Plus de 1 600 Ukrainiens évacués au Japon : comment sont-ils accueillis et soutenus ?

Société International

Plus de cinq mois ont passé depuis le début de l’invasion russe de l’Ukraine. Fuyant les zones de combats, les déplacés ukrainiens continuent de chercher refuge et protection dans les pays limitrophes que sont la Pologne, la Roumanie ou la Hongrie. Mais le Japon, normalement peu enclin à la venue de réfugiés, a également renforcé son système d’accueil et s’évertue à leur porter assistance du mieux possible. De quelle manière procède-t-il ?

Plus de 1 600 personnes ont déjà trouvé refuge au Japon

Le 18 mars dernier, moins d’un mois après le début de l’invasion russe en Ukraine, le secrétaire général du Cabinet japonais Matsuno Hirokazu annonçait que dans un effort pour élargir les conditions d’accueil : « Nous vous confirmons qu’à dater de ce jour, nous acceptons sur notre sol les Ukrainiens souhaitant trouver refuge au Japon et que nous nous engageons à leur fournir l’assistance nécessaire. » C’est ainsi que les évacuations vers l’Archipel ont pu commencer à s’effectuer grâce à des vols directs au départ de la Pologne mis à disposition par le gouvernement. À la date du 24 juillet, le nombre de déplacés ukrainiens à avoir été acceptés est de 1 614 personnes.

Arrivés par des vols affrétés par le gouvernement, les déplacés Ukrainiens débarquent à l'aéroport de Narita (avril 2022).
Arrivés par des vols affrétés par le gouvernement, les déplacés Ukrainiens débarquent à l’aéroport de Narita (avril 2022).

Afin d’accélérer les procédures, le gouvernement a autorisé un statut permettant aux déplacés désirant tout d’abord entrer sur le territoire d’y rester 90 jours dans le cadre d’un « séjour court ». Puis dans le cas où les évacués souhaiteraient rester au Japon, les autorités ont rendu possible la modification de leur titre de séjour afin qu’ils puissent exercer pendant un an des activités (limitées à certains domaines).

« Avec ce type de visa d’un an, les déplacés peuvent bénéficier du système national d’assurance maladie, ce qui permet de réduire significativement les charges en cas de frais médicaux », insiste un agent du pouvoir public. Un autre agent indique cependant : « Nombreux sont les déplacés qui s’inquiètent de leur couverture médicale une fois entrés sur le territoire. Le Japon devrait, dans la mesure du possible, prendre en charge les coûts réels en fonction de chaque situation. », signifiant par là, la nécessité d’un soutien supplémentaire.

Une aide sociale temporaire d’un montant de 160 000 yens

À leur arrivée, la première difficulté pour les déplacés n’ayant ni famille ni soutiens au Japon est de trouver un hébergement et de faire face au coût de la vie.

Le gouvernement nippon propose aux déplacés ne sachant où se tourner ni où aller dans ce pays qui leur est inconnu, de séjourner de manière temporaire dans un hôtel. Dans ce cas, le Japon fournit alors les repas ainsi qu’une aide journalière s’élevant à 1 000 yens (7 euros) pour les plus de 12 ans, et à 500 yens pour les enfants jusqu’à 11 ans. Les réfugiés pouvant être reçus dans des structures d’accueil gérés notamment par les autorités locales, bénéficient quant à eux d’une aide journalière de 2 400 yens (17 euros) pour les plus de 12 ans, et de 1 200 yens pour les enfants jusqu’à 11 ans.

De plus, à leur sortie des structures d’hébergement temporaire, les personnes âgées de 16 ans et plus touchent une aide forfaitaire d’insertion de 160 000 yens (1 180 euros) — la moitié concernant les jeunes de moins de 16 ans — qui leur permet de parer au quotidien.

Une évacuée ukrainienne lors d’un entretien
Une évacuée ukrainienne lors d’un entretien

Un agent du pouvoir public s’exprime sur le système mis en place pour le suivi des personnes ayant trouvé une structure d’accueil : « Nous avons instauré des espaces pour pouvoir nous entretenir régulièrement avec eux après leur entrée sur le territoire et comprendre les problèmes auxquels ils sont confrontés ». Plus de 100 agents travaillant à l’aide aux déplacés sont actuellement en détachement dans les 47 antennes préfectorales du pays. Ils rendent visite aux réfugiés ayant été acceptés, les consultent sur les difficultés rencontrées et proposent des conseils afin d’améliorer leur vie au Japon.

En outre, le gouvernement a mis en place un site d’assistance aux évacués ukrainiens, un portail internet spécialisé leur permettant d’avoir accès aux offres d’aide concernant l’alimentation, l’habillement ou autres proposées par les autorités locales, les entreprises et les organisations s’occupant des personnes déplacées.

Apprendre le japonais, 4 heures par jour 5 fois par semaine

« Il est possible que le problème de l’invasion russe de l’Ukraine s’installe dans la durée. En prévision, nous voulons autant que possible réduire le nombre de personnes gênées par la barrière de la langue. », souligne un agent du pouvoir public. L’éventualité d’un séjour long a fait de l’enseignement du japonais un axe important de l’aide administrée.

Pour les évacués hébergés temporairement en hôtel, le gouvernement propose aux personnes intéressées un programme de soutien en langue japonaise sur deux semaines à raison de 4 heures par jour 5 fois par semaine. Une liste des classes de japonais existant partout sur le territoire est présentée aux Ukrainiens placés en structure d’accueil et ce service est mis gratuitement à leur disposition. Et si aucun cours de japonais n’est dispensé dans la région, il est possible de participer à un programme linguistique en ligne mis en place par le gouvernement. Par ailleurs, les Ukrainiens souhaitant apprendre par leur propres moyens ont également la possibilité d’accéder à des ressources didactiques en langue japonaise : il s’agit principalement de vidéos sous-titrées en ukrainien ayant pour thème la vie quotidienne au Japon.

Iryna (gauche), qui a été hébergée temporairement en hôtel, réside désormais dans la préfecture d'Ibaraki. Elle habite en colocation avec une ressortissante américaine.
Iryna (gauche), qui a été hébergée temporairement en hôtel, réside désormais dans la préfecture d’Ibaraki. Elle habite en colocation avec une ressortissante américaine.

Le Centre d’aide aux étrangers résidant à Kobe est une association à but non lucratif proposant aux déplacés d’Ukraine des cours de japonais gratuits, 10 hommes et femmes âgés de 10 à 50 ans apprennent le japonais à raison de deux heures tous les mercredis et jeudis de 13 h à 15 h. Un enseignant et cinq bénévoles animent ces classes. Un membre de l’équipe déclare : « La plupart des évacués n’ont jamais eu l’occasion de découvrir le japonais, nous commençons donc par des salutations de base. » « Nous voulions réunir les conditions pour que tous puissent aisément participer. Alors quand ils ne comprennent pas, ils peuvent demander des explications à certains bénévoles qui parlent ukrainien. »

Et puis, travaillant en collaboration avec les entreprises et les associations de la région, « nous avons créé un réseau permettant un approvisionnement en biens de consommation courante, nous procurons du papier toilette, des gels hydroalcooliques, des masques, des aliments sous vide, des biscuits ou même du riz ». « Nous ne nous contentons pas d’enseigner le japonais, nous voudrions être un lieu de vie, qu’ils puissent rapporter chez eux ce dont ils ont besoin, et que ces classes permettent que l’information circule dans toute la communauté des déplacés ukrainiens. »

Les déplacés ukrainiens ne sont pas reconnus comme « réfugiés »

Le gouvernement réfléchit à un système qui permettrait de reconnaître et donc de protéger une partie des déplacés qui ne peuvent prétendre à la protection de la Convention relative au statut des réfugiés, en leur donnant le statut de « personnes pouvant bénéficier d’une protection complémentaire ». Toute personne qui craint d’être persécutée du fait de sa race, de sa religion, de sa nationalité ou de ses opinions politiques relève de la Convention relative au statut des réfugiés.

Mais dans le cas ukrainien, les populations fuient leur pays sous le coup d’attaques sans cause raciale ou politique, elles ne sont pas reconnues comme « réfugiées » et échappent au cadre.

C’est pourquoi le gouvernement envisage un mécanisme qui permettrait d’attribuer aux Ukrainiens non pas un statut de « réfugié » mais plutôt celui de « personne pouvant bénéficier d’une protection complémentaire », pour leur allouer un titre de séjour ainsi qu’une solide couverture sociale leur offrant notamment l’accès à l’assurance maladie nationale.

L’administration Kishida s’implique dans l’accueil des personnes déplacées.
L’administration Kishida s’implique dans l’accueil des personnes déplacées.

Lors d’une table ronde tenue le 16 avril, le Premier ministre Kishida Fumio s’est exprimé en ces termes sur l’accueil à proposer aux personnes fuyant les zones de combats : « Le ministère de la Justice va continuer de réfléchir à un mécanisme permettant d’accueillir dans des conditions similaires toute personne déplacée ne relevant pas du statut de réfugié mais qui doit pouvoir être acceptée pour des raisons humanitaires. » Il avait alors exprimé sa volonté de préparer une loi allant en ce sens.

Cinq mois après le début de l’invasion russe, on s’interroge sur l’implication du Premier ministre japonais. Saura-t-il faire bouger les lignes et permettre l’accueil des étrangers fuyant les guerres et les zones de combats ?

(D’après la diffusion sur Prime Online du 27 juillet 2022)

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