Dossier spécial La modernité de l’esthétique traditionnelle
Requiem pour une épouse défunte : Yamamoto Motoï, artiste du sel

Sawabe Katsuhito [Profil]

[21.02.2018] Autres langues : ENGLISH | 日本語 |

Pourquoi le sel ? C’est la question que nous avons voulu poser à Yamamoto Motoï, artiste atypique, qui utilise ce matériau pour la réalisation de ses installations. Nous l’avons rencontré à Onomichi, son pays natal, et suivi lors de sa création artistique pour une galerie locale.

Le sel pour surmonter le deuil

Yamamoto Motoï est un artiste qui utilise le sel comme matière principale pour son expression artistique personnelle. C’est le décès de sa sœur, de trois ans plus jeune, qui a éveillé en lui ce choix. C’était en 1994. Alors encore étudiant, il lui donnait des soins dévoués jour et nuit, mais en vain. Elle est décédée à 24 ans d’une tumeur au cerveau.

Après sa mort, il réalise des installations sur le thème des funérailles en utilisant le sel comme purificateur, Yamamoto s’aperçoit alors de la corrélation entre la vie, qui semble être le jouet d’une force invisible, et les formes si fragiles de ce matériau.

Les cristaux blancs du sel sont incolores et transparents. En donnant forme à cette blancheur translucide, l’artiste en est venu à penser qu’il tentait de dépasser la douleur du deuil, en étant confronté avec sa réalité et en la conservant comme un lieu de mémoire de sa soeur.

Yamamoto Motoï Né en 1966 à Onomichi, dans la préfecture de Hiroshima. Diplômé de l’Université des beaux-arts de Kanazawa en 1995. Réside actuellement à Kanazawa, préfecture d’Ishikawa. Réalise des installations avec du sel afin de faire ressortir le concept d’épuration, de purification. Parmi ses principales expositions : Saltz (2010, église Sankt Peter, Cologne) ; Shiroki mori e (« Vers la forêt blanche », 2011, Musée en plein air de Hakone, Hakone) ; Umi ni kaeru (« Retour vers la mer », 2012 à 2014, exposition itinérante aux États-Unis) ; Mono no aware (« La beauté des choses éphémères », 2012, Musée de l’Ermitage, Saint-Pétersbourg) ; Festival international d’art de Setouchi, entre autres.

Le sel qu’il utilise n’a rien de spécial. C’est du sel ordinaire, que l’on peut tout à fait employer en cuisine. Yamamoto le façonne en y ajoutant de l’eau et en le chauffant pour en faire des blocs solides qui composeront ses œuvres en relief, ou il le passe au tamis pour dessiner des motifs de grains uniformes.

Parmi les motifs de ses installations, des tourbillons, des labyrinthes, des escaliers, des tunnels… des choses simples en majorité. Car il veut exprimer des formes familières à tous.

Utsusemi (« Corps de ce monde », P.S. 1 MoMA, New York, 2003) © Yamamoto Motoi

Meikyû (« Labyrinthe », Musée des arts de la préfecture de Hiroshima, 2013) © Yamamoto Motoi

Tayutau niwa (« Jardin flottant », Aigues-Mortes, France, 2015) © Yamamoto Motoi

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  • [21.02.2018]

Photographe de presse et de sportif résidant en Allemagne depuis la fin de ses études, il effectue de nombreux reportages dans différentes régions et sur de nombreuses cultures du monde. Il s’intéresse tout particulièrement à des thèmes que tout le monde croit connaître sans vraiment savoir.

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