JO-2020/Marathon: le triomphe de Kipchoge

Sport Tokyo 2020

Le Kényan Eliud Kipchoge remporte le marathon des Jeux olympiques de Tokyo, le 8 août 2021 à Sapporo. AFP
Le Kényan Eliud Kipchoge remporte le marathon des Jeux olympiques de Tokyo, le 8 août 2021 à Sapporo. AFP

Sapporo, Japon | AFP

par Elodie SOINARD

Seul au monde sur le bitume de Sapporo, le Kényan Eliud Kipchoge a triomphé au bout du marathon olympique dimanche matin, comme cinq ans plus tôt à Rio. De quoi entrer encore un peu plus dans la légende.

A un millier de kilomètres au nord de Tokyo, où ont été délocalisées les épreuves sur route à la recherche de conditions météo plus clémentes - ce qui, dans une certaine mesure, a fini par être le cas dimanche matin - Kipchoge s’est imposé en solitaire en 2h 8 min 38 sec.

Le coup d’oeil vers l’arrière qu’il a jeté dans les derniers hectomètres était bien superflu tant il a dominé la course.

Plus d’une minute derrière, au prix d’un haletant sprint final, le Néerlandais Abdi Nageeye (2:09.58) et le Belge Bashir Abdi (2h10:00) ont privé le Kenya d’un nouveau doublé au lendemain de celui réalisé dans le marathon féminin.

A 36 ans, Kipchoge devient ainsi le troisième coureur à remporter deux fois coup sur coup le marathon olympique, après l’Ethiopien Abebe Bikila (1960 et 1964) et l’Allemand de l’Est Waldemar Cierpinski (1976 et 1980).

“martien”

En contrôle de la course jusqu’à l’approche des trente kilomètres - il fallait le voir tranquillement bavarder et échanger un check, tout sourire, avec un coureur brésilien un peu avant la mi-parcours -, le détenteur du record du monde (2h01:39 à Berlin en 2018) s’est ensuite joué de ses adversaires en deux temps.

Au 28e kilomètre, sa première accélération a réduit le groupe de tête à une dizaine de coureurs. 

Le 30e passé, sa seconde a été fatale, et personne n’a été capable de rester dans le sillage de sa foulée aérienne et de son flamboyant maillot au motif traditionnel aux couleurs kényanes, rouge, vert et noir.

“Quand il est parti, je me suis dit +C’est un martien+, il est sur une autre planète+”, sourit Nageeye.

Kipchoge s’est alors envolé : d’une vingtaine de secondes à l’attaque du 35e kilomètre, il a fait grimper son avance à plus d’une minute au quarantième.

Environ deux heures plus tôt, le départ du marathon - coup d’envoi aussi de l’ultime journée des Jeux de Tokyo - avait été donné à 07h00, comme prévu, sous 26 degrés et 80% d’humidité. Des conditions un peu moins chaudes que les journées précédentes, mais encore éprouvantes pour les organismes malgré tout.

Les premiers dégâts n’ont pas tardé à se produire. L’Ethiopien Shura Kitata, vainqueur du marathon de Londres fin 2020 - la première défaite de Kipchoge en sept ans - et un des favoris, a craqué dès le neuvième kilomètre, cuisse manifestement douloureuse. L’Ougandais Stephen Kiprotich, champion olympique 2012, autour du dixième.

Le Kényan Eliud Kipchoge lors du marathon des Jeux olympiques de Tokyo, le 8 août 2021 à Sapporo. AFP
Le Kényan Eliud Kipchoge lors du marathon des Jeux olympiques de Tokyo, le 8 août 2021 à Sapporo. AFP

“Retenez-vous de regarder”

Puis après un peu plus d’une heure, est arrivé le tour d’un autre Ethiopien, Sisay Lemma.

Le troisième engagé, Lelisa Desisa, n’a lui pas résisté au premier coup d’accélérateur porté par le futur vainqueur. 

Kenenisa Bekele, dont le duel avec Kipchoge faisait saliver tous les amateurs de course à pied, n’avait pas été sélectionné.

Le Français Nicolas Navarro a lui réussi une épatante remontée pour terminer 12e (2h12:50). Morhad Amdouni, resté avec la tête de course jusqu’au 30e kilomètre, a fini 17e (2h14:33).

Désormais quatre fois médaillé olympique en autant d’éditions (bronze en 2004 et argent en 2008 sur 5.000 m, et or du marathon en 2016 et 2020) et déjà légende du marathon, passé aussi sous les 2h lors d’un marathon officieux en 2019, jusqu’où ira Kipchoge ?

“Le futur nous le dira, philosophe-t-il. Pour l’instant, je vais profiter de ma victoire à Tokyo.”

Tout au long du parcours, comme pour toutes les courses disputées à Sapporo, des dizaines et des dizaines de bénévoles, tee-shirt et casquette jaune, invitaient, pancarte autour du cou, les passants à “se retenir de regarder”, pour continuer à être en mouvement.

Difficile devant un coureur d’une telle envergure.

Le Français Nicolas Navarro lors du marathon des Jeux olympiques de Tokyo, le 8 août 2020 à Sapporo. AFP
Le Français Nicolas Navarro lors du marathon des Jeux olympiques de Tokyo, le 8 août 2020 à Sapporo. AFP

es/fbr

© Agence France-Presse

Tokyo 2020 AFP