Dossier spécial La modernité de l’esthétique traditionnelle
« Washi », le papier japonais qui dure mille ans
[16.03.2018] Autres langues : ENGLISH | 日本語 | 简体字 | 繁體字 | ESPAÑOL | العربية | Русский |

Le 27 novembre 2014, l’Unesco a inscrit le papier japonais, le washi, sur la Liste représentative du patrimoine culturel immatériel de l’humanité en tant que « savoir-faire du papier artisanal japonais ». Les techniques de fabrication du papier sont arrivées de Chine au Japon aux alentours du VIIe siècle. L’histoire du washi a donc commencé il y a au moins 1 300 ans. Les caractéristiques climatiques et géographiques ont ensuite contribué à l’apparition d’une grande variété de types de papier fabriqués à la main dans différentes régions de l’Archipel.

Le washi, un matériau étroitement lié au quotidien des Japonais

Le washi fait partie de la vie des habitants de l’Archipel depuis très longtemps. C’est un papier fabriqué à la main au toucher particulièrement chaleureux, à la fois fin et résistant, et d’une longévité exceptionnelle. Pour preuve, le Shôsôin de Nara, édifié en 756 pour abriter les objets précieux de l’empereur Shômu (701-756), a conservé des registres de foyers inscrits sur du papier japonais de type minogami datant du VIIIe siècle. On comprend qu’un matériau avec de telles qualités soit autant apprécié dans ce pays depuis les temps anciens.

Les Japonais ont eu recours au washi dans pratiquement tous les aspects de leur vie, non seulement quotidienne, mais aussi culturelle et spirituelle. Ils en ont fait des ustensiles, notamment des bols, en le recouvrant de laque, ainsi que des parapluies, en l’enduisant d’huile de périlla. Ils ont aussi fabriqué des imperméables à base de papier fin et aéré (kamiko). Et ils ont utilisé ce matériau pour s’éclairer avec des lanternes (chôchin) et des lampes (andon), et se rafraîchir l’été à l’aide d’éventails ronds (uchiwa) ou pliables (sensu).

Le washi a par ailleurs été employé pour la fabrication des cordelettes de papier tressé (mizuhiki) décoratives utilisées pour l’emballage des cadeaux marquant les naissances, les mariages, les décès et d’autres événements importants de la vie, ainsi que des bandes de papier plié en zig-zag (gohei) offertes aux divinités dans les sanctuaires shintô et les maisons. Il a également permis aux adeptes du bouddhisme de manifester leur foi en faisant d’innombrables copies de sutras (shakyô). Le papier-mâché a quant à lui servi de matière première aux figurines votives représentant le patriarche du zen Bodhidharma (daruma) et les chats porte-bonheur levant la patte (maneki neko) placés traditionnellement à l’entrée des commerces pour attirer les clients. Le washi est aussi largement responsable de l’ambiance très particulière de l’habitat traditionnel japonais. Il fait en effet office de vitre sur les portes coulissantes (shôji) constituées d’une trame en bois recouverte de papier, qui modulent l’espace intérieur. Il est assez fin pour laisser passer la lumière et suffisamment résistant pour empêcher l’air d’entrer. C’est en partie grâce à lui que les Japonais ont développé une aussi grande sensibilité vis-à-vis de la nature et des changements de saison.

Le papier de la variété torinoko est surtout utilisé par les peintres de style Nihonga (littéralement « peinture japonaise »). Pour couper le bord des feuilles, on utilise le couteau et la règle spécialement conçus à cet effet que l’on voit ci-dessus.

La province de Mino – la partie sud de l’actuelle préfecture de Gifu – a la réputation de fabriquer le meilleur papier pour shôji du Japon, appelé le Hon-Mino-shi. D’après ses habitants, ce papier fait sur place a une teinte tirant légèrement sur le jaune quand il vient d’être fabriqué, et il ne prend sa superbe couleur blanche qu’après avoir été collé sur les shôji et exposé pendant un certain temps à la lumière du soleil.

La ville d’Edo – l’ancien nom de Tokyo – capitale des shôgun Tokugawa de 1603 à 1868, a été ravagée à maintes reprises par de terribles incendies. On raconte que, pour sauver leurs livres de comptes du feu, les marchands les ont souvent mis dans des puits. Une fois séché, le washi mouillé a en effet la particularité de reprendre sa forme d’origine et de restituer intacts les caractères écrits à l’encre de Chine. Le papier japonais résiste non seulement à l’eau mais aussi aux insectes et il est également très solide et ne se déchire pas facilement. Voilà pourquoi il a pris une place aussi importante dans la vie des Japonais.

  • [16.03.2018]
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