« Dois-je évacuer ou pas ? » : comment gérer la venue d’une catastrophe naturelle en évitant l’infection au Covid-19 au Japon

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La saison des pluies provoque de fortes précipitations sur l’Archipel, souvent synonymes de dégâts majeurs et parfois meurtriers. Cette année, qui n’y fait pas exception comme les terribles inondations qui ont touché la préfecture de Kumamoto les 4 et 5 juillet, voit malheureusement s'ajouter l'épidémie toujours active de coronavirus. Comment échapper à un désastre naturel tant en évitant le risque de contamination ? À cette question que chaque résident au Japon se pose, un journaliste spécialisé dans la prévention tente de nous apporter des réponses claires.

Alors que l'épidémie de coronavirus continue de faire rage au Japon et qu’une deuxième vague est à craindre, quelles sont les mesures à prendre si une catastrophe naturelle survient en plein dans cette crise sanitaire ?

Ajoutons que, même si les résidents au Japon savent bien que des tremblements de terre peuvent se produire à tout moment et n’importe où sur le territoire, les secousses se succédant depuis le mois d’avril font monter le taux dangoisse quant à une possibilité imminente de devoir évacuer son habitation.

« J’ai peur de sortir de chez moi, alors peut-être vaut-il mieux rester là où je suis… », « Si je vais me réfugier dans un endroit où il y a beaucoup de monde, je risque d'être contaminé, non ? », « Si je suis déjà contaminé mais asymptomatique, d’autres personnes peuvent être infectées à cause de moi. » « En cas d'évacuation, que dois-je emporter avec moi en ces temps d'épidémie ? » Tout autant de questions qui peuvent traverser l’esprit…

Voici donc quelques réponses en se basant sur les informations données par le gouvernement aux particuliers et aux collectivités locales.

Même si vous êtes inquiet en raison du virus, pas d’hésitation, on évacue

La sécurité du moment présent doit primer avant tout, même si vous êtes inquiété par le coronavirus. En cas de catastrophe, « si vous vous trouvez dans un endroit dangereux, évacuez sans hésiter » ; tel est le message du gouvernement à la population.

De plus, en japonais, le mot « évacuation », qui se dit hinan 避難 se compose de deux idéogrammes kanji signifiant « éviter » (hi, 避) et « difficultés » (nan, 難). Et c’est bien ce dont il s’agit, éviter de se retrouver dans une situation difficile. Si votre domicile est un endroit sûr, vous n’avez besoin d'évacuer nulle part, « rester chez soi » est également « un lieu d'évacuation » possible. En revanche, si votre domicile ne peut être envisagé comme site d'évacuation car devenu trop dangereux, le gouvernement appelle à la « répartition des sites d'évacuation » et recommande de trouver refuge chez des proches ou des amis.

Regarder la carte des risques naturels de sa région

En cas de catastrophe, « protéger sa vie soi-même » étant une chose fondamentale, il est important de confirmer d’abord la sûreté de son domicile.

Première chose que vous pouvez faire : visualiser la carte des risques naturels de votre région (hazard map) qui indiquent grâce à un code couleurs les probabilités des différentes catastrophes naturelles dans la zone donnée. En se basant sur celle-ci, vous pouvez vérifier la capacité de résistance aux désastres de votre habitation, si votre domicile répond bien aux normes antisismiques en vigueur, et s’il sera résistant en cas de glissement de terrain, en cas de tsunami ou de typhon par exemple.

De plus, si un membre de votre entourage est hospitalisé car il a été contaminé par le coronavirus, confirmez la sûreté de la situation géographique de l'établissement où la personne a été admise et si un plan d'évacuation est prévu en cas de besoin. Si elle reçoit des soins à domicile et qu’elle n’est pas en mesure de se rendre sur le site d'évacuation prévu, il faudrait par exemple consulter le centre d’assistance sanitaire le plus proche pour envisager les mesures adéquates. Ce sont tout autant de précautions qui vous permettront de garder la tête froide en cas de catastrophe naturelle.

Catastrophe naturelle + épidémie : que prendre avec soi ?

Si en pleine épidemie de Covid-19 une catastrophe naturelle menace votre domicile et vous pousse à évacuer, que faut-il faire pour ne pas contaminer d’autres personnes ou soi-même jusqu'à ce que le risque de catastrophe disparaisse ? Appliquer les mesures qui ont été prises jusqu'à présent est la seule chose que nous puissions faire à l’heure actuelle.

À l’heure où subsiste encore de nombreuses zones d’ombre sur ce virus, la seule chose à faire est d’appliquer les mesures prises jusqu'à présent. Ainsi, en plus des effets personnels préparés en cas d’urgence, le gouvernement appelle la population à prévoir des masques, un désinfectant et un thermomètre.

Si vous n’avez pas de masques, une grande serviette permettant de vous couvrir le nez et la bouche fera parfaitement l’affaire. De même pour le désinfectant, vous pouvez le remplacer par des lingettes nettoyantes.

Vous pouvez également prévoir vos propres chaussons et votre propre savon. Afin de diminuer le risque d’infection, il est recommandé d’en faire une utilisation individuelle.

Sur le site d'évacuation, les personnes sinistrées sont actuellement réparties selon les critères suivants : la température corporelle et la présentation ou non de symptômes.

Sur place, essayez de bien aérer les lieux, et parlez tout en maintenant une distance sociale de deux mètres au moins et toussez dans votre coude ou dans un mouchoir.

Avant les repas, après être allé aux toilettes ou après avoir touché une porte ou une poignée de porte, n’oubliez surtout pas de vous laver les mains ou de les désinfecter. En cas de fièvre ou de variation de votre température corporelle, n’attendez pas et signalez-le à la personne responsable de votre lieu d'évacuation.

Par ailleurs, les autorités appellent les personnes qui par peur du coronavirus préfèrent passer la nuit dans leur voiture, à ne pas prendre le syndrome de la classe économique à la légère et donc éviter les stations assises prolongées dans leur véhicule. Elles recommandent également de s’hydrater régulièrement.

Mise en place par les autorités locales de mesures de prévention des infections

Un centre d’évacuation après le tremblement de terre du Tohoku en 2011
Un centre d'évacuation après le Grand tremblement de terre de l’Est du Japon le 11 mars 2011.

D’autre part, pour lutter contre le coronavirus, dans le cas de sites d'évacuation dépendant des municipalités, le gouvernement sépare les personnes saines de celles présentant des symptômes et les répartissent dans des espaces qui leur sont exclusivement réservés tels que des gymnases ou des salles de classe.

En plus des kits de survie habituels fournis sur place, les autorités locales appellent à la distribution de parois afin d’isoler les groupes ainsi que de cartons pour que ces derniers ne soient pas assis à même le sol.

Formation à la gestion d’un site d’évacuation dans la ville de Mashiki, dans la préfecture de Kumamoto  (mai 2020)
Formation à la gestion d’un site d'évacuation dans la ville de Mashiki, dans la préfecture de Kumamoto (mai 2020)

Par ailleurs, afin de garantir aux personnes non infectées de pouvoir évacuer en toute sécurité, les autorités locales n’attendent pas qu’une catastrophe se produise pour prendre des mesures. Elles se préparent notamment à la réquisition d’endroits sûrs tels que des hôtels comme sites d'évacuation d’urgence.

C’est pour faire face à ces nouvelles nécessités, luttant contre un virus invisible, que les collectivités locales multiplient les efforts pour aménager leurs centres de refuge.

Espérons sincèrement que la mise en place d’un site d'évacuation adapté aux risques menaçant sa région et de mesures de prévention contre les infections permettront d’apaiser les inquiétudes de certains mais également de les protéger de possibles dangers.

(Texte de Nagasaka Tetsuo, journaliste spécialisé dans la prévention des catastrophes météorologiques. D’après la diffusion sur Prime Online du 9 juin 2020)

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