Dossier spécial La culture pop nippone se mondialise
Dragon Quest : une exposition à Tokyo pour les 30 ans de la série de jeux vidéo
[24.08.2016] Autres langues : ENGLISH | 日本語 | 简体字 | 繁體字 | ESPAÑOL |

La célèbre série de jeux vidéo Dragon Quest est aujourd’hui riche de 10 épisodes différents. Pour célébrer son lancement il y a 30 ans, l’exposition Dragon Quest Museum se déroule actuellement dans le quartier de Shibuya à Tokyo.

Véritable phénomène de société

Dragon Quest est apparu en 1986. Le jeu était à l’époque le premier jeu vidéo sur cassette Nintendô Famicom produit par la société Enix (aujourd’hui Square Enix). La série allait accumuler les record de ventes, puisqu’en 1987, avec l’épisode II « Akuryô no kamigami », la série avait vendu un record de 3,9 millions d’exemplaires ; puis l’épisode III « Soshite densetsu e… »(Dragon Quest III : et la légende fut), se vendit à lui seul à 3,8 millions d’exemplaires en 1988.

L’emballage de la toute première cassette de jeu Dragon Quest

Dragon Quest devint à partir de là un véritable phénomène social : les fans faisaient la queue et passaient la nuit devant les grandes surfaces d’appareils électroniques dès la veille du jour de sortie d’un nouvel épisode, ce fut aussi le jeu qui contribua le plus à la diffusion générale dans les foyers japonais de la console de jeux Nintendô Famicom, lancée en 1984.

Dragon Quest est considéré au Japon comme le représentant emblématique des jeux de rôles (RPG). Pour la tranche de la population japonaise qui ignore ou du moins ne joue pas aux jeux vidéo, le nom de Dragon Quest est même devenu synonyme de jeu vidéo dans leur ensemble, tous genres confondus.

Avant la révolution Dragon Quest, les jeux vidéo étaient surtout des jeux de tir et des jeux d’action, tels que Space Invaders (Taitô), Xevious (Namco [aujourd’hui Namco Bandai]), ou Super Mario Brothers (Nintendô).

Le jeu demandant un certain niveau de réflexes, a commencé par attirer essentiellement un public de garçons et jeunes hommes. Mais le récit progressant par ailleurs sur la base de l’histoire qui s’affiche à l’écran, pour une durée de 40 à 50 heures de jeu avant de passer toutes les épreuves, il a également conquis un public féminin et adulte.

Les joueurs sont dans la peau du héros de l’histoire (et à partir de l’épisode II, les parties se jouent en s’alliant à d’autres personnages), qui voyagent en abattant les monstres qu’il rencontre, acquérant au passage expérience et argent, ce qui lui permet en retour d’obtenir des équipements. Ce n’est pas tout : il lui faut monter au sommet de tours, errer dans des labyrinthes souterrains, visiter des villages pour obtenir des informations, résoudre des mystères… jusqu’à se trouver face-à-face à Lasbos (Last Boss) et finir l’épisode par une victoire sur l’ennemi suprême.

Une forte influence de la culture manga

Le jeu américain Wizardry avait fait figure de pionnier en créant le premier jeu vidéo RPG, mais c’est Dragon Quest qui développa définitivement le standard du genre. Il faut souligner tout particulièrement le rôle du scénario élaboré par Horii Yûji, à l’époque journaliste et rédacteur pour des magazines de manga.

Par exemple, la trilogie constituée par les trois premiers épisodes I, II et III, forme une continuité temporelle dans l’ordre « III ⇒ I ⇒ II ». Ces scénarios très denses, à chevauchement temporel élaboré, sont devenus la marque de fabrique du jeu vidéo made in Japan.

Le « character design » avait été confié à Toriyama Akira, à l’époque l’auteur du méga-hit manga Dragon Ball. Il s’acquitta de cette commande dans le temps libre qu’il trouva entre deux épisodes de Dragon Ball, et pourtant ses personnages, comme les monstres et les slimes [« Gluants » dans la version française] sont depuis devenus des personnages emblématiques, connus de quasiment tout le monde au Japon.

La série a bénéficié d’une forte influence de la culture manga spécifiquement japonaise. Ainsi, alors que les expressions faciales étaient figées, et les illustrations très fortement pixellisées, le joueur faisait appel à son imagination pour pallier les faiblesses techniques (la première génération de la Famicom fonctionnait sur 8-bits, le nombre de couleurs était très réduit, les images statiques. La pixellisation des personnages à l’écran était si rude qu’il fallait une imagination bien entraînée pour reconnaître les personnages de Toriyama Akira présents sur l’emballage !), sans aucune incongruité ressentie pour les joueurs japonais.

Nombreux sont les fans de Dragon Quest qui adorent la musique de la série composée par Sugiyama Kôichi. Le thème de l’ouverture est si impressionnant que les joueurs s’exaltent à la seule écoute des premières notes.

Une place éminente dans le jeu vidéo japonais pour l’éternité

Dragon Quest s’est ensuite déclinée pour chacune des nouvelles générations de console de jeux, la Super Famicom de Nintendo, la PlayStation et la PlayStation 2 de Sony, la Nintendo DS et la Wii. Ces fabricaints de consoles ont compté sur chaque nouvel épisode de Dragon Quest pour développer leur pénétration du marché grâce à la popularité de ce jeu.

Avec des ventes qui dépassent les 64 millions d’unités au total, Dragon Quest a été certifié par le Livre Guinness des Records comme « le jeu vidéo RPG à la plus longue longévité au Japon ». L’épisode XI de la série « Sugisarishi toki wo motomete » est prévu pour mai 2017 sur PlayStation 4 et Nintendo 3DS. Nintendo serait même en train d’étudier une nouvelle console baptisée NX pour recevoir le jeu.

L’exposition Dragon Quest Museum est autant une façon de fêter les 30 ans du lancement de la série qu’une volonté de présenter l’histoire du jeu vidéo en elle-même. En 30 ans, le Japon est devenu la super-puissance mondiale du jeu vidéo, et Dragon Quest a toujours été au cœur de cette histoire.

Nul doute que la visite de l’exposition, où les musiques, les panneaux graphiques, les dioramas et toutes les pièces exposées tournent autour de l’univers de Dragon Quest, plongera tous ceux qui ont ne serait-ce qu’une fois dans leur vie joué à Dragon Quest dans un abyme de nostalgie. Dans le même temps, et parce que Dragon Quest est toujours un univers dynamique et vivant depuis 30 ans, c’est un moment de loisir assuré pour tous, quelle que soit la génération et le sexe.

  • [24.08.2016]
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