Béatrice de Lavalette, la chevauchée d’une survivante des attentats de Bruxelles

Tokyo 2020

La cavalière franco-américaine Beatrice de Lavalette, survivante des attentats de Bruxelles en 2016, lors de son épreuve de dressage (grade II) des Jeux paralympiques de Tokyo, le 26 août 2021 (Behrouz MEHRI/AFP)
La cavalière franco-américaine Beatrice de Lavalette, survivante des attentats de Bruxelles en 2016, lors de son épreuve de dressage (grade II) des Jeux paralympiques de Tokyo, le 26 août 2021 (Behrouz MEHRI/AFP)

Tokyo (AFP)

Par Clément VARANGES

“Ça m’a aidée à m’accrocher de m’imaginer être ici. J’en rêvais”: survivante des attentats de Bruxelles en 2016, la cavalière franco-américaine Béatrice de Lavalette, 22 ans, s’est reconstruite avec en tête les Jeux paralympiques de Tokyo et grâce au lien avec sa jument, raconte-t-elle à l’AFP.

A 17 ans, tous les rêves que Béatrice de Lavalette s’était tissés ont volé en éclats dans l’aéroport de Bruxelles-Zaventem. En même temps que la bombe l’ayant laissée amputée des deux jambes, le corps brûlé à 35 %. Au total 32 personnes ont perdu la vie ce 22 mars 2016 entre les attentats de l’aéroport et de la station de métro Maelbeek.

“Le premier terroriste était juste à côté de moi, à quatre mètres, même pas. Quand la bombe a explosé, la force m’a cassé les jambes et fait voler dans les airs.” C’est ce dont elle se souvient avant de perdre conscience au comptoir de la compagnie Delta qui devait l’emmener en vacances en Floride.

Recommencer la vie depuis le début

Suivent quatre mois à l’unité de soins intensifs de l’hôpital de Louvain, “des mois très durs”. “J’ai recommencé la vie. Depuis le début.”

C’est dans sa chambre que naît l’ambition paralympique de “Béa”, cavalière depuis sa naissance en France ou presque. “J’ai été mise sur un cheval avant de pouvoir marcher, ça a toujours fait partie de ma vie”, raconte celle qui a grandi en région parisienne jusqu’à ses 14 ans.

Au cours d’une des visites à l’hôpital de l’ambassadrice américaine, les Jeux paralympiques sont abordés, cela devient une obsession. Au point de mettre aujourd’hui entre parenthèses ses études supérieures.

“On parlait de ce que je voulais refaire en sortant et les compétitions para-équestres sont venues dans la conversation. On s’est dit ensemble que je serais ici à Tokyo. C’est là que ça a commencé.”

Depuis, la Floridienne est passée proche jeudi d’une médaille lors du Grand Prix individuel de para-dressage (Grade II) avec son cheval Clarc, malgré le trac d’ouvrir l’épreuve.

Avec son score de 70,265%, elle a échoué à 2,5 points du bronze mais tient une nouvelle opportunité de podium lundi lors de la reprise libre, cinq ans après les Jeux de Rio... qu’elle regardait pendant sa rééducation. “Le moment où j’ai découvert le sport para-équestre, une révélation.”

Plus d’équilibre, plus de muscles

Béatrice de Lavalette, lors de son épreuve de dressage (grade II) aux Jeux paralympiques de Tokyo, le 26 août 2021  (Behrouz MEHRI/AFP)
Béatrice de Lavalette, lors de son épreuve de dressage (grade II) aux Jeux paralympiques de Tokyo, le 26 août 2021 (Behrouz MEHRI/AFP)

A tel point que cinq mois seulement après l’attentat, elle remonte à cheval, sur sa jument de l’époque, DeeDee, un moment fort: “On avait ce lien. Recommencer avec elle, c’était la meilleure chose possible.” Une épreuve aussi, après ce que son corps avait enduré.

“J’ai dû recommencer à zéro, je n’avais pas d’équilibre, pas de muscle, plus rien. Remonter a été difficile, mais c’était quelque chose que je voulais absolument refaire. Je me suis battu contre la douleur.”

Avec en tête la devise soufflée par le “chirurgien qui (lui) a sauvé la vie” le jour de l’attentat: “Ce qui compte, ce n’est pas ce qui t’est arrivé, mais ce que tu fais avec.”

En plus de concourir au plus haut niveau, Béatrice a ouvert un centre d’entraînement dédié au sport équestre avec son entraîneure Shayna Simon, pour initier les débutants, leur prêter des chevaux.

“Aider d’autres gens. Comme moi, j’ai été aidée”, résume-t-elle, se souvenant qu’à son retour en selle après l’attentat, il lui “fallait toute une équipe autour pour éviter de tomber”.

Désormais, elle foule seule le parc équestre des Jeux de Tokyo, déjà prête à se tourner vers son prochain grand objectif: Paris-2024 et ses épreuves de para-dressage programmées dans le décor majestueux du parc du château de Versailles.

A trois kilomètres seulement du Chesnay, là où cette fille d’un père franco-américain a grandi. “Pour moi ce sera un peu comme rentrer à la maison.”

© 2021 AFP

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