Quand la communauté africaine se rue dans un salon de coiffure japonais

Vie quotidienne

Un petit salon de coiffure est devenu très à la mode parmi la communauté africaine au Japon. Sa clientèle a doublé en quelques années. Il se situe à Sagamihara, dans la préfecture de Kanagawa. Reportage de Fuji News Network.

On y vient de loin

Kami Zaurus est un tout petit salon de coiffure pour hommes situé près de la gare de Sôbudai-mae, à Sagamihara, préfecture de Kanagawa, avec un espace si exigu qu’il ne peut s’occuper que de cinq clients à la fois au maximum... C’est dans ce lieu d’apparence très ordinaire que l’on y voit défiler des clients africains. Mais pour quelle raison ? 

Kami Zaurus, coiffure pour hommes à Sôbudai-mae à Sagamihara
Kami Zaurus, coiffure pour hommes près de la gare de Sôbudai-mae, à Sagamihara

Deux clients étrangers se font couper les cheveux.
Deux clients étrangers se font couper les cheveux.

Deux autres clients attendent leur tour.
Deux autres clients attendent leur tour.

Les clients arrivent l’un après l’autre, le salon ne désemplit pas.
Les clients arrivent l’un après l’autre, le salon ne désemplit pas.

Matsuda Kyôko, gérante de Kami Zaurus, explique que le nombre de clients d’origine africaine, du Nigeria, du Mali, du Ghana ou de Tanzanie, a presque doublé par rapport à il y a quelques années. Certains font le déplacement depuis des lieux éloignés comme Ômiya, Yamanashi, Chiba ou Yokosuka, au point que la main d’œuvre ne suit pas. Le salon étudie la possibilité d’employer de nouveaux spécialistes pour satisfaire la demande. Pourquoi les étrangers d’origine africaine viennent-ils jusqu’à Kami Zaurus pour se faire couper les cheveux ? La réponse tient à une technique irréprochable et un service extrêmement soigné.

Matsuda Kyôko, gérante de Kami Zaurus
Matsuda Kyôko, gérante de Kami Zaurus

Une technique et des outils spécifiques

Abu, citoyen malien de 45 ans, résident au Japon depuis 10 ans, déclare : « La nature des cheveux des Africains est très différente de celle des Japonais, et donc la méthode des coiffeurs de mon pays n’a rien à voir avec celle d’ici. Mais dans ce salon, à la différence des autres salons de coiffure pour hommes du Japon, le personnel connaît bien la façon de couper nos cheveux. Ça change tout ! »

Abu : « Le personnel connaît bien la façon de couper nos cheveux »
Abu : « Le personnel connaît bien la façon de couper nos cheveux »

En effet, les cheveux des Africains sont beaucoup plus bouclés, durs et emmêlés que les cheveux de la majorité des Japonais. Il est très difficile de les couper avec le matériel ordinaire ou la technique des salons locaux. Les Africains se voient souvent refuser par les salons ordinaires, non habitués à cette technique.

Jemah (27 ans), du Nigeria, qui en est déjà à sa quatrième visite chez Kami Zaurus depuis son arrivée au Japon il y a 4 mois, a bien voulu se laisser filmer pendant qu’on lui coupait les cheveux.

Jemah, nigérien installé au Japon depuis 4 mois
Jemah, nigérien installé au Japon depuis 4 mois

 Le coiffeur démêle les cheveux au peigne.
Le coiffeur démêle les cheveux au peigne.

Le coiffeur commente : « Au premier coup d’œil comme ça, vous pourriez penser qu’il a déjà les cheveux rasés, mais en fait, c’est parce qu’ils sont très emmêlés. En réalité, ses cheveux font déjà 3 ou 4 cm de long. Si vous ne commencez pas par un démêlage, impossible de faire une coupe correcte. »

Le coiffeur démarre à la tondeuse puis affine la coupe en changeant plusieurs fois de type de lame. Ce salon utilise des tondeuses de marques américaines à profondeur de coupe calibrée jusqu’à 0,1 mm.

« Les cheveux des Japonais sont à la base dressés sur le cuir chevelu. Ceux des Africains sont par contre presque couchés. Ils poussent dans toutes les directions, il faut donc varier les angles d’attaque pour bien couper. L’angle par lequel vous dirigez votre instrument détermine la longueur de coupe, c’est pourquoi il faut jouer avec toute sorte de lames différentes. »

Pour cette coupe, le coiffeur change sept fois de tondeuse. « C’est comme un peintre qui utilise plusieurs pinceaux ! »
Pour cette coupe, le coiffeur change sept fois de tondeuse. « C’est comme un peintre qui utilise plusieurs pinceaux ! »

Ce n’est pas tout. Une fois les cheveux coupés, le front est terminé au rasoir de façon à dessiner une ligne parfaitement droite. « Les clients y tiennent absolument, c’est un point essentiel pour eux. »

La coupe complète prend environ 1 heure. L’impression est bien plus nette et forte qu’avant.
La coupe complète prend environ 1 heure. L’impression est bien plus nette et forte qu’avant.

Jemah est satisfait : « La ligne est très bien »
Jemah est satisfait : « La ligne est très bien »

Les jeunes très attirés par le salon

La coupe très courte n’est pas la seule spécialité du salon. Celui-ci attire aussi une jeune génération à la recherche d’un nouveau look. Bazley Justin-Shô (18 ans), dont le père est américain et la mère japonaise, vient pour se faire faire la coupe de Hachimura Rui, la star du basket-ball, qui joue en NBA.

« Je veux être bien rasé sur les côtés, mais je ne trouve personne qui sache faire ça proprement », dit-il.
« Je veux être bien rasé sur les côtés, mais je ne trouve personne qui sache faire ça proprement », dit-il.

Au final : « C’est parfait ! Ça faisait longtemps que je voulais me faire la coupe de Hachimura, c’est super cool ! »
Le jeune Justin-Shô a également l’air d’être content du résultat final. 

Une réputation qui se répand par bouche-à-oreilles et réseaux sociaux

Comment le salon Kami Zaurus de Sôbudai-mae a-t-il gagné cette réputation ? Le district Minami-ku de Sagamihara se trouve à proximité de la base militaire américaine Camp Zama. En 2007, un ancien technicien de Camp Zama a rejoint l’équipe des coiffeurs du salon, et c’est à partir de ce moment que le fameux lieu a établi sa réputation.

Le reste s’est fait par bouche à oreilles. Par exemple, Ebo, français de parents nigérians, est un client assidu du salon depuis des années. Séduit par la technique et le service, il a recommandé le salon à plus de vingt collègues sur son lieu de travail.

Goddy Evo
Ebo, Français de parents nigérians

Arrivé au Japon l’année dernière, Alonte Washington, un Américain de 23 ans, est venu au salon pour la première fois fin juin dernier, sur la recommandation d’un ami. Il était tellement satisfait qu’il a présenté le salon sur les réseaux sociaux, et passé l’information à plus d’une cinquantaine d’amis en quinze jours.

Alonte Washington, 23 ans, de Chicago, déclare : « Ici, ils vous font exactement la coupe que vous désirez ! »
Alonte Washington, de Chicago, déclare : « Ici, ils vous font exactement la coupe que vous désirez ! »

(D’après la diffusion sur Prime News Alpha de FNN du 9 juillet 2019. Reportage et texte de Fuji TV News)

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