Après la mort de Mori Shigeaki, son épouse poursuit son combat pour les prisonniers américains morts à Hiroshima

Société

Mori Kayoko et Robert Tatalovitch
Mori Kayoko et Robert Tatalovitch

Jusqu’à son décès en mars dernier, à l’âge de 88 ans, Mori Shigeaki a consacré une grande partie de sa vie à retrouver l’identité des prisonniers de guerre américains morts à Hiroshima lors du bombardement atomique. Convaincu que « la tragédie de la bombe n’a pas de frontières », il a porté ce message pendant des décennies aux côtés de son épouse, Kayoko, aujourd’hui âgée de 84 ans. Désormais, celle-ci s’attache à poursuivre les recherches laissées inachevées par son mari, notamment l’identification de familles de victimes. « Je continuerai son travail et je poursuivrai ses recherches », affirme-t-elle avec détermination.

Le 3 juin, deux mois et demi après le décès de Mori, Robert Tatalovich, 66 ans et proche endeuillé de l’un des captifs américains, s’est rendu à Hiroshima pour la première fois. Kayoko l’a guidé vers une colline située en périphérie de la ville, où un avion militaire américain s’était écrasé — un accident qui avait mené à la capture de son oncle, Joseph Dubinsky, mort par la suite lors du bombardement atomique. (En 1999, Mori avait informé d’autres proches endeuillés des résultats de ses recherches sur Dubinsky.) Ce jour-là, Kubota Masayoshi (94 ans,), qui avait assisté au crash de l’appareil et contribué aux recherches de Mori, était également présent. Il a remis à Tatalovich un fragment de l’avion qu’il avait ramassé sur les lieux il y a près de 80 ans (photo ci-dessous).

Lors d’une conférence de presse réunissant les trois personnes, Tatalovich, les larmes aux yeux, a déclaré : « J’ai l’impression d’avoir touché une partie de l’Histoire. Je souhaite transmettre aux générations futures le message de Mori Shigeaki : “Non pas la haine, mais la compassion”. »

Devant le portrait de son mari disparu, Kayoko a confié avec émotion : « S’il avait été ici aujourd’hui, il aurait été tellement heureux. »

Animé par une seule volonté, celle de révéler la vérité aux familles des victimes, Mori Shigeaki poursuivait inlassablement ses recherches. Son épouse se souvient encore de sa surprise lorsqu’elle avait reçu une facture de 70 000 yens de communications internationales. Elle sourit aujourd’hui en repensant à son caractère : « Une fois lancé dans une enquête, il oubliait tout le reste. Il était incapable d’abandonner les familles des victimes... et moi, j’étais incapable de l’abandonner. »

Quelques documents de recherche laissés par Mori Shigeaki après son décès.
Quelques documents de recherche laissés par Mori Shigeaki après son décès.

Si Kayoko l’a toujours soutenu, c’est aussi en raison de l’influence de son père. Âgée de seulement trois ans lors du bombardement atomique, elle a été exposée aux radiations dans sa maison située à environ 4,1 kilomètres de l’hypocentre. Après la guerre, son père est devenu conseiller municipal de Hiroshima et s’est consacré à la défense des survivants de la bombe atomique. Lors de démarches auprès du gouvernement, il allait jusqu’à montrer ses propres cicatrices chéloïdes afin de plaider pour un meilleur soutien aux hibakusha (les survivants de la bombe).

Après le décès de son père, Kayoko a rencontré Mori Shigeaki, qu’elle a ensuite épousé. Aujourd’hui, un portrait de son mari, arborant « un sourire qu’il montrait rarement », trône dans leur maison. Pour poursuivre son œuvre, elle étudie minutieusement les ouvrages dans lesquels il a relaté ses recherches. Elle travaille désormais sur l’un des projets qu’il n’a pas eu le temps d’achever : les recherches sur les prisonniers de guerre néerlandais morts lors du bombardement atomique de Nagasaki.

« Que ferait Shigeaki à ma place ? » se demande-t-elle lorsqu’elle se heurte à une difficulté. Face à son portrait, elle lui parle encore et dit avoir parfois l’impression d’entendre sa voix.

Mori Shigeaki était devenu mondialement connu en 2016, lorsque le président américain de l’époque, Barack Obama, l’avait enlacé lors de sa visite historique à Hiroshima. Mais pour Kayoko, son héritage ne doit pas se résumer à cette image. « Je ne veux pas qu’on se souvienne de lui uniquement comme de l’homme qu’Obama a pris dans ses bras », explique-t-elle.

À ses yeux, le message que son mari a consacré sa vie à transmettre est universel : entre êtres humains, il ne devrait exister ni ennemis ni alliés. En poursuivant son œuvre, elle espère faire connaître au plus grand nombre la réalité des bombardements atomiques et perpétuer cet appel à la compassion plutôt qu’à la haine.

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