Jeux paralympiques 2020: les grands absents

Sport Tokyo 2020

Tokyo, Japon | AFP

Certains avaient fait les gros titres à Rio en 2016, d’autres pris la lumière depuis. Aucun d’eux ne sera aux Jeux paralympiques de Tokyo pour chasser les médailles à partir de mardi. Destins tragiques ou contrariés d’athlètes absents au Japon.

Jean-Baptiste Alaize, non-sélection surprise

Il crève l’écran dans le documentaire Rising Phoenix. Mutilé à la machette, Jean-Baptiste Alaize a perdu sa mère et la jambe droite à trois ans dans la guerre civile en 1994 au Burundi. Adopté en France, il a trouvé dans l’athlétisme un exutoire et la France a vu en lui un médaillable.

Après quatre titres mondiaux en juniors, il avait échoué deux fois près du podium paralympique du saut en longueur à Londres (7e) puis Rio (5e). Avant d’étoffer son palmarès en médailles: une de bronze aux Mondiaux 2017 et deux autres aux championnats d’Europe (2016 et 2018).

Agé de 30 ans, il se voyait “programmé pour faire une médaille à Tokyo”, explique-t-il à l’AFP. “Le 5 juillet, la liste (finale des sélectionnés en para-athlétisme, NDLR) sort et je ne suis pas dessus. Ça m’a brisé le coeur.”

Une “décision sportive”, insiste le chef de la délégation française Jean Minier. Il restait deux places à attribuer à des athlètes n’ayant pas encore validé leur sélection, elles sont allées à des sportifs dont les performances moyennes ont fait apparaître un “meilleur écart podium”, détaille-t-il à l’AFP. Jean-Baptiste Alaize, abattu, évoque un “choix politique” sur fond de tension avec la Fédération française handisport qu’il a plusieurs fois épinglée pour un “manque de soutien”.

Alessandro Zanardi, visage du handisport italien

L’ancien pilote de F1 Alessandro Zanardi, 54 ans, aurait sans doute mouliné ses bras au pied du mont Fuji où il était venu s’entraîner fin 2019 sans un nouveau combat contre la mort, qu’il avait déjà frôlée lors de l’accident d’Indycar ayant causé l’amputation de ses jambes en 2001.

De Rio en 2016, “Alex” était reparti avec deux médailles d’or et une d’argent en cyclisme, la même moisson qu’à Londres quatre ans plus tôt. Mais un camion qui l’a percuté lors d’une course en Toscane en juin 2020 l’a privé d’une nouvelle collection de médailles.

Un an après cet accident aux commandes de son vélo à mains, “Alex est dans un état stable”, a indiqué son épouse Daniela Zanardi en juin. “Il peut communiquer avec nous, mais il ne peut toujours pas parler.”

“Je pense qu’à Tokyo, il n’y aura pas un jour où chacun des athlètes n’aura pas une pensée pour Alex”, a témoigné le président du comité paralympique italien Luca Pancalli.

Marieke Vervoort, mort programmée

Sa prononciation du mot tabou “euthanasie” avait créé le débat juste avant les Jeux paralympiques de Rio. A quelques semaines de la cérémonie d’ouverture, la Flamande, championne paralympique en titre du 100 mètres fauteuil, avait annoncé avoir achevé les démarches pour recourir au suicide assisté, pratique permise en Belgique aux patients n’étant pas en phase terminale.

L’édition 2016 serait les derniers Jeux de “Wielemie”, comme elle était surnommée au pays, à qui une rare maladie neurodégénérative provoquait une douleur constante la laissant à peine dormir.

“Je dois arrêter car ma maladie empire. C’est plus difficile de faire des courses qu’il y a quatre ans”. Mais pas suffisant encore pour l’empêcher de décrocher à Rio une deuxième médaille, d’argent, sur 400 mètres.

La dernière aussi, avant de planifier sa mort en détail, comme annoncé. Marieke Vervoort a mis fin à ses jours par euthanasie le 22 octobre 2019, un mois après un tour en Lamborghini sur le circuit de Zolder. “J’ai pu réaliser beaucoup de rêves, livrait-elle. Celui-ci est le dernier.”

© Agence France-Presse

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