Hakuhô, le géant qui a terrassé les records du sumo, prendra sa retraite

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Tokyo, Japon | AFP

par Mathias CENA

Son palmarès en fait le plus grand yokozuna (grand champion) de l’histoire du sumo: le lutteur d’origine mongole Hakuhô, qui a mis fin lundi à sa carrière à l’âge de 36 ans, se consacrera désormais à former de jeunes talents.

Le grand champion (yokozuna) de sumo Hakuhô à Tokyo le 8 janvier 2019 (AFP).
Le grand champion (yokozuna) de sumo Hakuhô à Tokyo le 8 janvier 2019 (AFP).

En vingt années passées à arpenter les dohyô (monticules d’argile où ont lieu les combats), il a battu quasiment tous les records de ce sport traditionnel japonais: plus grand nombre de tournois remportés (45), de combats gagnés dans une carrière (1 187) et sur une année (86 sur 90 en 2009).

Un seul record lui échappera: celui de la plus grande série de combats victorieux, établi à 69 dans les années 1930. Hakuhô a échoué d’une courte tête, à 63.

Le yokozuna a choisi de demeurer dans le monde du sumo comme entraîneur après sa retraite sportive, ayant acquis en 2019 la nationalité japonaise, condition indispensable pour prendre les commandes d’une heya (centre d’entraînement et de vie) au sein de l’Association japonaise de sumo (AJS).

Il était déjà investi depuis longtemps dans la découverte et la formation de nouveaux talents, lançant dès 2011 la “Coupe Hakuhô”, tournoi annuel permettant à des enfants de s’affronter sous les yeux des plus grands de la discipline nippone.

Plusieurs jeunes recrues qu’il a prises sous son aile sont devenues des rikishi (nom donné aux lutteurs) de haut niveau, qui l’accompagneront dans sa nouvelle heya.

Frêle à ses débuts

Lui-même n’était pas destiné au sumo : son père, champion de lutte mongole devenu le premier médaillé olympique de l’histoire de son pays aux Jeux de 1968, voulait en faire un judoka.

Mais le jeune Munkhbat Davaajargal était davantage fasciné par les rikishi, dont les photographies ornaient les pages des magazines de sumo qu’il dévorait.

Le grand champion de sumo (yokozuna) Hakuhô après sa victoire finale contre Terunofuji dans un tournoi le 18 juillet 2021 à Nagoya (AFP).
Le grand champion de sumo (yokozuna) Hakuhô après sa victoire finale contre Terunofuji dans un tournoi le 18 juillet 2021 à Nagoya (AFP).

Il débarque au Japon en 2000, à 15 ans, et son physique à l’époque (1,75 m pour 62 kg) semble si peu prometteur qu’il a d’abord du mal à être recruté dans une heya. Personne ne voulait d’un gamin “pâle et maigrichon comme moi”, écrit-il dans son autobiographie parue en 2015.

Le jeune homme monte pour la première fois sur le dohyô en 2001, sous le nom de lutteur “Haku-hô”, dont le deuxième caractère, désignant un oiseau de la mythologie chinoise, est emprunté au nom du yokozuna Taihô, légende des années 1960.

A force de keiko - l’exténuant entraînement matinal quotidien - et de chanko, les repas pantagruéliques des sumotoris, il améliore sa technique et sculpte son corps, atteignant 1,92 m pour 158 kg, et gravit les divisions du classement, jusqu’à atteindre en 2007 le rang suprême de yokozuna.

Un champion souvent décrié

Sa rivalité féroce avec l’autre yokozuna de l’époque, son compatriote Asashôryû, puis son règne sans partage quand celui-ci est forcé à la démission en 2010, laissent peu de place aux lutteurs japonais: aucun des six tournois annuels ne sera remporté par un champion “maison” entre janvier 2006 et janvier 2016.

Beaucoup de fans japonais se détournent alors du sumo, par ailleurs secoué par divers scandales.

La domination de Hakuhô n’est pas du goût de tous: une partie des fans et certains membres de l’AJS, dont les critiques sont abondamment relayées par les tabloïds japonais, lui reprochent son attitude bravache sur le dohyô, ses gestes de triomphe lorsqu’il reçoit les liasses d’enveloppes remises au vainqueur d’un combat ou ses gifles aux adversaires, autant de faits jugés indignes d’un yokozuna.

Le grand champion de sumo (yokozuna) Hakuhô à l'entraînement le 7 juillet 2014 à Nagoya (AFP).
Le grand champion de sumo (yokozuna) Hakuhô à l’entraînement le 7 juillet 2014 à Nagoya (AFP).

Fin 2017, il est conspué lorsqu’il conteste l’issue d’un combat, une attitude inouïe alors que les lutteurs ne sont censés montrer aucune émotion et encore moins protester. “Il est clair qu’il n’a rien compris à l’esprit du sumo japonais”, tacle alors Mainoumi, ancien lutteur devenu commentateur à la télévision.

N’ayant plus grand-chose à prouver et son corps accumulant les blessures, Hakuhô manquait de nombreux tournois depuis quelques années, ce qui lui avait aussi valu critiques et rappels à l’ordre.

Seul au sommet depuis la retraite d’un autre yokozuna, Kakuryû, en mars, Hakuhô semblait attendre l’occasion de passer le relais. Le moment est arrivé: un autre lutteur d’origine mongole, Terunofuji, a été sacré yokozuna en juillet et vient de remporter le tournoi d’automne.

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