse, selon Mark Adams, un porte-parole de cette organisation qui veut “entendre toutes les parties prenantes” pour établir les faits.

Krystsina Tsimanouskaya ne s’est pas exprimée pas devant les médias, toujours stationnés devant l’ambassade. Elle pourrait s’envoler dès mercredi pour la Pologne, dont elle a obtenu lundi un visa humanitaire.

Son cas continue de susciter des réactions internationales condamnant le Bélarus, ancienne république soviétique dirigée d’une main de fer par le président Alexandre Loukachenko depuis 1994 et dont le fils dirige le comité national olympique.

“Le régime de Loukachenko a tenté de commettre un nouvel acte de répression transnationale (...). De telles actions violent l’esprit olympique, sont un affront aux droits fondamentaux et ne peuvent être tolérées”, a réagi sur Twitter le secrétaire d’Etat américain Antony Blinken.

Le mouvement prodémocratie au Bélarus, qui était devenu massif il y a un an pour dénoncer la réélection controversée du chef de l’Etat, est durement réprimé par le pouvoir. Des milliers d’opposants ont été arrêtés ou ont dû s’exiler.

Vitali Chychov, un militant prodémocratie bélarusse exilé en Ukraine, a par ailleurs été retrouvé pendu près de son domicile à Kiev, a annoncé mardi la police locale, selon laquelle il pourrait s’agir soit d’un suicide soit d’un “meurtre camouflé en suicide”.

L'ambassadeur polonais au Japon Pawel Milewski à la sortie de l'enceinte diplomatique après sa rencontre avec la Bélarusse Krystsina Tsimanouskaya, le 3 août 2021. AFP
L’ambassadeur polonais au Japon Pawel Milewski à la sortie de l’enceinte diplomatique après sa rencontre avec la Bélarusse Krystsina Tsimanouskaya, le 3 août 2021. AFP

Méthodes de Loukachenko

En mai, les autorités bélarusses avaient arrêté un journaliste d’opposition en exil, Roman Protassevitch, en détournant l’avion de ligne à bord duquel il se trouvait, suscitant un tollé international. Par le passé, le régime a aussi été accusé d’avoir formé des “escadrons de la mort” pour éliminer des adversaires.

De ce fait, les autorités polonaises n’ont pas confirmé la date du vol de Krystsina Tsimanouskaya pour Varsovie.

“Le régime d’Alexandre Loukachenko est réputé recourir à diverses méthodes, souvent totalement illégales (contre ses détracteurs), c’est pourquoi le mieux est de fournir le moins de détails possibles”, a déclaré le vice-ministre des Affaires étrangères, Pawel Jablonski, à la chaîné télévisée Polsat News.

Krystsina Tsimanouskaya avait affirmé dimanche avoir été forcée de mettre un terme à sa participation aux JO-2020 par le sélectionneur de son équipe, avant d’être accompagnée à l’aéroport par des responsables du Comité olympique national bélarusse en vue d’être rapatriée contre son gré.

Quelques jours auparavant, elle avait ouvertement critiqué la Fédération bélarusse d’athlétisme qui voulait l’obliger à participer au relais 4x400 mètres, alors qu’elle était censée courir le 100 mètres et le 200 mètres, car deux autres athlètes du pays n’avaient pas réalisé un nombre suffisant de contrôles antidopage, selon elle.

Craignant de se retrouver en prison au Bélarus, elle avait appelé le CIO à intervenir et avait finalement passé la nuit de dimanche à lundi dans un hôtel de l’aéroport. 

Puis elle avait rejoint l’ambassade de Pologne, pays solidaire des opposants bélarusses et honni du régime de M. Loukachenko.

Le président du Bélarus Alexander Loukachenko, père de l'actuel patron du comité olympique de son pays, le 6 septembre 2009 à Vilnius. AFP
Le président du Bélarus Alexander Loukachenko, père de l’actuel patron du comité olympique de son pays, le 6 septembre 2009 à Vilnius. AFP

‘Violations alarmantes’

Le syndicat de sportifs Global Athlete a appelé lundi le CIO à suspendre le Comité olympique bélarusse, dirigé par Viktor Loukachenko, le fils du président du Bélarus, et à autoriser les sportifs du pays à concourir sous bannière neutre.

L’affaire Tsimanouskaya “est un nouvel exemple des violations alarmantes envers les sportifs au Bélarus”, a dénoncé Global Athlete dans un communiqué.

Le gouvernement japonais s’est abstenu de commenter l’affaire.

La jeune femme n’était guère connue avant cette affaire, mais elle avait publiquement exprimé par le passé sa sympathie pour le mouvement anti-Loukachenko.

Les médias d’Etat au Bélarus ont pour leur part multiplié les attaques contre la jeune femme, sous-entendant qu’elle agissait pour le compte des Occidentaux.

Le Premier ministre polonais Mateusz Morawiecki a écrit sur Facebook avoir parlé à la sprinteuse, qui est toujours “en sécurité”.

“La Pologne va continuer de soutenir activement la nation bélarusse toute entière, et les militants d’opposition persécutés”, a-t-il ajouté.

Un policier en faction tente de contenir les journalistes, le 2 août 2021, devant l'ambassade de Pologne à Tokyo où s'est réfugiée Krystsina Tsimanouskaya. AFP
Un policier en faction tente de contenir les journalistes, le 2 août 2021, devant l’ambassade de Pologne à Tokyo où s’est réfugiée Krystsina Tsimanouskaya. AFP

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