Découverte : les habitants des villes à l’époque d’Edo avaient une alimentation plus riche en minéraux qu’aujourd’hui

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Des chercheurs japonais ont découvert que les habitants des classes populaires vivant dans les zones urbaines du Japon pendant les époques d’Edo (1603-1868) et de Meiji (1868-1912) avaient une alimentation plus riche en minéraux que celle des Japonais d’aujourd’hui.

L’étude, menée par une équipe de chercheurs de l’Université Ryûkoku, de l’Institut national de littérature japonaise et d’autres établissements, a été publiée lundi dans la revue scientifique britannique Scientific Reports.

Cette conclusion repose sur l’analyse de cheveux prélevés dans des ouvrages historiques datant des époques d’Edo et de Meiji, cette dernière correspondant à une période de modernisation rapide du Japon.

À l’époque d’Edo, le papier usagé était collecté puis recyclé, ce qui explique que des cheveux se retrouvent fréquemment dans le papier réutilisé pour fabriquer les couvertures des livres.

Maruyama Atsushi, professeur à l’Université Ryûkoku, et Iriguchi Atsushi, professeur à l’Institut national de littérature japonaise, ont prélevé des échantillons de cheveux dans environ 400 ouvrages dont l’éditeur et l’année de publication pouvaient être identifiés. Ces livres ont été sélectionnés parmi quelque 70 000 ouvrages japonais (wahon) conservés à l’université (photo ci-dessous).

La plupart avaient été imprimés dans les villes correspondant aujourd’hui à Kyoto, Osaka et Tokyo. Les ouvrages dataient du milieu du XVIIe siècle à la fin du XIXe siècle, et les chercheurs estiment que les cheveux appartenaient à des habitants des classes populaires vivant dans les villes à ces différentes périodes.

L’équipe a procédé à des analyses d’éléments traces par faisceau de particules ainsi qu’à des analyses isotopiques. Les concentrations capillaires de plusieurs minéraux essentiels à l’organisme (chlore, potassium, calcium, manganèse, fer et cuivre notamment) étaient plus élevées que chez les Japonais d’aujourd’hui. À l’inverse, le taux de zinc, abondant dans la viande de porc, était inférieur à celui observé actuellement. L’analyse des isotopes du carbone et de l’azote a par ailleurs confirmé une alimentation reposant principalement sur le riz et les poissons marins.

Parmi les minéraux étudiés, les concentrations de potassium et de silicium, particulièrement présents dans le riz complet (genmai), ont diminué au fil des siècles. Cette évolution coïncide avec la diffusion progressive de la consommation de riz blanc (hakumai). En revanche, les taux de manganèse, de calcium, de fer et de cuivre n’ont pas diminué. Ces minéraux étant abondants dans les poissons marins, les chercheurs avancent plusieurs explications possibles, notamment l’augmentation de la consommation de poisson grâce au développement des réseaux de transport et la diffusion des engrais à base de farine de poisson.

Le professeur Maruyama, dont les recherches portent initialement sur l’alimentation des poissons et des amphibiens, avait commencé à expérimenter l’estimation de l’alimentation à partir de cheveux comme un « jeu » destiné à aider ses étudiants à comprendre ses travaux. L’étude a véritablement pris forme lorsqu’un chercheur qu’il connaissait a appris auprès du professeur Iriguchi que des cheveux étaient retrouvés dans des ouvrages anciens et les a mis en relation.

« On dit que l’alimentation à l’époque d’Edo était frugale, mais elle était plus riche en minéraux que celle des Japonais d’aujourd’hui », explique le professeur Maruyama. Certains de ces éléments sont précisément ceux dont on estime que les Japonais manquent aujourd’hui, souligne-t-il, ajoutant que cette étude pourrait fournir des pistes sur les aliments à privilégier.

De l'ancien papier recyclé de l'époque d'Edo, sur lequel des cheveux ont été prélevés.
De l’ancien papier recyclé de l’époque d’Edo, sur lequel des cheveux ont été prélevés.

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