Nouvelle loi sur le harcèlement professionnel au Japon : victime ou témoin, comment agir ?

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Une nouvelle loi au Japon contre le harcèlement et les abus de pouvoir est effective depuis le 1er juin 2020 dans les grandes compagnies. Les patrons seront désormais dans l’obligation de recevoir leurs employés s’ils se disent victimes de telles pratiques, de rester à leur écoute et de prendre des mesures adéquates pour résoudre ces problèmes. Les employés pourront également bénéficier d’un suivi. Mettons-nous maintenant dans une situation concrète. Que faudrait-il faire si l’on est témoin ou victime de ce comportement ? Un avocat spécialiste nous donne des solutions.

Entendre son patron s’adresser violemment à un subordonné est déprimant, et le simple fait de travailler dans la même entreprise le devient tout autant. Témoin des attaques qui visent votre collègue, vous ne voulez pas rester les bras croisés et souhaitez faire quelque chose pour améliorer. Voici quelques conseils pour vous aider.

Tout d’abord, quels sont les comportements qui relèvent du harcèlement professionnel ? À qui s’adresser et comment signaler un comportement présentant les caractéristiques du harcèlement professionnel ? L’avocat Sasayama Naoto, qui a écrit de nombreux ouvrages sur le sujet, nous donne des clés pour venir aux personnes victimes de ces attitudes néfastes au Japon.

S’adresser directement au supérieur du harceleur

« Si le comportement de votre patron à votre égard est devenu insupportable, entravant le bon déroulement même de votre travail, vous pouvez d’abord vous fier à votre propre jugement. Que ce comportement relève juridiquement du harcèlement professionnel ou non n’est pas ce qui prime. Le plus important, c’est d’agir. »

« La meilleure chose à faire est de s’adresser au supérieur de cette personne en lui disant que ces propos sont inappropriés. Le fait pour un subordonné de se plaindre à son supérieur de harcèlement professionnel aura peu de chance de faire bouger les choses. Je pense qu’une confontation directe avec le responsable de vos maux est difficile. Il est donc préférable de d’adresser au supérieur de cette personne, au bureau ou à la section prévue à cet effet lors de situations de ce type.

Selon la nouvelle loi au Japon contre le harcèlement et les abus de pouvoir entrée en vigueur le 1er juin dernier, les entreprises doivent désormais prévoir une structure interne permettant aux employés de s’exprimer.

« Dans certaines entreprises, il existe déjà des structures prévues en cas de plainte pour harcèlement professionnel de la part d’un employé. Il y a également des spécialistes de la question tels que des avocats à l’extérieur de l’entreprise. L’employé peut donc être rassuré et les consulter en cas de problème. »

L’intervention d’une tierce personne : un début de solution

Sasayama Naoto a justement été consulté par le passé à la suite d’une prise de contact de la part d’une personne de l’entourage d’une victime de harcèlement.

« C’est le département des affaires courantes qui nous a consultés, mais le problème lui-même se produisait dans une autre section. Un supérieur a à plusieurs reprises persécuté un subordonné, poussant ce dernier à se mettre en congé. La direction des affaires courantes de cette entreprise souhaitait savoir s’il était de son devoir d’intervenir ou pas. »

Afin d’avoir une vision plus précise de la situation dans cette entreprise, la direction des affaires courantes, les parties concernées, mais également le personnel ont été interrogés. Nous avons ainsi pu constater que la section médicale de l’entreprise était en contact avec le psychiatre que la personne harcelée avait consulté.

« J’ai demandé à ce psychiatre de m’expliquer dans quelle situation se trouvait l’employé et ce que ce dernier devait faire pour revenir dans l’entreprise. Afin de sensibiliser davantage l’entreprise, je me suis entretenu avec la section médicale et ensemble nous avons une nouvelle fois défini les règles qui s’appliquent en cas de harcèlement professionnel. Mais je n’ai pu faire tout cela que parce que la direction des affaires courantes a pris l’initiative de nous contacter.

Il s’agissait d’une PME. L’application de la loi du 1er juin dernier vise actuellement les grandes entreprises uniquement, mais les petites et moyennes entreprises doivent elles aussi mettre en place des structures pour la prévention du harcèlement professionnel, car la loi ne sera effective pour les PME qu'à partir d’avril 2022.

« Dans une entreprise de petite ou moyenne taille, il peut être plus facile pour les employés de partager la même vision de la situation et de reconnaître que par exemple « ce chef de section est colérique ». Il peut donc être plus aisé pour eux de prendre des initiatives. Ce que je veux, c’est que chacun prenne pleinement conscience du problème. »

La compassion, un premier pas pour venir en aide à un collègue

« Le plus important, c’est de ne pas rester passif face harcèlement de cette personne », dit l’avocat. Cette phrase semble évidente, mais de nombreuse personnes n’agissent pas.

« Les entreprises où certains supérieurs ont des comportements pouvant être considérés comme du harcèlement professionnel ont souvent un point commun : la passivité et l’indifférence des autres employés, voire leur prise de position en faveur du supérieur harceleur pour ne pas s’attirer ses foudres. Même sans aller jusqu'à prendre parti pour la victime, fermer les yeux sur ces pratiques est une chose impardonnable. »

Faire semblant de ne pas voir qu’un supérieur harcèle un collègue est aussi grave que de ne pas porter assistance à une personne en train de faire une hémorragie devant nos yeux.

« Même si cela ne vient pas de vous, si certains comportements sur votre lieu de travail peuvent être assimilés à du harcèlement professionnel, réagissez. Rien que le fait de compatir pour un employé en souffrance peut changer beaucoup de choses sur le lieu de travail, et nous pousser à réagir. »

Vous n’avez pas besoin d'être constamment sur le qui-vive mais lorsque vous vous trouvez face à une situation qui vous interpelle, marquez un temps d’arrêt et regardez simplement autour de vous.

« Le fait que des personnes extérieures à la situation se disent que tel supérieur ne parle pas de façon appropriée à tel employé, que tel supérieur accable de travail un employé en particulier et peut-être le signe que la situation n’est en effet pas optimale. Et rien que le fait d’avoir remarqué le problème est l’occasion d’apporter du changement. Ne participez pas de manière passive au harcèlement de cette personne. »

La mise en place d’une section où s’adresser au sein de l’entreprise facilitera le dialogue en cas de comportement d’un supérieur créant un malaise vis-à-vis d’un employé. Si vous voyez qu’un collègue est victime de harcèlement, n’attendez pas qu’il fasse le premier pas. Faites-le vous-même.

Maître Sasayama Naoto
Maître Sasayama Naoto

Sasayama Naoto
Avocat. Membre de la Deuxième Fédération Japonaise des Associations du Barreau et membre du Cabinet d’avocats de Tokyo. Depuis son inscription en tant qu’avocat, il a principalement traité des cas dans le domaine du droit des jeunes travailleurs et des employés non réguliers. Il est l’auteur de nombreux ouvrages sur le harcèlement au travail.

(Reportage et texte de Aritake Ryôsuke, de Verb)

(D’après la diffusion sur Prime Online du 10 juin 2020)

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