JO-2020: Earvin Ngapeth, faux “bad boy” et vrai génie du volley

Sport Tokyo 2020

La joie des volleyeurs français, champions olympiques, après leur victoire, 25-23 face à la Russie, le 7 août 2021 aux Jeux Olympiques de Tokyo 2020. AFP
La joie des volleyeurs français, champions olympiques, après leur victoire, 25-23 face à la Russie, le 7 août 2021 aux Jeux Olympiques de Tokyo 2020. AFP

Tokyo, Japon | AFP

par François BONTOUX

Génie du volley poursuivi par une réputation un peu trompeuse de “bad boy”, Earvin Ngapeth a sorti son sport de l’ombre en France, en le portant jusqu’au titre de champion olympique grâce à un style spectaculaire et imprévisible.

Avant lui, le volley français avait dû se contenter d’accessits et restait le parent pauvre des sports de salle, comparé au handball et au basket couverts de médailles. Jusqu’à l’été magique de 2015 où il remporta coup sur coup avec les Bleus la Ligue mondiale au Brésil et l’Euro en Bulgarie.

À Sofia, le dernier point de la finale fut du pur Ngapeth: une attaque le dos au filet, une de ces “choses que personne d’autre ne fait”, comme dit son ancien coéquipier Pierre Pujol, qui ont fait sa réputation. “Ngapeth, c’est le volley qu’on aime, rapide, toujours différent et joué avec le sourire”, disait de lui l’un de ses entraîneurs au club italien de Modène, Angelo Lorenzetti, dans un documentaire de Canal+.

À Tokyo, son regain d’énergie, après des débuts timides, a correspondu à la résurrection des Français lancés dès lors vers le titre.

Unique star de son sport en France, l’attaquant-réceptionneur ne s’est jamais fait d’illusion sur l’origine de sa notoriété, qui tient autant à ses incartades hors terrain qu’à ses exploits sportifs. “Si on me connaît, c’est parce que j’ai fait des conneries”, a-t-il dit un jour au Figaro.

Le volleyeur français Earvin Ngapeth smashe face aux Russes, lors de la finale, le 7 août 2021 aux Jeux Olympiques de Tokyo 2020. AFP
Le volleyeur français Earvin Ngapeth smashe face aux Russes, lors de la finale, le 7 août 2021 aux Jeux Olympiques de Tokyo 2020. AFP

Un champion au sang chaud

Ainsi, en 2019, il s’est retrouvé brièvement incarcéré au Brésil pour avoir touché les fesses d’une femme dans une salle de spectacle. Ngapeth est aussi apparu plusieurs fois à la rubrique des faits divers pour des affaires dont l’écho médiatique a le plus souvent surpassé la gravité. Précédemment, il avait dû s’expliquer devant la justice pour une rixe en boîte de nuit à Montpellier (2013) et pour une altercation avec un contrôleur de la SNCF (2015), des affaires conclues en appel respectivement par une relaxe et une simple contravention.

Que Ngapeth ait le sang chaud, personne ne le conteste, surtout pas le sélectionneur Philippe Blain, qui avait exclu l’espoir alors âgé de 19 ans en plein Mondial-2010 à la suite d’une violente prise de becs. Ce n’est pas un hasard si, pour s’adonner au rap, sa grande passion en dehors du volley, il a choisi le pseudonyme Klima, donné par un ami en référence à son caractère changeant comme la météo.

Mais la majorité de ses coéquipiers, loin de décrire un mauvais garçon, ont toujours parlé d'“une vraie bonne personne, sensible et généreuse” (Pierre Pujol), de “quelqu’un d’entier, mais de simple au final, d’hyper attachant et très respectueux, qui a été très bien éduqué” (Julien Lyneel). “Les gens qui me connaissent savent comment je suis”, dit-il lui-même. 

Né à Saint-Raphaël en 1991, il est le fils d’un volleyeur, Eric Ngapeth, 220 fois international dans les années 1980 (en même temps que les futurs sélectionneurs Philippe Blain et Laurent Tillie) et fan du basketteur Earvin “Magic” Johnson. Devenu entraîneur de club, le père a coaché le fils au début de sa carrière à Tours (2008-2011) mais leur expérience suivante dans le club russe de Kemerovo (2013) a tourné au vinaigre lorsque Earvin, mal à l’aise en Sibérie, a plié bagages inopinément en pleine saison pour retourner en France. Il a fallu plus d’un an pour que son père lui parle de nouveau.

La joie du volleyeur français Earvin Ngapeth, après un point marqué contre les Russes en finale, le 7 août 2021 aux Jeux Olympiques de Tokyo 2020, AFP
La joie du volleyeur français Earvin Ngapeth, après un point marqué contre les Russes en finale, le 7 août 2021 aux Jeux Olympiques de Tokyo 2020, AFP

“Des choses que peu de gens font”

Sur le terrain, Ngapeth est un phénomène. S’il n’est pas petit (1,94 m), il ne fait pas la différence grâce à son physique, même s’il possède un bras très rapide qu’il met au service de sa créativité et d’une “vision instinctive du jeu” (Laurent Tillie). Lucide en l’air, rusé, il a le don de détecter le trou dans le contre ou dans la défense pour conclure tantôt en force tantôt en finesse, en donnant l’impression d’improviser toujours. Il est aussi réputé pour ses sauvetages spectaculaires en défense, parfois au pied, souvenir de ses années d’enfance consacrées au football.

Avec un Euro et deux Ligues mondiales en Bleu, un Championnat de France avec Tours et un d’Italie avec Modène (où il va retourner après trois saisons en Russie à Kazan), Ngapeth avait déjà construit un palmarès plus qu’honorable, mais qui prend un tout autre volume avec ce titre de champion olympique.

Le volleyeur français Earvin Ngapeth, à la réception d'un service russe, lors de la finale, le 7 août 2021 aux Jeux Olympiques de Tokyo 2020. AFP
Le volleyeur français Earvin Ngapeth, à la réception d’un service russe, lors de la finale, le 7 août 2021 aux Jeux Olympiques de Tokyo 2020. AFP

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