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Katakana : le second syllabaire indispensable pour apprendre le japonais

Richard Medhurst [Profil]

[12.07.2018] Autres langues : ENGLISH | ESPAÑOL | العربية |

Les katakana sont des caractères syllabiques utilisés par les Japonais pour transcrire les mots et les noms d’origine étrangère…mais pas seulement ! Il est absolument indispensable de les maîtriser pour pouvoir lire correctement la langue de l’Archipel.

Les katakana sont aujourd’hui considérés comme la seconde forme d’écriture japonaise qui doit être apprise après les hiragana. Au Japon, ils figurent en général au programme du cours préparatoire, mais certains enfants les connaissent déjà avant d’entrer à l’école primaire. Chacun des 46 caractères du syllabaire des hiragana a son équivalent dans celui des katakana. Le son « a » écrit あ dans les hiragana devient ア dans les katakana, tandis que « ko » écrit こ dans le syllabaire des hiragana se transforme en コ.

Des mots avec un statut particulier

Les katakana se signalent par des lignes droites et anguleuses qui contrastent vivement avec les courbes caractéristiques des hiragana. Les deux syllabaires sont issus d’idéogrammes (kanji) simplifiés. Mais les hiragana ont été obtenus à partir de la forme cursive et simple de kanji (hira signifie « simple »). Les katakana, eux, proviennent d’une partie de kanji, kata faisant référence à une « portion ».

À première vue, le fait que la langue japonaise ait recours à deux syllabaires spécifiques jouant plus ou moins le même rôle peut paraître quelque peu surprenant voire contestable en termes d’efficacité. Pour mieux comprendre, il suffit de se rappeler que l’alphabet latin moderne comporte à la fois des majuscules et des minuscules dont l’usage est soumis à des conventions en français comme en anglais. Il en va de même pour les katakana, dont l’utilisation a évolué au fil du temps. Quand un mot est transcrit à l’aide de ce syllabaire, cela indique au lecteur qu’il a un statut particulier.

Mots empruntés et noms d’animaux et de plantes

Les katakana sont couramment employés pour écrire des mots empruntés à d’autres langues, notamment l’anglais. C’est ainsi qu’en japonais, « coffee » (« café » en anglais), a pris la forme de コーヒー (kôhi) et « hôtel », celle de ホテル (hoteru). Les Japonais ont également recours au deuxième syllabaire pour transcrire les noms propres d’origine étrangère. Baudelaire s’est transformé en ボードレール (Bôdorêru) et Shakespeare en シェイクスピア (Sheikusupia).

Rîzunaburu na hoteru ni chekku-in shimashita (Je suis descendu dans un hôtel au prix abordable). Une phrase composée d’un mélange de katakana (en gras) et de hiragana. Rîzunaburu correspond au mot anglais « reasonable » (raisonnable), hoteru à « hôtel » et chekku-in à « check-in ».

Par ailleurs, les noms d’animaux, de plantes, de légumes ou de fruits, même si ce sont des termes japonais, sont souvent écrits à l’aide des katakana. C’est le cas de トキ (toki, l’ibis à crête japonais) ou de スイカ (suika, la pastèque). Ce système a donc aussi l’avantage de faciliter la lecture en évitant l’emploi de kanji peu usités, justement comme celui de toki 鴇.

Mais pourquoi ne pas utiliser systématiquement les hiragana ? Dans une phrase japonaise typique destinée à des adultes, les noms, les adjectifs et les verbes sont transcrits en kanji et le reste – particules connectives et autres éléments grammaticaux qui structurent l’ensemble – en hiragana. Les katakana correspondent à des mots provenant d’autres langues et ils servent aussi de solution de remplacement à certains kanji. ヤクザ (yakuza), par exemple, serait un substitut de 八九三, la combinaison perdante 8-9-3 d’un jeu de cartes très répandu dans la pègre de l’Archipel. Dans la langue japonaise, chaque type d’écriture est donc clairement affecté à un rôle bien précis. Cette règle n’a bien entendu rien d’absolu mais elle est très souvent appliquée.

Le robot que l’on voit ci-dessus s’exprime en katakana — コンニチハ (konnichi wa, bonjour) – pour bien signaler qu’il ne s’agit pas d’une prononciation ordinaire.

La langue japonaise fait aussi appel aux katakana pour mettre par écrit les innombrables onomatopées (voir article À la redécouverte du japonais : l’univers fascinant des onomatopées) qu’elle contient ou pour mettre l’accent sur certains mots. Il arrive également que des termes, à l’origine en kanji, finissent par être transcrits de cette façon quand ils ont un nouvel emploi. L’expression 携帯電話 (keitai denwa), « téléphone mobile » est fréquemment abrégée en ケータイ (kêtai), plus facile à utiliser. Les habitants de l’Archipel se servent en outre des katakana pour transcrire par exemple une façon peu naturelle de parler leur langue ou avec un accent particulier, qui peut être celui d’un étranger comme celui d’un robot…

  • [12.07.2018]

Traducteur et éditeur pour Nippon.com. Titulaire d’un mastère de poésie moderne et contemporaine obtenu en 2002, à l’Université de Bristol. Est parti la même année pour le Japon où il a enseigné l’anglais pendant trois ans, à Chiba. A également vécu en Chine et en Corée. A travaillé à la mairie d’Izumi, dans la préfecture de Toyama de 2008 à 2013. S’est ensuite installé à Tokyo où il est devenu traducteur à plein temps chez Nippon.com en 2014.

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