Paralympiques 2020 : Shingo Kunieda, l’envie de fédérer

Tokyo 2020 Sport

Tokyo, Japon | AFP

par Clément VARANGES

La quarantaine, un record de victoires en Grand Chelem et un contrat d’ambassadeur avec la marque de vêtements Uniqlo. Non, il n’est pas suisse mais japonais. Shingo Kunieda, médaillé d’or paralympique samedi, est la référence du tennis fauteuil.

« C’est un peu notre Federer, un exemple, un modèle pour tous », loue à l’AFP le Français Nicolas Peifer, sacré la veille en double à Tokyo.

Une anecdote répétée par les médias japonais veut qu’avant l’émergence de Kei Nishikori, à la question d’un journaliste nippon demandant à Roger Federer pourquoi l’archipel n’avait pas de joueur de classe mondiale, le Suisse avait répondu: « Il n’y a pas Shingo Kunieda ? ».

L’interrogation sera plus rare encore désormais parce que Kunieda a répondu aux attentes de tout un pays en conquérant samedi une troisième médaille d’or en simple.  

Depuis le début de la période olympique, le visage du joueur de 37 ans était placardé dans le tentaculaire réseau de métro de Tokyo et décliné selon ses partenaires, au nombre d’une douzaine.

Ces campagnes, associées à sa désignation comme capitaine de la délégation paralympique japonaise, en ont fait sans doute le para athlète le plus connu de l’archipel.

« Il y a beaucoup de pression mais si je gagne, je serai deux ou trois fois plus heureux. C’est ma motivation », livre le N.1 mondial japonais. Tout le pays a pu le voir fondre en larmes en s’enroulant dans le drapeau au disque rouge samedi en prime time sur la principale chaîne japonaise, NHK, où les larmes se sont aussi invitées en plateau.

« Montrer mon tennis aux Japonais »

« Je sais qu’il y a beaucoup de supporters devant leur télé, se réjouissait-il cette semaine. Je veux montrer mon tennis aux Japonais et au monde entier. C’est une énergie. » Sa démonstration face au Néerlandais Tom Egberink, balayé 6-1, 6-2 en finale, le confirme.

Paraplégique depuis ses neuf ans en raison d’une tumeur à la moelle épinière, le joueur aux 45 titres du Grand Chelem (dont 24 en simple) a tout gagné… ou presque.

A la différence de Federer, Wimbledon s’est toujours refusé à lui. Shingo Kunieda est moins à l’aise sur le gazon qui ruine le rendement des roues: il lui faut trois ou quatre poussées là où une seule suffit sur dur.

C’est bien le seul trophée majeur manquant à son palmarès XXL, comprenant une médaille d’or paralympique en double, et trois en simple dont une à Londres en 2012… sur le dur d’Eton Manor et non sur le gazon de Wimbledon ayant sacré Andy Murray champion olympique.

Il s’était imposé face au Français Stéphane Houdet, admiratif du Japonais avec lequel il a remporté neuf titres du Grand Chelem en double. « C’est lui qui a professionnalisé ce sport. Lui qui a amené une dimension globale, de la préparation physique, tennistique, un entourage professionnel », énumère à l’AFP le champion paralympique en double à Tokyo. « C’est un joueur de tennis, au même titre que les grands noms que tout le monde connaît. »

Aux neuf membres de l’encadrement technique de l’équipe japonaise de para tennis, Shingo Kunieda a d’ailleurs adjoint deux personnes de sa propre équipe, comme une star de la balle jaune.

La comparaison avec Federer le contente. « C’est mon idole », lâche-t-il. « J’ai aimé le tennis davantage grâce à lui. » Les deux hommes ont même échangé récemment: « Il m’a donné des conseils le mois dernier », détaille-t-il. Peut-être que le Suisse serait lui aussi preneur de quelques-uns des siens pour décrocher le titre en simple aux Jeux.

© Agence France-Presse

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