Paralympiques-2020: Susana Rodriguez, du front du Covid à la plus haute marche

Tokyo 2020

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L'Espagnole Susana Rodriguez célèbre, sur le podium des Jeux paralympiques de Tokyo, sa médaille d'or en triathlon PTVI, aux côtés de sa guide Sara Loehr, le 28 août 2021 (Charly TRIBALLEAU/AFP)

Tokyo (AFP)

Par Katie FOSTER

En première ligne face au Covid l'an passé, Susana Rodriguez a franchi la première la ligne d'arrivée du triathlon des Jeux paralympiques de Tokyo samedi.

Cette médecin espagnole qui a remporté la médaille d'or de la catégorie PTVI, dédiée aux déficients visuels, a vite compris à l'hôpital où elle travaillait que "le Covid était très grave, dès le début".

Dans les premiers jours de la pandémie, lorsqu'elle était au téléphone pour diagnostiquer les personnes présentant des symptômes, son patron tenait une réunion chaque matin: "il donnait les derniers chiffres et les choses allaient vraiment mal", racontait à l'AFP la jeune femme de 33 ans, avant sa course aux Jeux paralympiques de Tokyo, reportés d'un an, de 2020 à 2021, à cause de la pandémie.

"J'ai compris que les Jeux n'auraient pas lieu avant qu'ils annoncent le report de 2020", expliquait-elle.

Elle a alors mis à profit sa spécialisation en médecine physique et rééducation en aidant les patients à se remettre des infections les plus graves. Tout en passant des heures sur son tapis de course et son vélo d'appartement entre deux gardes.

"J'avais aussi peur d'attraper le Covid", admettait la triathlète, atteinte d'albinisme et malvoyante, qui concourt avec un guide.

- Engagée aussi en athlétisme -

La para-triathlète Susana Rodriguez et sa guide durant leur course aux Jeux paralympiques de Tokyo, le 28 août 2021  (Charly TRIBALLEAU/AFP)
La para-triathlète Susana Rodriguez et sa guide durant leur course aux Jeux paralympiques de Tokyo, le 28 août 2021 (Charly TRIBALLEAU/AFP)

"Nous les personnes aveugles, nous comptons beaucoup sur le toucher et quand (la pandémie) a commencé, la distanciation a tout envahi, le toucher n'était plus d'actualité. C'était donc difficile, surtout au début."

Para-athlète depuis son enfance, Susana Rodriguez a fini par mettre entre parenthèses sa carrière médicale pour se concentrer sur la préparation des Jeux, avec succès.

"Dans le monde du sport, ça vaut plus que tout (sa médaille d'or, ndlr)", a-t-elle lâché samedi après sa victoire, expliquant avoir "fait ses devoirs" en s'entraînant dur.

En plus de son titre, elle est en passe de devenir la première athlète paralympique espagnole à concourir dans deux disciplines aux mêmes Jeux puisqu'elle participe au 1.500 m (catégorie T11) dimanche.

"Je vais essayer de me détendre maintenant et de retrouver mes jambes. Il faut que je reste calme, car tout ça (gagner l'or) m'a submergé d'adrénaline", a-t-elle expliqué.

"Je suis meilleure en triathlon... Mais j'aime vraiment la piste d'athlétisme", a ajouté celle qui avait terminé cinquième dans sa catégorie à Rio-2016 avec une autre guide.

- plus que des guides, des "amis" -

La nouvelle, Sara Loehr, a reçu comme elle une médaille d'or samedi sur le podium, un moment partagé main dans la main, sourire triomphant sur le visage.

Pour la nouvelle championne paralympique, les guides sont ses "yeux pendant la compétition": "ils me connaissent très bien. Nous n'avons pas besoin de parler, parce qu'ils savent si je peux accélérer ou non".

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L'Espagnole Susana Rodriguez s'alignera également sur le 1.500 m T11 aux Jeux paralympiques de Tokyo, le 29 août 2021 (Charly TRIBALLEAU/AFP)

Leur aide ne se limite pas à la course. "Par exemple, au dîner ou au petit-déjeuner, ils me disent quels aliments choisir. Au final, ce sont mes amis."

En plus du front du Covid, Susana Rodriguez a traversé une autre épreuve en début d'année 2020, lorsqu'on lui a diagnostiqué une maladie cardiaque génétique et qu'elle a dû suivre un traitement particulier. "Je ne savais pas si je pouvais continuer à pratiquer le sport à un niveau professionnel", témoigne-t-elle.

Mais "l'équipe de cardiologie de mon hôpital a été d'une grande aide, me conseillant dans mes décisions... Pour que je puisse être ici à Tokyo, en sécurité, et heureuse."

Reste maintenant à surmonter l'autre épreuve apparue en 2020, la pandémie et ses conséquences accrues dans sa vie de malvoyante.

"Cela prend tellement de temps, nous avons placé nos espoirs dans tellement de choses que cela devient difficile (...) Mais on dit que l'espoir est la dernière chose à perdre, alors j'espère qu'en 2022 nous pourrons retrouver une vie normale".

© 2021 AFP

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