JO-2020: la grande génération Ngapeth se pare d’or en volley

Sport Tokyo 2020

La joie des volleyeurs français, champions olympiques après leur victoire en finale, 3 sets à 2 face aux Russes, le 7 août 2021 aux Jeux Olympiques de Tokyo 2020. AFP
La joie des volleyeurs français, champions olympiques après leur victoire en finale, 3 sets à 2 face aux Russes, le 7 août 2021 aux Jeux Olympiques de Tokyo 2020. AFP

Tokyo, Japon | AFP

par François BONTOUX

Renversés puis renversants, les volleyeurs français ont conquis l’or olympique, le premier de leur histoire, en battant les favoris russes dans une finale à rebondissements, 3 à 2 (25-23, 25-17, 21-25, 21-25, 15-12), samedi à Tokyo.

Pour la génération d’Earvin Ngapeth, éblouissant en finale (26 points avec 21 attaques, 2 contres et 3 aces), c’est l’accomplissement ultime, mais il n’arrive certes pas au moment attendu!

Au Japon, les Bleus avaient commencé le tournoi de la pire des façons avec deux défaites en trois matches (États-Unis, Argentine) qui les avaient mis au bord de l’élimination.

La réaction a eu lieu en trois temps: une victoire inespérée sur la Russie, déjà, deux sets pris au Brésil (2-3) dans le match de la survie, puis l’exploit en quarts de finale contre les doubles champions du monde en titre polonais (3-2).

“C’est quand on a battu les Russes une première fois qu’on s’est rendu compte que notre jeu était revenu”, a raconté le passeur Antoine Brizard, excellent à la distribution. “Mais jamais personne n’avait pensé à être champion olympique. Le mot d’ordre, c’était de ne pas en parler!” 

Au bout d’une semaine, l’utopie s’est transformée en objectif. Ngapeth est sorti de sa torpeur des premiers jours pour instiller la même folie qu’à l’époque de la “Team Yavbou”, lorsque le volley français avait remporté ses premiers titres, la Ligue mondiale en 2015 et surtout l’Euro quelques mois plus tard.

C’est cet esprit qui a soufflé sur une finale complètement dingue. Dominateurs pendant deux sets grâce à d’époustouflantes défenses autour de Jenia Grebennikov et au festival de Ngapeth à l’attaque, les Bleus ont semblé se diriger vers une victoire éclair lorsqu’il ont mené 2 à 0 et pris aussi la tête dans le troisième set (12-9).

La joie du volleyeur français Earvin Ngapeth, après un point marqué contre les Russes en finale, le 7 août 2021 aux Jeux Olympiques de Tokyo 2020. AFP
La joie du volleyeur français Earvin Ngapeth, après un point marqué contre les Russes en finale, le 7 août 2021 aux Jeux Olympiques de Tokyo 2020. AFP

“Avec le coeur et les tripes”

Mais c’est le moment qu’ont choisi les Russes pour retrouver leur puissance au service et à l’attaque, alors que les Français perdaient de leur mordant au filet. Rattrapés 2 set à 2, puis menés 3-0 dans l’entame du tie-break, les Bleus ont alors trouvé des ressources mentales admirables pour renverser une dernière fois le match.

“On a eu un coup de barre. On avait mis tellement d’énergie depuis ces cinq ou six derniers matches! On n’avait plus d’énergie mais on est allé le chercher avec les tripes et le coeur”, a expliqué l’attaquant Trevor Clévenot.

Après une ultime attaque dehors et un challenge vidéo inutile des Russes, les Bleus pouvaient alors lancer un french cancan endiablé, sous l’ovation des nombreux accrédités français rameutés dans les tribunes par la délégation pour donner un semblant d’ambiance à l’événement.

En élargissement l’angle de vue au-delà de Tokyo, cette médaille d’or apparaît aussi comme une divine surprise, car depuis l’été magique d’il y a six ans les déceptions se sont multipliées: élimination au premier tour à Rio, à cause d’un malheureux concours de circonstances, échecs au Mondial-2018 et encore à l’Euro-2019, où les Bleus avaient terminé au pied du podium devant le public de Bercy.

Trevor Clévenot lors de la finale olympique remportée par la France contre la Russie à Tokyo le 7 août 2021. AFP
Trevor Clévenot lors de la finale olympique remportée par la France contre la Russie à Tokyo le 7 août 2021. AFP

Tillie “peut vivre tranquille”

Au fil des ans, le sélectionneur Laurent Tillie a su renouveler ses troupes. Des quatorze champions d’Europe de 2015, seuls quatre sont toujours là à Tokyo: son fils Kévin Tillie, Benjamin Toniutti, Jenia Grebennikov et Earvin Ngapeth, et seuls les deux derniers sont encore titulaires. La preuve d’une profondeur méritoire pour un sport qui comptait moins de 150.000 licenciés avant la crise du coronavirus, soit environ le quart du basket ou du hand.

Dans une discipline où la puissance athlétique est déterminante, il a su préserver l’originalité du jeu français - le goût de la ruse et de la feinte, la rigueur technique, l’acharnement, personnifié par Grebennikov, à empêcher le ballon de tomber - tout en l’élevant au niveau des standards internationaux au contre et (presque) au service, les points faibles de jadis, grâce à des joueurs comme les jeunes Jean Patry, magnifique pendant tout le tournoi, et Barthélemy Chinenieze.

Après un tel succès, il est évidemment hors de question pour les nouveaux champions, dont le plus âgé a 31 ans, de baisser les genouillères à trois ans des Jeux de Paris. Après sa sortie idéale, Laurent Tillie va maintenant passer la main à une légende du volley, le Brésilien Bernardinho, double champion olympique et triple champion du monde, qui visera l’or et seulement l’or en 2024.

“Il peut vivre tranquille maintenant! Il ne va plus m’embêter! S’il me dit quelque chose, je lui dirai +Je suis champion olympique+”, a lancé son fils Kévin tout sourire.

Le sélectionneur de l'équipe de France de volleyball, Laurent Tillie, porté en triomphe par ses joueurs, après leur victoire en finale, 3 sets à 2 face aux Russes, le 7 août 2021 aux Jeux Olympiques de Tokyo 2020. AFP
Le sélectionneur de l’équipe de France de volleyball, Laurent Tillie, porté en triomphe par ses joueurs, après leur victoire en finale, 3 sets à 2 face aux Russes, le 7 août 2021 aux Jeux Olympiques de Tokyo 2020. AFP

fbx/tba

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