JO-2020 - Athlétisme: les Bleus en plein marasme avant Paris-2024

Sport Tokyo 2020

Le Français Wilhem Belocian, après son élimination lors des séries du 110 m haies, le 3 août 2021 aux Jeux Olympiques de Tokyo 2020. AFP
Le Français Wilhem Belocian, après son élimination lors des séries du 110 m haies, le 3 août 2021 aux Jeux Olympiques de Tokyo 2020. AFP

Tokyo, Japon | AFP

par Keyvan NARAGHI / Robin GREMMEL

Des cadres pas au niveau, une relève inexistante et un bilan famélique d’une médaille: les Jeux olympiques de Tokyo ont de nouveau mis en lumière les failles béantes de l’athlétisme français, en plein marasme à trois ans des JO-2024 de Paris.

Les six podiums de Rio sont déjà un lointain souvenir pour les Bleus, aux abonnés absents au Japon. La deuxième place récoltée par Kevin Mayer au décathlon n’a même pas pu sauver les meubles, le recordman du monde, finalement vaincu par un dos douloureux et un adversaire plus fort que lui (le Canadien Damian Warner) étant au départ programmé pour l’or. 

La régression est spectaculaire par rapport au butin amassé au Brésil mais ne fait que confirmer un déclin entrevu en 2019 aux Mondiaux de Doha (deux médailles, aucun titre). Il faut remonter à Sydney-2000 (aucun podium) pour retrouver un résultat global aussi mauvais.

Pour le président de la Fédération française d’athlétisme (FFA) André Giraud, ces piètres performances, “en deçà des espérances”, s’expliquent avant tout par “un manque de réussite”. 

Le dirigeant met ainsi en avant les blessures qui ont handicapé les principales chances tricolores durant les Jeux (Renaud Lavillenie à la perche, Wilhem Belocian sur 110 m haies) ou avant (Pascal Martinot-Lagarde sur 110 m haies). Mais le mal semble beaucoup plus profond.

Le Français Kevin Mayer, médaillé d'argent au décathlon, le 6 août 2021 aux Jeux Olympiques de Tokyo 2020. AFP
Le Français Kevin Mayer, médaillé d’argent au décathlon, le 6 août 2021 aux Jeux Olympiques de Tokyo 2020. AFP

Le Français Renaud Lavillenie tente de soigner sa cheville, lors de la finale de la perche, le 3 août 2021 aux Jeux Olympiques de Tokyo 2020. AFP
Le Français Renaud Lavillenie tente de soigner sa cheville, lors de la finale de la perche, le 3 août 2021 aux Jeux Olympiques de Tokyo 2020. AFP

“Manque de densité”

Le nombre de finalistes (top-8 final) est au plus bas (8 sur 65 athlètes présents) et, phénomène plus inquiétant dans l’optique des JO de Paris, aucun espoir ne s’est affirmé hormis Gabriel Tual (23 ans), septième surprise du 800 m, le seul à avoir battu son record personnel à Tokyo.

“Le choix a été fait de préserver certains jeunes”, assure M. Giraud. Dans les faits, aucun d’entre eux n’avait réussi à se qualifier en individuel, à l’image de Sasha Zhoya (19 ans), érigé en tête d’affiche pour 2024 mais toujours cantonné aux compétitions de sa catégorie et gêné cette saison par des blessures. La FFA avait pourtant la possibilité d’en amener un ou deux de plus pour les relais.

“On manque de densité, selon Mickaël Hanany, deuxième meilleur performeur français de tous les temps au saut en hauteur et désormais entraîneur du sprinteur Mouhamadou Fall à El Paso (Texas). C’est à ce niveau-là qu’on a un énorme travail à faire. Je ne veux pas donner de leçons mais regardez l’Italie, les Pays-Bas, la Suisse. Quand on voit notre vivier, on doit pouvoir rivaliser avec ces pays”.

La réorganisation du haut niveau opérée après le fiasco de Doha, avec le départ du directeur technique national Patrice Gergès et la nomination du triple champion olympique de cyclisme sur piste Florian Rousseau en tant que directeur de la haute performance, tarde à porter ses fruits. Le patron de la FFA a reconnu auprès de l’AFP que celle-ci n’avait “pas encore abouti” et a promis des “changements dans un mois”, tout en maintenant Florian Rousseau à son poste.

Le Français Sasha Zhoya, à l'entraînement, le 25 juin 2019 à l'Institut National du Sport à Paris. AFP
Le Français Sasha Zhoya, à l’entraînement, le 25 juin 2019 à l’Institut National du Sport à Paris. AFP

“Bilan sans concession”

Pour Claude Onesta, le manager de la haute performance à l’ANS, un “bilan sans concessions” s’impose cependant à la FFA, qui risque encore une fois de se faire taper sur les doigts par les pouvoirs publics, comme en 2019.

Après sa cinquième place au marteau, le vice-champion du monde Quentin Bigot a toutefois estimé que les résultats décevants étaient avant tout “la faute des athlètes, pas de la Fédération” qui avait fourni “tout ce qu’il faut pour progresser”.
Mais pour Mickaël Hanany, “le travail à accomplir reste colossal”.

“En 17 ans aux États-Unis j’ai pu voir ce qui était fait différemment ici par rapport à la France, indique le technicien. Niveau coaching, on manque de partage. Je pense qu’il faut revoir la formation des jeunes coaches, la détection, on ne peut plus s’appuyer juste sur les professeurs d’EPS.”

“On manque aussi d’approche scientifique, ajoute-t-il. Quasiment personne ne publie d’études sur les temps, la musculation, la foulée, la biomécanique. Il y a très peu de recherche, de biomécanique, très peu d’utilisation de la technologie.”

Claude Onesta, alors sélectionneur de l'équipe de France de handball, lors de la finale des Championnats du monde contre la Norvège, le 29 janvier 2017 à Paris. AFP
Claude Onesta, alors sélectionneur de l’équipe de France de handball, lors de la finale des Championnats du monde contre la Norvège, le 29 janvier 2017 à Paris. AFP

Le Français Quentin Bigot, lors de la finale du lancer du marteau, le 4 août 2021 aux Jeux Olympiques de Tokyo 2020. AFP
Le Français Quentin Bigot, lors de la finale du lancer du marteau, le 4 août 2021 aux Jeux Olympiques de Tokyo 2020. AFP

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