Un Japonais de 88 ans prépare l’Ironman en regardant les Jeux à la TV

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Le triathlète japonais de 88 ans Hiromu Inada s'entraîne en vue de l'Ironman d'Hawaï, le 4 août 2021 à Inage (Japon). Yuki IWAMURA/AFP
Le triathlète japonais de 88 ans Hiromu Inada s’entraîne en vue de l’Ironman d’Hawaï, le 4 août 2021 à Inage (Japon). Yuki IWAMURA/AFP

Chiba, Japon | AFP

par Natsuko Fukue

A 88 ans, Hiromu Inada dévore les Jeux olympiques. Ce triathlète japonais hors norme enregistre ses compétitions favorites à la télévision dans l’espoir d’y glaner des astuces pour améliorer ses performances en vue des Championnats du monde d’Ironman l’année prochaine.

« Je regarde comment les athlètes utilisent leur jambes sur le vélo, comment positionner le bassin et le mouvement des jambes pour la course à pied, et je compare avec ma façon de faire », explique Hiromu Inada à l’AFP après une séance d’entraînement. « Je découvre toujours de nouvelles choses ».

En raison de la pandémie, les JO de Tokyo, qui s’achèvent dimanche, se déroulent selon des règles sanitaires très strictes, les sportifs étant soumis à des contrôles permanents et les épreuves étant organisées quasiment entièrement à huis clos.

« Ils étaient nombreux à souhaiter l’annulation des Jeux et moi-même j’avais des doutes, mais maintenant que les JO ont lieu, j’ai des larmes de joie en regardant » les compétitions à la télévision, déclare celui qui fêtera ses 89 ans en novembre.

Il détient déjà le record du monde de la personne la plus âgée à avoir terminé une compétition Ironman aux Championnats du monde, un format épuisant qui implique de nager 3,86 kilomètres, de faire 180,25 kilomètres à vélo et de courir un marathon (42,195 km) !

Le triathlète japonais de 88 ans Hiromu Inada à son domicile, le 2 août 2021 à Inage (Japon). Yuki IWAMURA/AFP
Le triathlète japonais de 88 ans Hiromu Inada à son domicile, le 2 août 2021 à Inage (Japon). Yuki IWAMURA/AFP

« Ma raison d’être »

Triple vainqueur de cette compétition dans sa catégorie d’âge, son engagement est profond. « Le triathlon est ma raison d’être, la preuve que je suis vivant » depuis le décès de ma femme. « Je ne pense qu’à ça ».

C’est la deuxième fois qu’Hiromu Inada assiste à des Jeux olympiques à Tokyo. 

En 1964, lorsque la capitale japonaise avait déjà accueilli les JO, il était journaliste pour la chaîne de télévision publique NHK. Mais l’atmosphère était alors totalement différente.

L’événement symbolisait alors le retour triomphal du Japon sur la scène internationale, près de vingt ans après la fin de la Seconde Guerre mondiale, et le pays avait alors marqué les esprits avec ses innovations technologiques, comme son train à grande vitesse shinkansen.

« A l’époque, tout le monde regardait les JO, mais la télévision n’étant pas dans tous les foyers, nous nous regroupions pour les regarder ensemble », se rappelle M. Inada.

Son programme d’entraînement intense commence par la natation à 6 h 00 du matin, puis du vélo pendant des heures. Son régime alimentaire se compose principalement de poisson, de légumes, de soupe miso, d’algues et de nattô, un plat à base de soja fermenté.

Il s’est mis au triathlon sur le tard, n’apprenant à nager qu’à 60 ans après avoir pris sa retraite pour s’occuper de son épouse malade. « Je pensais que j’avais besoin d’exercice car j’étais toujours à la maison ». 

« Bonheur de vivre »

Il a 70 ans lorsqu’il s’inscrit pour la première fois à une compétition locale de triathlon, avant de découvrir l’Ironman quelques années plus tard.

En 2012, à 80 ans, M. Inada a remporté pour la première fois les Championnats du monde d’Ironman dans sa catégorie d’âge à Hawaï, avec un temps de 15 heures, 38 minutes et 25 secondes. 

Trois ans plus tard, il a retenté sa chance, mais a trébuché deux fois avant la ligne d’arrivée et est arrivé cinq secondes trop tard, manquant ainsi le délai pour l’homologation de son temps. Après cette déception, «des messages d’encouragement ont afflué sur mon compte Facebook de la part de triathlètes étrangers que je ne connaissais pas ».

Il a décidé qu’il devait réessayer et finir « même si je tombais ou je devais ramper ». Il a terminé la course l’année suivante et à nouveau en 2018, devenant ainsi le doyen de l’Ironman, à 85 ans et 328 jours.

Et il prévoit de concourir à nouveau l’année prochaine, à 90 ans. « Cela fait bien rire tout le monde, mais j’ai tendance à dire que je vis aujourd’hui une seconde jeunesse. Le simple fait d’être en action me rend heureux, c’est un bonheur de vivre, d’autant plus à mon âge ».

Pour l’instant, il profite de voir les meilleurs sportifs du monde dans son pays. Et il a même réussi à apercevoir l’épreuve olympique de cyclisme sur route près du mont Fuji. «C’était enthousiasmant! »

(Voir également notre article : « L’âge n’est qu’un nombre »: à 90 ans, la Japonaise coach en fitness)

Le triathlète japonais de 88 ans Hiromu Inada se rend à un entraînement de natation, le 2 août 2021 à Inage (Japon). Yuki IWAMURA/AFP
Le triathlète japonais de 88 ans Hiromu Inada se rend à un entraînement de natation, le 2 août 2021 à Inage (Japon). Yuki IWAMURA/AFP

Le triathlète japonais de 88 ans Hiromu Inada à l'entraînement, le 4 août 2021 près d'une plage d'Inage (Japon). Yuki IWAMURA/AFP
Le triathlète japonais de 88 ans Hiromu Inada à l’entraînement, le 4 août 2021 près d’une plage d’Inage (Japon). Yuki IWAMURA/AFP

© Agence France-Presse

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