Dossier spécial La culture pop nippone se mondialise
À la recherche de Taniguchi Jirô
[20.12.2017] Autres langues : ENGLISH | 日本語 | 简体字 | 繁體字 | ESPAÑOL | العربية | Русский |

Le mangaka Taniguchi Jirô est décédé en février dernier à l'âge de 69 ans. Une exposition intitulée « L’homme qui dessine – l’univers de Taniguchi Jirô », à la Maison franco-japonaise à Tokyo, permet de suivre les traces de cet artiste extraordinaire de bien des façons.

Au décès du mangaka Taniguchi Jirô en février dernier, pour une écrasante majorité de Japonais, c’était à peine le dessinateur du Gourmet solitaire qui disparaissait. Or en France, la nouvelle a donné lieu à des articles détaillés dans pratiquement toute la presse, à commencer par le journal Le Monde, qui le présentait comme « l’auteur de L’Homme qui marche et de Quartier lointain », un auteur inspiré par les maîtres de la bande dessinée franco-belge tels Mœbius ou François Schuiten, un auteur dont la plupart des œuvres sont d’ores et déjà traduites et publiées en langue française. Il est également l’un des trois seuls auteurs japonais de mangas à avoir été nommés Chevaliers de l’Ordre des Arts et des Lettres de la République Française, avec Ôtomo Katsuhiro et Matsumoto Reiji.

L’éditeur Shôgakukan a publié, le 8 décembre, deux ouvrages inachevés de Taniguchi Jirô. En même temps, la Maison franco-japonaise, située dans le quartier d’Ebisu à Tokyo, propose une exposition rétrospective de l’auteur, ouverte du 9 au 22 décembre. À travers elle, partons sur les traces d’un personnage exceptionnel dans l’univers du manga japonais.

Planches, dessins et peintures originaux de Taniguchi Jirô, exposés dans le cadre de la rétrospective « L’homme qui dessine – l’univers de Taniguchi Jirô », à côté de ses albums présentés en plusieurs langues.

Une page de La forêt millénaire (éd. Shôgakukan), l’œuvre de Taniguchi Jirô écrite pendant les deux dernières années de sa lutte contre la maladie. Entièrement en couleur, dans un format à l’italienne très rare dans le contexte japonais. Son intention était claire : « Je veux peindre les paysages non pas comme de simples décors, mais pour les sentiments dont ils sont porteurs. »

Izanau mono (éd. Shôgakukan) est un ouvrage qui regroupe différents projets inachevés de Taniguchi, dans les genres les plus divers : Science-fiction, histoires de samouraïs, récits situés dans un passé récent, adaptations littéraires…

Un auteur qui a couvert tous les genres

Taniguchi Jirô était originaire de la préfecture de Tottori, sur les côtes de la mer du Japon. Il a fait ses débuts dans le magazine de style « gekiga » (manga d’auteur) Weekly Young Comic. Dans les années 80, il s’associe avec des scénaristes d’avant-garde, Sekikawa Natsuo,ou Caribu Marley, pour devenir très actif dans la « nouvelle vague » du gekiga. Les one-shots et courtes séries réalisés durant cette période avec Caribu Marley, Blue Fighter, Live! Odyssey, Knuckle wars, Rude boy, etc. ont encore de nos jours leurs fans. La série Trouble is my business, avec Sekikawa Natsuo au scénario, continuera jusqu’en 1994, malgré un changement d’éditeur. Il est intéressant de suivre au fil du temps l’évolution du trait de Taniguchi, du graphisme brutal de ses débuts à un trait beaucoup plus délicat et raffiné.

Le premier chef-d’œuvre de Taniguchi : Hotel Harbour View. Une traduction anglaise a été publiée au Canada en 1990, marquant les débuts de l’auteur hors du Japon.

Manhattan Ops, une série polar de style hard-boiled américain, écrite par le romancier Yahagi Toshihiko, et illustrée par Taniguchi avec son esthétique « film noir ».

Entre la fin des années 80 et les années 90, Taniguchi s’ouvre à de nouvelles thématiques : les histoires d’animaux, comme Le Chien Blanco, ainsi que les récits de montagne, comme K, sur un scénario de Tôzaki Shirô. Il écrit également des histoires situées dans un passé proche, la fin du XIXe, début du XXe siècle, genre dont il est quasiment l’inventeur, avec Au temps de Botchan, pour lequel il obtient le Prix Tezuka Osamu. Il s’essaie également à la SF avec Ice Age Chronicles of the Earth, et la fantasy avec Encyclopédie des animaux de la préhistoire, montrant l’immense étendue de son talent. Il faut le savoir : un tel éclectisme est extrêmement rare dans la bande dessinée japonaise.

L’écriture de Au temps de Botchan a pris neuf ans. L’œuvre n’est pas créditée séparément entre le scénariste et le dessinateur, mais en commun : « Sekikawa Natsuo et Taniguchi Jirô ».

Le Gourmet solitaire, œuvre majeure du manga culinaire (sur un scénario original de Kusumi Masayuki). Un homme dans la quarantaine, mange, seul. Rien de plus, mais cette trame scénaristique simplissime possède un charme extraordinaire !

  • [20.12.2017]
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