JO-2020: Laurent Tillie, crème de sélectionneur

Sport Tokyo 2020

Le sélectionneur de l'équipe de France de volleyball, Laurent Tillie, porté en triomphe par ses joueurs, après leur victoire en finale, 3 sets à 2 face aux Russes, le 7 août 2021 aux Jeux Olympiques de Tokyo 2020. AFP
Le sélectionneur de l’équipe de France de volleyball, Laurent Tillie, porté en triomphe par ses joueurs, après leur victoire en finale, 3 sets à 2 face aux Russes, le 7 août 2021 aux Jeux Olympiques de Tokyo 2020. AFP

Tokyo, Japon | AFP

par Clément VARANGES

Le sacre olympique de la bande d’Earvin Ngapeth couronne neuf ans de mandat de Laurent Tillie: après Aimé Jacquet, Claude Onesta ou Didier Deschamps, Tillie intègre la crème des sélectionneurs français avec une méthode onctueuse: “donner un cadre mais laisser de la liberté”.

Parti d’une page blanche - l’absence aux Jeux de 2012 -, Laurent Tillie, 57 ans, a conduit l’équipe de France à ses premiers titres, un Euro (2015) et deux Ligues mondiales (2015 et 2017), avant la consécration suprême samedi à Tokyo. Sa recette? Un choix originel tranché - renouveler presque totalement l’équipe de France - mais une gestion en douceur.

“Laurent, c’est lui qui a fait confiance à notre groupe jeune”, lui rend hommage son libéro Jenia Grebennikov interrogé par l’AFP.

Laurent Tillie profite de la marge de manoeuvre offerte par le traumatisme de la non qualification pour donner les clefs des Bleus à une nouvelle génération, talentueuse mais pas encore perçue comme surdouée au moment de son arrivée.

“Il est le premier à nous avoir alignés titulaires à un championnat d’Europe (2013) puis du monde (2014) alors qu’on était très très jeunes’, poursuit ”Grebe“. ”On a performé, on a tous grandi et on est allé dans des gros clubs en Europe et c’est grâce à lui.“

A l’Euro-2013, Grebennikov a 23 ans. Benjamin Toniutti, capitaine de nos jours, le même âge, et Earvin Ngapeth, un an de moins. Les Bleus atteignent les quarts puis les demi-finales au Mondial-2014 en Pologne où ils sont éliminés au tie-break par le Brésil. La greffe a pris, l’aventure va durer.

“Il nous laissait plein de liberté, du coup on devenait responsable de ce qu’on faisait sur le terrain”, analyse Earvin Ngapeth pour l’AFP. “Je pense qu’on a vachement grandi grâce à ça. Comme joueurs, comme groupe.”

Un héritage du passé de joueur de Tillie, médaillé de bronze puis d’argent aux Championnats d’Europe (1985 puis 1987) avec l’équipe de France.

“Il nous a tout dit”, raconte Jenia Grebennikov. “Toutes les frustrations qu’il a eues en tant que joueur pour nous pousser à ne pas les avoir.”

Celui du championnat du monde 1986 en France quand l’équipe de France est éliminée dès les quarts de finale, celui des Jeux de Séoul en 1988 quand elle ne se hisse pas en demi-finales.

Le sélectionneur de l'équipe de France de volleyball, Laurent Tillie, lors du match de poule contre les Pays-Bas, aux Championnats d'Europe, le 27 août 2017 à Katowice (Pologne). AFP
Le sélectionneur de l’équipe de France de volleyball, Laurent Tillie, lors du match de poule contre les Pays-Bas, aux Championnats d’Europe, le 27 août 2017 à Katowice (Pologne). AFP

“Chimères”

“Je cours après ces chimères depuis quarante ans”, a lâché Laurent Tillie après la demi-finale gagnée jeudi comme s’il avait enfin passé la ligne d’arrivée. Lui l’anxieux, “toujours frustré” par la demi-finale perdue du Mondial 2014 contre le Brésil ou celle de l’Euro 2019 à domicile contre la Serbie.

“J’y pense tout le temps. Qu’est-ce que j’ai fait? Qu’est-ce que j’ai pas fait? Ça vient constamment”, confiait-il après la qualification pour la finale. A croire que la décontraction affichée de sa “Team Yavbou” ne suffit pas à tout apaiser.

“Laurent, c’est quelqu’un qui est super stressé, mais il a réussi je pense à calmer son stress grâce au groupe qu’on avait”, veut croire Earvin Ngapeth.

Le leader des Bleus n’est jamais avare de compliments envers son sélectionneur. “J’ai connu l’avant et l’après de son arrivée, ça n’a plus rien à voir.”

Parce qu’il est au coeur du dispositif de Tillie, adepte de la “victoire participative” comme il l’a expliqué après le succès de l’espoir en phase de groupes, contre la Russie.

“Earvin, dans le match, dit +Il faut servir sur le libero, il est nul+. Ok, on va servir sur le libero! Il faut avoir assez d’humilité pour laisser jouer les joueurs.”

Le sélectionneur de l'équipe de France de volleyball, lors du match de poule contre l'Argentine, le 7 août 2021 aux Jeux Olympiques de Tokyo 2020. AFP
Le sélectionneur de l’équipe de France de volleyball, lors du match de poule contre l’Argentine, le 7 août 2021 aux Jeux Olympiques de Tokyo 2020. AFP

La joie du sélectionneur de l'équipe de France de volleyball, Laurent Tillie, et des coéquipiers d'Earvin Ngapeth (d), après leur victoire face à l'Allemagne, en finale du tournoi de qualification olympique pour les Jeux de Tokyo 2020, le 10 janvier 2020 à Berlin. AFP
La joie du sélectionneur de l’équipe de France de volleyball, Laurent Tillie, et des coéquipiers d’Earvin Ngapeth (d), après leur victoire face à l’Allemagne, en finale du tournoi de qualification olympique pour les Jeux de Tokyo 2020, le 10 janvier 2020 à Berlin. AFP

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