Pour un nouveau regard sur les animaux de compagnie
Le vétérinaire Tokuda Ryûnosuke améliore le statut des animaux domestiques
[01.03.2018] Autres langues : ENGLISH | 日本語 | 简体字 | 繁體字 | ESPAÑOL | العربية |

Le vétérinaire Tokuda Ryûnosuke a ouvert un refuge destiné aux personnes accompagnées de leurs animaux lors du séisme de Kumamoto, en 2016. Témoin à la fois de la douleur des gens séparés de leur animal familier dans le sillage de catastrophes, mais aussi du manque de considération de la population japonaise envers les animaux, il lutte pour que ces situations s’améliorent.

Tokuda Ryûnosuke

Tokuda RyûnosukeVétérinaire. Né en 1961 dans la préfecture de Kagoshima, diplômé en 1989 de l’école vétérinaire de l’université Azabu. Après avoir exercé à Abiko (Chiba) et Sagami (Kanagawa), il ouvre en 1994 à Kumamoto son propre cabinet, la Clinique vétérinaire Ryûnosuke, ouverte toute l’année 24 heures sur 24. En 2004, il fonde l’institut animalière de Kyûshû, dédié à la formation des professionnels exerçant dans les cliniques vétérinaires, les animaleries, les salons de toilettage ou encore les zoos.

Les leçons du séisme de mars 2011

——Lors du séisme de Kumamoto, en avril 2016, vous avez transformé votre clinique vétérinaire en refuge ouvert aux personnes et à leurs animaux de compagnie. Pourquoi ?

TOKUDA RYÛNOSUKE Quand je me suis rendu dans le nord-est du Japon, six mois après le séisme et le tsunami de mars 2011, j’ai constaté qu’aucun refuge n’acceptait les animaux domestiques. Pourtant, pour leurs propriétaires, ces animaux font partie de la famille. Alors, quand j’ai rénové ma clinique en 2013, j’ai eu l’idée de prévoir un lieu où accueillir les gens et leurs animaux en cas de catastrophe. En m’appuyant sur les leçons tirées du séisme de 2011, j’ai fait construire un immeuble aux normes antisismiques, équipé d’un générateur et d’une citerne ; en cas d’urgence, l’Institut animalier dans la même enceinte sert de refuge pour les hommes et les animaux.

——Trois ans plus tard survient le séisme de Kumamoto (voir notre article). Vous avertissez alors immédiatement, sur les réseaux sociaux, de l’ouverture de votre refuge.

T. R. J’ai lancé mon message deux heures après le séisme. Des familles sont arrivées les unes après les autres. Avec l’aide des élèves et du personnel de l’Institut, nous avons accueilli pendant un mois 1 500 personnes et 1 000 animaux domestiques. Ma prévoyance a été utile non seulement aux personnes qui ont pu garder leur animal près d’elles après avoir perdu leur maison, mais aussi parce que cela a permis de souligner la nécessité d’ouvrir de tels lieux de refuge.

À Mashiki, après le séisme de Kumamoto en 2016. Leur maison détruite, de nombreuses personnes n’avaient nulle part où aller, même après la remise en service des infrastructures de base.

——Cette expérience a débouché sur le lancement d’une pétition demandant qu’un quart des refuges soit ouvert aux animaux domestiques.

T. R. Jusqu’à présent, 34 000 signatures ont été recueillies. J’ai vu beaucoup de gens retrouver de l’allant parce qu’ils avaient réussi à sauver leur animal de compagnie. Clairement, si l’on veut aider les rescapés, il faut aussi aider leurs compagnons domestiques. Bien entendu, la vie humaine est prioritaire, mais parfois, un animal peut aider à sauver une vie. Vivre ensemble dans un refuge permet au maître comme à l’animal de rester serein. Les personnes âgées qui ont un chat trouvent ainsi la force de vivre, pour continuer à s’en occuper. L’instinct de protection est un moteur puissant. Environ 20 % de la population possède un animal de compagnie ; il me paraît donc souhaitable qu’un quart des refuges d’urgence leur soit ouvert. On peut prévoir des lieux séparés, car certaines personnes souffrent d’allergies, et d’autres n’aiment pas les animaux. Je pense que ce serait une bonne chose ; en matière de statut des animaux de compagnie, le Japon est en retard par rapport à l’Occident.

  • [01.03.2018]
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