Le shôgi, les échecs japonais, sous le charme d’un jeune prodige

Culture Divertissement

Tokyo, Japon | AFP

par Andrew MCKIRDY

Le shôgi, variante japonaise du jeu d’échecs, s’est trouvé une idole pour dépoussiérer son image et revenir à la mode: un joueur adolescent à l’air gauche mais pulvérisant des records de précocité, au point d’être devenu un phénomène national.

Fujii Sôta est devenu en juillet le plus jeune joueur de l’histoire à atteindre le neuvième “dan”, le niveau suprême du shôgi, juste avant de fêter ses 19 ans. Et en septembre, il est devenu le plus jeune joueur à détenir trois titres majeurs du circuit.

Le joueur de shôgi Fujii Sôta, le 7 octobre 2021 à Tokyo (AFP).
Le joueur de shôgi Fujii Sôta, le 7 octobre 2021 à Tokyo (AFP).

Le petit monde du shôgi savoure ce vent de fraîcheur. Avant que Fujii Sôta ne crève l’écran “il n’y avait que les passionnés” qui suivaient ce jeu, “mais maintenant les journaux télévisés font des reportages sur le shôgi et cela a attiré de nouveaux fans”, se félicite Nakamura Taichi, un joueur professionnel de 33 ans interrogé par l’AFP.

Par exemple, “le public féminin pour le shôgi n’avait jamais été très conséquent. Mais depuis que Fujii Sôta est apparu, beaucoup de femmes s’y intéressent”, relève-t-il.

L’originalité de ce champion précoce a attiré un nouveau public moins intéressé par les subtilités du shôgi que par les joueurs eux-mêmes, toujours selon M. Nakamura.

“Les gens ont commencé à apprécier les matches sur la base de l’histoire personnelle” de chaque joueur, estime-t-il.

Un joueur de shôgi, le 27 septembre 2021 à Tokyo (AFP).
Un joueur de shôgi, le 27 septembre 2021 à Tokyo (AFP).

Pas une idole classique

Avec ses cheveux ébouriffés, son sourire maladroit et sa voix haut perchée, Fujii Sôta n’a rien d’une idole japonaise ordinaire.

Mais son visage a envahi les médias nippons, et ses moindres faits et gestes font parler: dès qu’il déguste ses gâteaux favoris pendant un match, ils s’arrachent dans les magasins.
“Je n’accorde pas tellement d’attention aux titres”, a déclaré le jeune prodige après une récente victoire. “Ce qui m’importe le plus, c’est de voir jusqu’à quel point je peux devenir fort”.

Cours de shôgi à Kashiwa, dans la banlieue de Tokyo, le 3 octobre 2021 (AFP).
Cours de shôgi à Kashiwa, dans la banlieue de Tokyo, le 3 octobre 2021 (AFP).

Le shôgi (le “jeu des généraux” en japonais) se joue sur un plateau en bois quadrillé, et existe dans sa version actuelle depuis 400 ans environ.

Les règles ressemblent à celles des échecs, mais il y a une différence fondamentale: les pièces capturées ne sont pas éliminées mais peuvent être remises dans le jeu en changeant de camp, comme des mercenaires au temps du Japon féodal.

“Je joue au shôgi depuis plus de 50 ans maintenant, et je ne m’en suis jamais lassé”, confie Ishida Kazuo, un ancien joueur professionnel de 74 ans qui avait atteint le 9e dan.

“C’est parce que c’est un jeu d’une variété infinie. On ne fait jamais la même partie deux fois”.

Le professeur de shôgi Ishida Kazuo (à droite) donne un cours à un enfant, le 3 octobre 2021 à Kashiwa, dans la banlieue de Tokyo (AFP).
Le professeur de shôgi Ishida Kazuo (à droite) donne un cours à un enfant, le 3 octobre 2021 à Kashiwa, dans la banlieue de Tokyo (AFP).

Vraiment cool

Un apprenti doit atteindre le 4e dan avant ses 26 ans s’il veut devenir professionnel (Fujii Sôta l’est devenu à 14 ans). Il existe environ 160 joueurs pros actifs au Japon aujourd’hui.

Des mangas et des dessins animés sur le thème du shôgi ont aussi contribué à doper la popularité du sport ces dernières années.

Une pièce de shôgi, le “jeu des généraux”
Une pièce de shôgi, le “jeu des généraux”

Par ailleurs, Fujii Sôta n’est pas la première superstar que le shôgi ait produit.
Un autre phénomène de précocité et de records, Habu Yoshiharu, a obtenu son premier titre majeur à 19 ans en 1989. Puis entre 1995 et 1996, il a remporté d’affilée les sept tournois majeurs qui existaient alors (il y en a huit aujourd’hui). Cet exploit sans précédent, équivalent du Grand Chelem en tennis, n’a jamais été réédité depuis.

M. Ishida pense que Fujii Sôta est actuellement plus fort que Yoshiharu Habu ne l’a jamais été, mais il doute de sa capacité à durer au sommet aussi longtemps que son aîné.

En attendant, la “Fujiimania” bat son plein, y compris chez les enfants à qui M. Ishida enseigne le shôgi le week-end à Kashiwa, près de Tokyo.

“Fujii Sôta est vraiment cool” s’extasie Ishikawa Sôichi, 7 ans, à peine audible dans le vacarme des innombrables pièces de shôgi en train d’être manipulées dans la salle. “Je veux devenir un joueur professionnel quand je serai grand”.

Des élèves jouent au shôgi dans une école de Kashiwa, dans la banlieue de Tokyo, le 3 octobre 2021 (AFP).
Des élèves jouent au shôgi dans une école de Kashiwa, dans la banlieue de Tokyo, le 3 octobre 2021 (AFP).

© Agence France-Presse

culture jeu shôgi AFP