D’anciennes zones contaminées de Fukushima accueille à nouveau les habitants

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Après avoir été vidée de sa population il y a 8 ans, après la catastrophe de Fukushima, l’ordre d’évacuation de la municipalité d’Ôkuma est partiellement levé à partir du 10 avril 2019. Malgré les nombreux paysages de désolation encore présents, le cœur de la région recommence à battre. Reportage de Shimizu Toshihiro, Fuji News Network.

De lugubres sacs noirs

Nous voici à Ôkuma, une municipalité de la préfecture de Fukushima, la où se trouve la centrale nucléaire. De grands et lugubres sacs noirs hauts de près d’un mètre sont entassés çà et là. Ils contiennent le résultat des efforts faits pour retirer la couche superficielle de sol contaminé.

Les sacs noirs omniprésents dans les zone habitables
Les sacs noirs omniprésents dans les zone habitables

Que faire de ces sacs ? Personne n’en a une idée claire… Appelés flexible container bags, ils sont remplis d’environ une tonne de terre, et sont parfois laissés à proximité de l’endroit décontaminé. On peut également les voir recouverts de bâches vertes en plastique.

Mais cela ne veut pas dire pour autant que le niveau de radiation y est encore élevé dans la zone. Au contraire, il ne diffère pas du reste du Japon sur presque tout le territoire de Fukushima… Néanmoins, le travail de décontamination a été mené dans une zone très étendue afin de restaurer un sentiment de confiance et de sécurité chez les habitants, et de contribuer à taire les rumeurs. Voici comment expliquer la présence des sacs noirs.

Des sacs noirs le long d’une route
Des sacs noirs le long d’une route

Chaque fois que j’allais enquêter à Fukushima, les habitants me disaient que la présence de ces sacs leur paraissait sinistre. Mais comme personne ne savait comment traiter la terre contaminée qu’ils contiennent, leur quantité ne cessait de grandir…

Huit ans après le désastre, il semble cependant que le nombre de ces sacs disséminés un peu partout commence à décroître petit à petit. Une partie d’entre eux ont en effet été transportés dans les installations de stockage intermédiaire qui ont été créées.

Y a-t-il moins de sacs dans les rues et sur les routes ?
Y a-t-il moins de sacs dans les rues et sur les routes ?

Il a été décidé que ces installations de stockage intermédiaire, destinées à gérer et conserver la terre partiellement contaminée jusqu’à ce que son traitement final soit déterminé, seraient localisées sur le territoire d’Ôkuma et Futaba, lieu de l’implantation de la centrale nucléaire de Fukushima. Ses installations commencent aussi à être présentes dans les zones dites « d’interdiction indéfinie d’habitation, avec taux de radioactivité élevé » (voir la carte).

À Ôkuma en janvier 2019, on pouvait apercevoir une cavité massive en béton qui ressemblait à un barrage, située dans un endroit où il y avait autrefois des maisons et des champs. L’immense trou excavé sera comblé par les sacs de terre contaminée, et il y aura en tout dix installations de ce type. Lors de mon reportage, la terre entreposée correspondait à une surface de 6 hectares.

L’objectif pour 2019 est d’y stocker l’équivalent de 400 hectares, puis de 500 à 1 250 hectares en 2020, sur une surface totale équivalente à 10 stades !

Les sacs remplis de terre contaminée arrivent graduellement.
Les sacs remplis de terre contaminée arrivent graduellement.

Les maisons qui se trouvaient là autrefois (la prise de vue date de mai 2017) ont été détruites. (photo avec l’aimable autorisation du ministère de l’Environnement).
Les maisons qui se trouvaient là autrefois (la prise de vue date de mai 2017) ont été détruites. (Photo avec l’aimable autorisation du ministère de l’Environnement)

Une installation de stockage intermédiaire (photo prise en janvier 2019, et fournie avec l’aimable autorisation du ministère de l’Environnement)
Une installation de stockage intermédiaire (Photo prise en janvier 2019, et fournie avec l’aimable autorisation du ministère de l’Environnement)

Les opérations semblent suivre leur cours, mais de nombreuses questions demeurent. Si l’on parle de « stockage intermédiaire », qu’en est-il du traitement final de la couche de sol prélevé ? Rien n’est encore décidé… De plus, les habitants subissent les inconvénients du transport de grandes quantités de terre, qui commence à poser des problèmes de circulation dans la région.

Après chaque enquête de terrain, un examen attentif de la semelle des chaussures est effectuée pour vérifier si des matière radioactives ne s’y sont pas fixées.
Après chaque enquête de terrain, un examen attentif de la semelle des chaussures est effectuée pour vérifier si des matières radioactives ne s’y sont pas fixées.

L’odeur de bois des maisons nouvellement construites

Si les zones où l’ordre d’évacuation a été levé depuis le 10 avril couvrent 40 % de la surface de la municipalité d’Ôkuma, seulement 4 % de la population y vivaient avant la catastrophe. La majorité des habitants ne peuvent donc toujours pas regagner leurs logements... Mais tout n'est pas sombre pour autant. Un peu de lumière a commencé à poindre dans les zones où les radiations sont faibles.

De nouvelles maisons sont en construction dans la zone de Ôgawara, désignée comme « base de reconstruction » : 40 logements de 5 pièces avec une surface de 82 mètres carrés, et 10 de 4 pièces avec une surface de 67 mètres carrés. Un agréable parfum de bois de construction flotte dans l’air alentour.

Une reconstruction dynamique
Une reconstruction dynamique

Étant donné que cette zone a été définie comme  « zone d’interdiction provisoire d’habitation », il était toujours impossible d’y passer la nuit quand j’y suis allé. Il paraîtrait que plus de 60 familles avaient postulé pour s’installer dans les 50 logements qui y sont bâtis en ce moment. La procédure mise en place pour sélectionner les nouveaux habitants se fait par tirage au sort.

D’après le responsable de la mairie d’Ôkuma, une des familles choisies a un enfant en âge d’être à l’école primaire. Comme il n’y a bien sûr pas d’établissement à proximité, ses parents prévoient de l’emmener chaque jour en voiture à l’école de Tomioka, le bourg voisin. Cela limitera peut-être les possibilités pour cet enfant de participer à la vie scolaire, mais il affirme se réjouir d’emménager à Ôkuma, car il rêve de fréquenter plus tard le lycée Mirai Futaba. Créé à Hirono, un bourg du canton de Futaba, par la préfecture de Fukushima en avril 2015, avec l’aide de personnalités connues de différents domaines, ce lycée se donne pour mission d’« offrir une éducation exceptionnelle dans un environnement exceptionnel ». Le collège du même établissement a ouvert ses portes en cet avril également.

La construction d’autres logements est programmée, ainsi que l’ouverture d’installations commerciales (supermarché et autres) et celle d’un hôtel. L’objectif est tout d’abord d’accueillir ici 100 familles, et porter à 2 600 le nombre d’habitants de la zone déclarée à nouveau habitable.

Un restaurant a déjà ouvert à proximité. Actuellement, ses clients sont avant tout des ouvriers du bâtiment et des employés de la mairie, mais il est appelé à jouer un rôle central dans la vie locale.

Ōkuma Shokudō, le nouveau restaurant spacieux, comporte un comptoir de vente à emporter.
Ôkuma shokudô, le nouveau restaurant spacieux, comporte un comptoir de vente à emporter.

La nouvelle mairie en construction à proximité des logements dans la zone de reconstruction doit ouvrir au mois de mai. Par le passé, les employés municipaux qui ont dû trouver refuge ailleurs après la catastrophe ont souvent affronté la colère des habitants qui doutaient de leur retour ici. C’est, disent-ils, ce qui a été le plus difficile. Mais maintenant qu’ils ont surmonté cette phase, plus rien ne leur fait peur. Immédiatement après la catastrophe, ils ont travaillé jour et nuit pour aider les habitants du bourg et les dernières huit années sont passées très vite pour eux.

Fukushima progresse, un pas à la fois, sortant de l'ombre pour apparaître à la lumière...

La « brigade des vieux » formée par des anciens employés municipaux et d’autres retraités qui se sont occupés du bourg déserté. Ils ont toujours cru en la possibilité d’y revenir un jour. En mars, leur mission est accomplie. La nouvelle mairie se dresse derrière eux.
La « brigade des vieux », formée par des anciens employés municipaux et d’autres retraités qui se sont occupés du bourg déserté. Ils ont toujours cru en la possibilité d’y revenir un jour. En mars, leur mission est accomplie. La nouvelle mairie se dresse derrière eux.

(D’après la diffusion sur Prime Online du 11 mars 2019 . Reportage et texte de Fuji TV News)

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