« Je suis Japonaise et infirmière à Médecins Sans Frontières, et j’ai des choses à dire »
Shirakawa Yûko a été envoyée en Irak, au Soudan, en Syrie…
[18.09.2018] Autres langues : ENGLISH | 日本語 | العربية |

Fondée en 1971, Médecins Sans Frontières (MSF) est une organisation non-gouvernementale dont les activités se déploient dans 70 pays à travers le monde. Shirakawa Yûko a effectué des missions pour MSF dans différentes zones de conflits, dont l’Irak, la Syrie et le Soudan du Sud. Elle raconte son expérience dans un livre intitulée « Infirmière en zone de conflits » (Funsôchi no kangoshi, éditions Shôgakukan). Nous l’avons rencontrée.

Shirakawa Yūko

Shirakawa YūkoNée dans la préfecture de Saitama en 1973. Infirmière pour Médecins Sans Frontières. À la fin de ses études secondaires, elle se forme à l’Institut pour infirmières de l’association médicale Sakado Tsurugashima. Diplômée en 1996, elle acquiert une expérience en chirurgie, bloc opératoire, obstétrique et gynécologie, au sein d’un complexe hospitalier de la préfecture de Saitama. Elle complète sa formation en 2004 au département des études d’infirmière à l’Université Australienne Catholique. Après ce cursus, elle travaille environ 4 ans à Melbourne essentiellement comme infirmière chirurgicale et opératoire. Elle entre à Médecins Sans Frontières en 2010, qui l’envoie en mission dans 17 zones de conflits en tant qu’infirmière chirurgicale.

C’est à l’âge de 7 ans que se scelle le destin de Shirakawa Yukô, le jour où elle regarde un documentaire sur Médecins Sans Frontières à la télévision. C’est depuis lors qu’elle désire participer à des activités humanitaires. 30 ans plus tard, en 2010, cette aspiration devient réalité. Au cours des 8 années suivantes, MSF l’enverra 17 fois en mission dans des zones de conflit.

Dans son premier livre « Infirmière en zone de conflits » (Funsôchi no kangoshi), Shirakawa Yûko décrit son activité auprès du personnel médical avec les patients, dans des zones durement éprouvées par les conflits, comme l’Irak, la Syrie, le Soudan du Sud, le Yémen, ou la bande de Gaza. Nous avons rencontré Mme Shirakawa alors qu’elle rentrait d’une mission de courte durée à Mossoul (Irak).

Mme Shirakawa, avec les habitants du nord du Yémen en 2015, dans un hôpital géré par MSF. L’hôpital a été en partie détruit par un bombardement. (Photo avec l’aimable autorisation de MSF)

Dans la terrible bataille de Mossoul

Mossoul, occupé pendant trois ans par l’organisation radicale « État islamique », a été libéré en juillet 2017 par une offensive de l’armée irakienne. Mme Shirakawa y a été envoyée à deux reprises.

« Mon premier séjour à Mossoul date du début de l’offensive pour récupérer la ville, la seconde a eu lieu 7 mois plus tard, en juin 2017, au plus fort de la bataille de Mossoul. »

Mme Shirakawa se souvient des conditions difficiles dans lesquelles le personnel médical devait opérer : « les obus pleuvaient de tous les côtés, du ciel comme du sol, et au milieu de cet enfer nous prodiguions les soins du mieux que nous pouvions aux blessés qui profitaient de la moindre accalmie pour se précipiter à l’hôpital. »

Tout le centre-ville a été détruit et de très nombreux habitants ont perdu leur maison. Les routes, la centrale électrique, les canalisations d’eau et les hôpitaux, toutes les infrastructures étaient également détruites. Comment effectuer des soins dans de telles conditions ?

« La première question était de réfléchir au moyen de nous rendre sur place, quelque part où nous aurions des chances de rendre nos soins efficaces. S’il n’existe pas d’immeuble approprié, alors nous installons un hôpital provisoire sous une tente ou dans un container. Quand tout le matériel et les médicaments sont très limités, il faut savoir lire la situation militaire autour de soi pour anticiper le type de blessés que vous allez recevoir majoritairement, de façon à n’utiliser les produits essentiels qu’à bon escient. Pour rester opérationnels le plus longtemps possible, tous les paramètres doivent être pris en compte. »

La première fois, l’équipe avait dressé un hôpital sous tente dans le grand désert au nord de Mossoul, en zone autonome kurde. Devant eux s’étendait une seule route, celle qui conduisait au front. Pour les habitants blessés, c’était beaucoup trop loin. 7 mois plus tard, quand l’équipe est revenue, la base de MSF a été installée à Mossoul-est, qui venait d’être libéré, d’où elle a soigné les victimes des destructions qui se produisaient de l’autre côté du Tigre, à Mossoul-ouest. Dans son livre, Mme Shirakawa raconte le jour où leur a été amenée une jeune fille dont les parents avaient tous deux été tués dans une attaque suicide terroriste, et les précautions et attentions qu’ont eu envers elle le personnel soignant irakien, qui ont tous des parents, des frères ou des sœurs qui ont également été victimes de l’État islamique.

« Quand Mossoul a été libéré, je suis rentrée quelques jours au Japon, puis je suis très vite repartie pour Raqqa, la “capitale de l’État islamique”, en Syrie. À Raqqa, 50 000 individus étaient privés de tout mouvements, utilisés par l’État islamique comme “boucliers humains”. L’équipe de MSF prenait en charge sans repos des victimes de mines terrestres ou de bombardements aériens, mais de nombreuses vies furent perdues dans le temps de transport. »

En 2017, pendant l’opération d’un jeune garçon blessé à Mossoul-est, en Irak. (Photo avec l’aimable autorisation de MSF)

  • [18.09.2018]
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