Le phénomène « Demon Slayer » : on fait la queue devant les librairies pour le dernier tome de la série japonaise

Culture Manga/BD

Les Japonais adorent les files d’attente. Depuis les queues mémorables lors de la sortie de Windows95, il y a eu des queues pour la sortie de jeux vidéo ou de nouveaux modèles de smartphones, devant des restaurants de râmen ou de Pancakes, ou lors de la sortie des romans de Murakami Haruki. La situation est un peu différente cette fois-ci, dans la mesure où, récemment, les nouveautés mises sur le marché sont moins nombreuses, et surtout du fait de la pandémie du coronavirus : les gens évitent de se trouver dans des files d’attente. Et pourtant, nous en avons une, et une belle, pour la sortie du dernier tome d’une série manga que tout le monde s’arrache : Demon Slayer (paru en français aux éditions Panini).

Le phénomène Demon Slayer balaie l’archipel au temps du coronavirus

Le 23e et dernier tome de la série Demon Slayer (éd. Shûeisha, et en cours de parution en français aux éditions Panini) est sorti le 4 décembre. L’auteur(e) de la série, Gotôge Koyoharu, serait âgé(e) de 31 ans, né(e) en 1989. Il/Elle n’est jamais apparu(e) à visage découvert dans les médias, mais le bruit court qu’il s’agirait d’une femme.

L’argument de la série se déroule à l’ère Taishô, dans les années 1910-1920, et raconte les combats que mène le héros pour faire retrouver son humanité à sa petite sœur devenue démone. La série est parue dans l’hebdomadaire Shônen Jump (ed. Shûeisha) du numéro 11 de 2016 au numéro 24 de 2020.

Le jour de la sortie du dernier tome, les cinq grands journaux quotidiens nationaux annonçaient l’événement par une pleine page commerciale. Selon les chiffres de l’éditeur, le dernier tome atteindrait déjà les 3,95 millions d’exemplaires imprimés, ce qui porte la série au-delà des 120 millions d’exemplaires en chiffres cumulés (sous format électronique inclus).

En outre, l’adaptation cinéma Demon Slayer a dépassé les 27,5 milliards de yens de recette au box-office, ce qui le propulse à la deuxième place des plus grands succès jamais enregistrés au Japon.

D’après les estimations de l’institut d’études économiques Dai-Ichi Life, le poids économique global de Demon Slayer devrait dépasser les 270 milliards de yens. Un effet de synergie – une sorte de « concentration intégrale » – de la demande dans la situation sanitaire actuelle serait particulièrement visible dans ce résultat. Le point amusant étant que ce terme de « concentration intégrale » est lui-même la reprise d’une méthode de souffle et le nom d’une technique de combat au sabre qui apparaît dans la série.

La queue persiste pendant les heures de bureau

Le matin de la sortie du dernier tome de la série, la file d’attente de la librairie de la gare de Shinjuku était impressionnante, alors même qu’on était déjà pendant les heures normales de bureau. De même à la gare d’Ôsaki.

Gare de Shinjuku
Gare de Shinjuku

Gare d'Osaki
Gare d’Osaki

À la librairie Tsutaya de Shibuya (Tokyo), un coin de vente dédié à Demon Slayer avait été élaboré, avec d’immenses piles du dernier tome. La librairie avait prévu un stock de 3 300 exemplaires, ce qui n’a pas empêché la file d’attente de se constituer dès l’ouverture.

La libraire Tsutaya de Shibuya, à Tokyo
La libraire Tsutaya de Shibuya, à Tokyo

Une cliente, qui a acheté le dernier tome et les figurines des personnages principaux de la série explique qu’elle avait l’intention de disposer l’ensemble chez elle en profitant que son fils était à l’école, pour lui faire la surprise à son retour. Mais elle comptait bien le lire avant lui…

Le manga est proposé avec un lot de figurines.
Le manga est proposé avec un lot de figurines.

En province aussi

Le même phénomène de « procession des démons » était remarqué à Shizuoka. Les mains se tendent vers les piles pour agripper un exemplaire du dernier tome de Demon Slayer. On se croirait dans un magasin de vêtements à la mode un jour de soldes.

Dans une librairie de Shizuoka
Dans une librairie de Shizuoka

La file d’attente ne s’est pas résorbée de toute la matinée. Dès le début de l’après-midi, elle s’était de nouveau allongée. De nombreux salariés en costume-cravate profitaient de leur pause-déjeuner pour venir l’acheter.

Me doutant que tous ces gens n’auraient probablement pas le temps de le lire tout de suite, j’ai demandé à certains acheteurs quand ils pensaient pouvoir se mettre en mode « concentration intégrale » pour lire le dernier tome de Demon Slayer.

« Je suis sûr que je vais me mettre à pleurer, alors je vais éviter de le lire dans le train (rires). Je vais plutôt attendre d’être rentré à la maison. »

« Mon mari m’a dit d’aller le lui acheter dès le matin. Il ne faudra pas qu’il s’étonne si je l’ai lu avant lui ! »

« Je le lirai au lit avant de dormir. Je serai trop occupé jusque-là, et je veux être au calme pour le lire tranquillement. » 

La libraire Kinokuniya, à Shinjuku
La libraire Kinokuniya, à Shinjuku

D’autre part, on pouvait remarquer déjà plusieurs lecteurs du fameux dernier tome dans les trains de banlieue de la capitale. Deux femmes qui ne travaillaient pas ce jour-là étaient allées acheter chacune leur exemplaire dès le matin. Elles ont couru jusqu’au café le plus proche et en sont ressorties environ 40 minutes plus tard.

« Super intéressant ! On n’a pas échangé un seul mot et on a fini de le lire en même temps ! Dommage que ça finisse au meilleur moment. Je voudrais tant que ça continue ! »

Si le manga est terminé, il y a fort à parier que le phénomène Demon Slayer ne va pas s’arrêter là !

D’après la diffusion sur Prime Online du 4 décembre 2020)

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