JO-2020: quand la tête fait plus parler que les jambes

Sport Tokyo 2020

La superstar américaine de la gymnastique Simone Biles, le 3 août 2021 à Tokyo, a mis en lumière la question de la santé mentale des athlètes. AFP
La superstar américaine de la gymnastique Simone Biles, le 3 août 2021 à Tokyo, a mis en lumière la question de la santé mentale des athlètes. AFP

Tokyo, Japon | AFP

par Déborah CLAUDE

Simone Biles devait laisser son empreinte sur les JO de Tokyo avec une nouvelle acrobatie et une razzia de médailles, mais la superstar de la gymnastique les a marqués par ces mots: elle a dit stop quand sa tête ne commandait plus ses jambes, faisant de la santé mentale l’invitée surprise de ces Jeux. 

“Amener le sujet de la santé mentale sur la table signifie beaucoup pour moi car il faut que les gens se rendent compte que nous sommes des humains”, a lancé l’Américaine le soir où elle a finalement fait son retour et obtenu une médaille de bronze à la poutre, après avoir renoncé à quatre finales. 

Pourtant, elle n’est pas la première à avoir craqué. Dans la nuit australienne, il y a plus de vingt ans aux JO de Sydney, l’athlète française Marie-José Pérec, championne olympique en titre des 200 et 400 m, avait renoncé à s’aligner au dernier moment, rongée par la pression.  

Signe que la santé mentale est un peu moins taboue --elle l’est si souvent dans la société en générale --les sportifs mettent des mots sur leurs tourments et commencent maintenant à en parler même quand ils sont encore en activité.

“Démarche courageuse”

“Je trouve que c’est une démarche courageuse à un moment de poser des mots sur une souffrance. On l’avait vu aussi avec Naomi Osaka il y a quelque temps”, a expliqué à l’AFP Anaëlle Malherbe, psychologue à l’Insep (Institut national du sport, de l’expertise et de la performance), qui assiste certains sportifs de la délégation française mais à distance. Le jour où elle s’est arrêté en pleine compétition, Simone Biles a immédiatement expliqué que sa santé mentale avait aussi un impact sur ses performances physiques. Ne se repérant plus dans l’espace, elle risquait littéralement de se briser le cou si elle ratait une acrobatie. Cercle vicieux, le phénomène de “perte de figure” dont elle est atteinte est aggravé par le stress ou les soucis. 

Plus encore que la santé mentale, finalement, elle parle du lien entre son corps et son esprit. 

“Certains pensaient Naomi Osaka folle ou qu’elle avait un comportement de diva! Finalement voir une autre grande championne comme Simone Biles avoir la même attitude, abandonner pour des raisons similaires, laisse à réfléchir. J’espère que les gens comprendront mieux la complexité!”, a réagi la handballeuse française Allison Pineau.

Simone Biles réconforté par son coach Laurent Landi après son retrait d'une épreuve des Jeux de Tokyo, le 27 juillet 2021. AFP
Simone Biles réconforté par son coach Laurent Landi après son retrait d’une épreuve des Jeux de Tokyo, le 27 juillet 2021. AFP

La Japonaise Naomi Osaka éliminée dès son entrée dans le tournoi olympique de tennis à Tokyo, le 27 juillet 2021. AFP
La Japonaise Naomi Osaka éliminée dès son entrée dans le tournoi olympique de tennis à Tokyo, le 27 juillet 2021. AFP

“Pas un boulot normal”

Une réflexion partagée par le nageur britannique Adam Peaty, 26 ans, double champion olympique, qui a annoncé qu’il faisait une pause, évoquant lui aussi une lourde fatigue mentale. 

“Ce n’est pas un boulot normal”, a-t-il lancé. “Vous le voyez dans tous les sports. Vous le voyez avec Simone Biles. Vous l’avez vu avec Ben Stokes (champion anglais de cricket qui vient d’annoncer qu’il faisait une pause pour privilégier sa santé mentale, ndlr). La santé mentale, ça compte, et il s’agit d’avoir le bon équilibre à ce niveau”, a commenté le nageur. 

“La pression qui est mise sur les élites, sur les sportifs de très haut niveau qui performent et qui sont attendus derrière est très forte”, abonde Anaëlle Malhberbe. “Un athlète qui dure dans le temps et qui performe, c’est aussi un athlète qui se sent bien dans ses différents domaines de vie”, explique-t-elle. 

Avec ses sixième et septième médailles olympiques autour du cou, argent au concours général par équipe et bronze à la poutre, Simone Biles l’a clamé haut et fort: “Ma santé physique et mentale compte plus que toutes les médailles que je ne pourrai jamais gagner”. Un propos peu habituel, voire à contre-courant, dans la bouche des champions, mais probablement salvateur.

Le Britannique Adam Peaty, ici lors du relais 4x100 m quatre nages le 1er août 2021, a annoncé qu'il faisait une pause, évoquant une usure mentale. AFP
Le Britannique Adam Peaty, ici lors du relais 4x100 m quatre nages le 1er août 2021, a annoncé qu’il faisait une pause, évoquant une usure mentale. AFP

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