Paralympiques-2020: "Bebe" Vio, l'escrime à l'or et à cri

Tokyo 2020

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L'Italienne Beatrice Vio célèbre sur le podium des Jeux paralympiques de Tokyo sa médaille d'or en escrime sur fauteuil roulant (fleuret, catégorie B), le 28 août 2021 au Makuhari Messe Hall de Ciba (Behrouz MEHRI/AFP)

Tokyo (AFP)

Par Daniel HICKS

Quand Beatrice Vio apparaît dans la salle d'armes des Jeux paralympiques de Tokyo, elle dessine un être délicat et distingué, glissant ici et là un mot d'encouragement à ses adversaires. Son masque enfilé, elle n'est plus que cri, fracas et victoire. Sa deuxième médaille d'or paralympique samedi en atteste.

La bouillonnante "Bebe", comme on l'appelle en Italie, paraîtrait presque possédée une fois ses quatre prothèses enlevées, son fleuret attaché à son bras gauche amputé et son corps harnaché dans un fauteuil.

"Lorsque je combats, je dois enlever mes prothèses et je ne peux pas me tenir au fauteuil roulant", explique l'Italienne de 24 ans. "C'est pourquoi je dois spécifiquement entraîner mes abdominaux pour garder l'équilibre et me déplacer rapidement."

Et à quelle vitesse: un instant plus tard, son assaut de fleuret (catégorie B) s'achève dans un flou de mouvements.

Vio se balance comme un cobra dansant jusqu'au moment choisi pour frapper. Elle touche alors en un éclair, suivi d'un cri strident. La foudre frappe cinq fois, première victoire 5-0.

Sept heures et huit autres victoires plus tard, samedi, au Makuhari Messe Hall de Tokyo, après un décuplement des décibels et une joie toujours plus contagieuse, la sensation italienne décroche une deuxième médaille d'or aux Jeux paralympiques, après son triomphe de Rio il y a cinq ans.

- "Vous ne devez pas avoir peur" -

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L'Italienne Beatrice Vio après sa victoire en finale de l'escrime en fauteuil roulant (fleuret, catégorie B), aux Jeux paralympiques de Tokyo, le 28 août 2021 (Behrouz MEHRI/AFP)

Ses célébrations lors de sa victoire 15-9 sur la Chinoise Zhou Jingjing, dans un remake de la finale de Rio, sont uniques: une explosion d'émotions au croisement du sautillement joyeux d'un enfant et du cri primal.

Sa passion s'étend hors des salles d'armes, où elle veut transmettre aux autres son exubérance pure, si bien décrite dans le documentaire acclamé "Rising Phoenix".

Elle est bien plus qu'une escrimeuse: elle est conférencière, autrice, actrice, animatrice de télévision, militante pour les personnes handicapées et promotrice du handisport.

Vio s'est pris de passion pour l'escrime à l'âge de cinq ans, mais six ans plus tard, on lui a diagnostiqué une méningite fulgurante.

Pour lui sauver la vie, il a fallu lui amputer les jambes et les avant-bras pour éviter une nécrose rampante. En seulement trois jours, l'infection fulgurante a bouleversé la vie d'une enfant insouciante, énergique et talentueuse.

Mais elle s'estime chanceuse - seuls 4% des personnes atteintes de cette souche de méningite survivent. Vio a été hospitalisée pendant trois mois et demi, subissant de multiples interventions chirurgicales, des greffes de peau et d'immenses douleurs. Elle a passé un an à réapprendre à marcher à l'aide de prothèses et retrouver des forces.

- "Croire en soi" -

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L'Italienne Beatrice Vio célèbre sa médaille d'or avec son entraîneur après sa victoire en finale des Jeux paralympiques de Tokyo face à la Chinoise Jingjing Zhou, au Makuhari Messe Hall de Chiba le 28 août 2021 (Behrouz MEHRI/AFP)

Elle s'est rapidement adaptée à la compétition en fauteuil roulant et, bien qu'elle soit la seule escrimeuse en fauteuil au monde sans bras ni jambes, elle s'est hissée au sommet de son sport.

"Je me suis rendu compte que j'aimais beaucoup plus l'escrime en fauteuil roulant que l'escrime debout", confie-t-elle.

"En escrime debout, si vous avez peur, vous pouvez vous reculer. Assise, vous ne pouvez pas vous échapper. Vous ne devez pas avoir peur."

Vio n'a pas participé aux Jeux de Londres en 2012, mais elle y a porté la torche paralympique, pour représenter le futur du mouvement. Son premier championnat du monde, elle l'a remporté en 2015, restant invaincue toute la saison.

Et à seulement 19 ans, elle a surpris la grande favorite Zhou pour remporter l'or lors de ses premiers Jeux paralympiques à Rio.

"Vous savez, il faut croire en soi", prêche-t-elle en serrant sa précieuse médaille d'or contre sa poitrine. "C'est mon message à tout le monde. Croyez-y et vous pourrez faire de grandes choses."

© 2021 AFP

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