À 98 ans, un Japonais témoigne du souvenir de son frère mort à la guerre

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Takahashi Kazuhiko le 15 août
Takahashi Kazuhiko le 15 août

Takahashi Kazuhiko, 98 ans, le plus âgé des proches de victimes de guerre à avoir assisté samedi à la cérémonie marquant à Tokyo les 81 ans depuis la fin du conflit, appelle à ne pas oublier que quelque 3,1 millions de Japonais y ont perdu la vie.

Alors que les horreurs de cette période s’estompent dans la mémoire collective, ce Japonais a décidé de participer à la cérémonie avec la volonté de continuer à œuvrer en faveur de la paix.

Takahashi, qui vit actuellement à Kawasaki, dans la préfecture de Kanagawa, au sud de Tokyo, a perdu son frère aîné de 11 ans aux Philippines. Celui-ci s’appelait Tomihiko. Diplômé de l’université Waseda, il avait rejoint en 1942 l’ancienne Marine impériale japonaise. Chargé de la maintenance des avions de chasse, il s’était rendu successivement dans les îles Marshall, aux Philippines et à Taïwan.

« C’était la personne qui me faisait le plus peur après mon père », se souvient Takahashi. Il en garde néanmoins de bons souvenirs, notamment lorsqu’ils jouaient ensemble avec une locomotive à vapeur miniature ou qu’ils allaient dans des librairies.

Un portrait de son frère Tomihiko
Un portrait de son frère Tomihiko

Avant que la situation militaire ne se dégrade, Tomihiko rentrait régulièrement au domicile familial à Tokyo et rapportait notamment à ses parents des objets en bambou fabriqués dans les îles Marshall.

À la fin de l’année 1944, alors que son frère était rentré chez lui, les deux hommes se sont croisés par hasard devant une gare, et s’étaient simplement salués. Ce fut la dernière fois que Kazuhiko vit son frère. Il fut envoyé aux Philippines au début de l’année suivante et mourut au combat sur l’île de Luçon en avril 1945, à l’âge de 27 ans.

Le 15 août de la même année, Kazuhiko, âgé de 17 ans, se trouvait à Tokyo avec le couple qui s’occupait de lui. Ils écoutèrent ensemble à la radio le discours de l’empereur annonçant la fin de la guerre. « J’ai vraiment pris conscience de la défaite. Ma première pensée est allée aux soldats morts », se souvient-il. Il se rappelle encore les larmes du couple, qui avait perdu son fils unique à la guerre.

Alors que les soldats de son entourage rentraient progressivement au pays, son frère ne revint pas. Quelques années après la fin du conflit mondial, Kazuhiko apprit qu’il était mort au combat et se rendit au temple Kanei-ji, à Ueno. L’urne funéraire était si légère qu’elle semblait « ne rien contenir », mais il choisit de ne pas vérifier son contenu avant de la déposer dans la tombe.

Après la guerre, Kazuhiko a rencontré à plusieurs reprises d’anciens marins et a créé une association de familles de victimes. Il s’est également rendu deux fois aux Philippines pour rendre hommage aux morts. L’an dernier, dans l’espoir que les recherches officielles permettent de retrouver les dépouilles des soldats disparus, il a fait enregistrer son profil ADN dans le cadre du programme gouvernemental de collecte et d’identification des restes.

Tombé malade au début de cette année, il a néanmoins décidé de participer à la cérémonie en mémoire de son frère et des autres victimes de la guerre. Il s’y est rendu avec une canne.

« Tout le monde veut vivre, mais même lorsqu’on ne souhaite pas la guerre, on peut y être entraîné. Il n’y a rien de plus précieux que la paix… », dit-il avec conviction.

Il a adressé ce message aux générations futures : « Il ne faut absolument jamais faire la guerre. J’espère que les Japonais continueront à cultiver leur sagesse et leur intelligence afin que le monde connaisse la paix. »

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