Une radieuse ukrainienne, ancienne karatéka, s’épanouit à Kyoto en créant son entreprise

Société Échanges internationaux

Anna Kreshchenko est une Ukrainienne de 25 ans qui, tout en poursuivant ses études, a réussi à créer une entreprise à Kyoto, avec déjà plus de dix employés. Malgré de grosses décéptions passées et ses inquétudes pour sa mère vivant à Odessa, son esprit de compétition lui permet de rester radieuse et toujours battante.

Une appli pour soutenir la santé des femmes japonaises

Anna Kreshchenko, 25 ans, parle un japonais courant. Arrivée au Japon en 2017 pour y faire des études, elle a aussi en parallèle créé sa propre entreprise, appelée « Flora ». Il s’agit d’une application concernant la santé des femmes : en enregistrant le jour où commencent ses règles ainsi que sa condition physique et mentale, l’algorithme analyse ces données et propose des soins et conseils adaptés. L’appli se penche aussi indépendamment sur les émotions des utilisatrices.

Anna est toujours très angoissée quand elle demande l’avis des gens au sujet de son « bébé ».

« Dites-moi ce que vous pensez de mon application. »
« Dites-moi ce que vous pensez de mon application. »

Comme cela fait déjà cinq ans qu’elle est à Kyoto, on entend même parfois un petit accent du Kansai quand elle parle japonais ! Elle s’enthousiasme en parlant de la ville.

« Ce qui est super à Kyoto, c’est qu’on peut aller partout en vélo. Et au gré des balades, on tombe sur des boutiques de gâteaux japonais,... et on peut en goûter gratuitement ! Et puis j’adore le tamago kake gohan (du riz mélangé à un œuf cru battu). Désolée je m’emballe un peu vite ! »

Anna a surmonté des moments difficiles, et c’est une grosse déception qui a poussé la jeune femme à créer sa société au Japon.

Le rêve olympique disparaît

L’autre face d’Anna, c’est la karatéka.

« Il y avait un dôjô tout près de chez moi. J’ai commencé à prendre des cours de karaté à l’âge de six ou sept ans. Je m’intéressais aussi à l’histoire des arts martiaux. J’ai même lu le Hagakure, le code de conduite du samouraï, qui date du XVIIe siècle. »

En troisième année de collège, Anna a obtenu la troisième place à un championnat européen, et elle a continué à se faire remarquer au sein de la première ligue par la suite.

Cependant…

« Je visais les Jeux olympiques de Tokyo. Je voulais absolument y participer, mais malgré tous mes efforts je n’ai pas été sélectionnée car je n’avais pas pu finir dans les dix premiers aux championnats d’Europe 2018. Mon rêve olympique s’était évanoui. »

Anna n’a pas pu figurer parmi les 10 meilleurs aux championnats d’Europe 2018.
Anna n’a pas pu figurer parmi les 10 meilleurs aux championnats d’Europe 2018.

Juste au moment où le rêve d’Anna tombait à l’eau, sa cousine, qui était enceinte, a perdu son bébé suite à une grave dépression.

« Ça a été un choc terrible pour toute la famille, et une réelle prise de conscience pour moi. J’ai vraiment bien saisi à quel point la santé des femmes restait mal comprise. Et je me suis dit que je voulais contribuer à trouver des solutions. »

C’est la conjonction de sa déception et de sa tristesse qui l’a menée à prendre un nouveau cap. Direction Kyoto.

Un Japonais « typique » employé par Anna la battante

L’Ukraine est considérée comme une force dans le monde de l’informatique, et ce déjà depuis la période soviétique. Anna été élevée dans un environnement riche en technologies en tout genre et s’est dit que le Japon lui offrirait des opportunités pour évoluer davantage.

Elle a retroussé ses manches et pris la décision de monter une société au Japon avec un autre étudiant ukrainien, Ivan Seleznof, chercheur en génie civil à l’université d’Osaka. Ils emploient déjà plus de dix personnes.

Anna et son partenaire de travail Ivan
Anna et son partenaire de travail Ivan

Lors d’une réunion publicitaire pour faire mieux connaître son appli.
Lors d’une réunion publicitaire pour faire mieux connaître son appli.

Takada Ryôta (21 ans) travaille chez Flora. « Je suis un japonais typique qui a été élevé dans un environnement privilégié. J’ai tendance à ne pas trop m’exprimer et c’est souvent dur pour moi de critiquer. Mais Anna, elle dit ce qu’elle pense. J’ai été un peu choqué au départ mais je me suis rendu compte du côté positif, et ça m’a aidé à élargir ma propre perspective. »

Grâce à sa nature compétitive, Anna attaque chaque jour bien décidée à réussir : « Notre entreprise n’est pas une famille, c’est une équipe sportive. Si une personne prend du retard, tout le monde perd. »

L’inquiétude d’Anna pour sa mère vivant à Odessa

La maman d’Anna habite toute seule à Odessa, le grand port du sud de la mer Noire. Les deux sont en contact quasiment tous les jours. Après les bombardements qu’elle a subis, la ville est actuellement sous blocus de la Russie, empêchant toute exportation de céréales de l’Ukraine.

Anna en visio avec sa mère restée en Ukraine.
Anna en visio avec sa mère restée en Ukraine.

La maman d’Anna lui raconte qu’elle a débarrassé la cave de la maison et attend des ouvriers pour la convertir en abri anti-aérien.

Anna dit à sa maman qu’un journaliste lui a demandé quelle genre de fille elle était. Celle-ci répond : « Tu veux me faire pleurer ? Tu es une fille formidable ! Je rends grâce à Dieu pour toi. Tu es mon plus grand bonheur. Je suis désolée de fondre en larmes comme ça. Je t’adore. Et je suis contente qu’il y ait des gens autour de toi qui t‘aiment. »

Anna aurait tellement voulu que sa mère vienne la rejoindre au Japon, mais celle-ci ne veut pas quitter son foyer. Toutefois, Anna reste convaincue que son énergie se transmet jusqu’en Ukraine.

« C’est comme quand je faisais du sport. J’étais consciente de l’effort que je fournissais tous les jours et, maintenant, je continue à me comporter de la même façon. Il y a tant de choses qu’il faut absolument que je fasse. Je deviens de plus en plus impatiente ! Il faudrait peut être que je me mette à la méditation. »

« Il y a tant de choses qu’il faut absolument que j’accomplisse. »
« Il y a tant de choses qu’il faut absolument que j’accomplisse. »

Anna a réussi à surmonter ses revers et ses chagrins et trouver son chemin. Radieuse et décidée, tous les espoirs lui sont permis.

(D’après la diffusion sur Prime Online du 31 mai 2022)

https://www.fnn.jp/

[© Fuji News Network, Inc. All rights reserved.]

Kyoto femme entreprenariat FNN Karaté Ukraine